Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
20 Mars 2010
A propos du 49ème Congrès de la CGT
Le 49ème Congrès de la CGT s’est ouvert dans un contexte de crise aigüe du capitalisme. La crise économique a exacerbé les contradictions entre les classes fondamentales (classe ouvrière et bourgeoisie). La bourgeoisie est aux abois. Pour maintenir son taux de profit, il lui faut, sans attendre s’attaquer aux acquis ouvriers qui représentent pour elle un coût insupportable : mise en cause de la sécurité sociale, du système des retraites, du code du travail, des statuts …
De son côté, la classe ouvrière ne subit pas ces attaques passivement : de nombreuses mobilisations se mènent dans les entreprises. Les puissantes mobilisations du printemps 2009 n’ont pas débouché sur l’arrêt des réformes-destructrices du gouvernement Sarkozy ni sur l’interdiction des licenciements.
Pour autant elles ont permis aux travailleurs de mesurer leur force, et surtout d’identifier clairement les responsabilités des directions syndicales. Sur cette base, nombre de travailleurs, de syndiqués et même de syndicats entiers se sont retrouvés et ont commencés à s’organiser. Cette volonté est à ce stade plurielle. Il existe en effet plusieurs groupes (Tous ensemble ; Où va la CGT ; Le Front Syndical de Classe …) qui s’ordonnent peu ou prou sur l’objectif d’une réappropriation de l’outil syndical par les travailleurs, contre les directions bureaucratiques qui les dirigent aujourd’hui.
De son côté, la direction confédérale de la CGT développe une orientation qui se moule à la crise. Des revendications comme le nouveau statut du salarié ou la sécurité sociale professionnelle ou bien encore la maison commune des retraites induisent la remise en cause du principe au nom duquel c’est l’employeur qui doit assumer le contrat à durée indéterminée (CDI), le salaire différé. Au nom de la crise et de la précarité, la direction de la CGT invente des systèmes de compensation financés par l’impôt et de moins en moins par les cotisations patronales.
La réforme des institutions de la CGT va de pair pour avancer vers la liquidation des fédérations garantes de la défense des conventions collectives et des statuts de la fonction publique en prônant le regroupement des fédérations sur des champs professionnels différents de ceux des strictes conventions collectives.
Avant l’ouverture du Congrès le 7 décembre 2009 cela faisait donc plusieurs mois que montait dans les rangs même des syndiqués et des syndicats de la confédération, une critique ouverte à la politique de collaboration de classe, du compromis et du refus d’organiser la centralisation des luttes.
En effet, au centre de cette contestation se trouvaient la dénonciation des journées saute-mouton du printemps 2009 et la collusion avec le pouvoir sarkoziste, la trahison sur les régimes spéciaux, l’abandon des camarades en lutte (Conti …) …
De là jaillira la candidature de Delannoy face à celle de Thibault.
Mais depuis le printemps l’appareil entame les grandes manœuvres. Il exige que les délégués soient désignés avant même que les documents d’activité et d’orientation soient publiés ; il trie soigneusement les délégués afin d’avoir le plus possible un congrès à sa botte ; il interdit la candidature de Delannoy (pour cela Thibault se fendra même d’une interview dans Le Monde) expliquant qu’elle ne respecte pas les statuts confédéraux.
Le Congrès s’ouvre ainsi devant un parterre de délégués qui, en majorité, soutient la direction sortante. Thibault est malgré tout contraint dans son discours d’ouverture d’intégrer l’existence de cette opposition. Il tente de la dénigrer et la minimiser (« quelques camarades … ») mais ne peut l’ignorer.
Durant le Congrès nombre de témoignages attestent de la virulence des pro-Thibault à l’encontre de tout camarade tentant de s’inscrire en opposition : pressions, menaces, pour interdire l’intervention, pour interdire le vote … «je te dis de voter pour et tu votes pour, sinon je déchire ton vote», «si t’es contre, tu n’aurais pas dû venir au congrès», «tu devrais voter pour partout, personne ne t’a demandé de voter contre», «tu n’as pas le droit de voter contre», … sans oublier les menace écrites !
Nombre de camarades se sont quand même exprimés contre la politique de participation, contre le dialogue social, mettant en cause la stratégie d’action de la CGT, la politique de négociation, les concessions des dirigeants devant le patronat, contre le nouveau statut du travailleur salarié … et pour des revendications claires : interdiction des licenciements, départ à la retraite à 60 ans à taux plein, retour au 37,5 annuités pour tous …
La signature des accords dits de Bercy et sur la représentativité a également été dénoncée pour ce qu’elle était : une soumission totale aux institutions de la Vème République, une liquidation des bases du syndicat.
L’appareil se félicite aujourd’hui des votes à près de 77% pour le rapport d’activité et 76% pour le rapport d’orientation, qui valideraient sa politique. Notons au passage la « leçon de démocratie » : les mandats non exprimés sont comptabilisés comme des votes pour !
A l’inverse, il faut noter que plus de 20% des délégués ont, malgré le contexte, voté contre cette orientation.
Le secrétaire général de la CES sifflé, Chérèque de la CFDT prié par la direction confédérale de ne finalement pas venir, sont autant de signes montrant une opposition à la direction confédérale tentant de renouer avec un syndicalisme de masse et de classe, contre l’exploitation capitaliste.
« Aujourd’hui c’est la chasse aux sorcières ! » témoignent de nombreux camarades, délégués ou non, qui ont eu le courage de dire ce qu’ils pensaient et d’affronter la direction confédérale.
Mais ce qui est le plus marquant n’est pas là – malheureusement la chasse aux sorcières n’est pas une nouveauté au sein de l’appareil – mais réside dans ce nouvel élan, massif, public, qui commence à s’organiser dans le but de la réappropriation du syndicat comme outils de lutte face au patronat et au gouvernement à sa solde, face au système capitaliste. C’est la lutte pour une réappropriation du syndicat par les travailleurs sur la base de la défense des revendications ouvrières, des acquis collectifs qui nécessitent un combat offensif et centralisé contre le patronat et le gouvernement Sarkozy.
Pour notre part, nous soutenons cet objectif depuis longtemps déjà par nos interventions dans nos syndicats, nous soutiendrons donc logiquement toute initiative qui va dans ce sens.