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20 Mars 2010
Haïti, un État mis sous la tutelle des puissances impérialistes
Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il est régulièrement le théâtre de cataclysmes naturels (cyclones, ouragans, séismes …). Mais ces cataclysmes ne sont pas la seule cause de la misère dont sont victimes les masses haïtiennes. Il faut rappeler qu’Haïti a été naguère une colonie dont se sont libérés les esclaves.
(d’après « Haïti et la France – 1804 / 1848 - le rêve brisé », de Jean-François BRIERE)
Conquise par Christophe Colomb en 1492, Hispaniola tombe en partie sous domination française en 1697 : « la perle des Antilles » - dont les Indiens Arawaks et Taïnes ont été massacrés - est mise en valeur par une déportation massive d’une main d’œuvre noire réduite en esclavage pour travailler dans les plantations de tabac, cacao, indigo et canne à sucre, « propriétés » des colons français qui se sont endettés pour acquérir les terres auprès des banquiers et armateurs des ports de l’Atlantique. C’est l’époque si lucrative du « commerce triangulaire ».
1791-1804 : le combat pour l’indépendance d’Haïti contre l’État colonial et esclavagiste français
La Révolution française a des échos dans l’île où les esclaves se soulèvent et arrachent leur liberté entre 1791 et 1793. Toussaint Louverture devient officier noir des troupes républicaines débarquées pour combattre les Espagnols et les Anglais appelés par les colons français esclavagistes. La victoire des troupes noires et républicaines permet l’expropriation sans indemnités ni rachat des plantations coloniales.
Toussaint Louverture prend le contrôle de la partie espagnole de l’île –que l’Espagne avait dû céder à la France en 1795 – et promulgue la constitution de Saint Domingue en 1801 qui consacre l’autonomie de l’île. Cette décision ne peut être acceptée par le consul Bonaparte qui envoie son beau-frère, le général Leclerc, à la tête de 22 000 hommes, mater les rebelles en 1802 (alors que la France a négocié une paix –provisoire - avec l’Angleterre, et peut donc reprendre ses expéditions maritimes). 12 000 hommes sont encore envoyés en renfort. Mais les troupes françaises sont décimées par la fièvre jaune (28 000 hommes) et 6 000 sont tués au combat. L’indépendance de la nouvelle république d’Haïti (qui compte moins d’un million d’habitants) est proclamée le 1° janvier 1804 par le général Dessalines, bras droit de Toussaint emprisonné en France
Cette défaite historique, qui plus est, infligée par une armée d’anciens esclaves noirs, est insupportable aux dirigeants français. Néanmoins, les guerres napoléoniennes en Europe, empêchent toute nouvelle intervention.
L’État français fait payer un lourd tribut à Haïti
Avec la Restauration et le retour à la paix, le parti des anciens colons exige sans relâche une nouvelle expédition militaire pour restaurer l’ancien régime esclavagiste dans l’île. Mais la puissance française est affaiblie et les « libéraux », notamment la grande bourgeoisie de négoce des ports de l’Atlantique, sont plus favorables à un accord avec la nouvelle république, favorisant les intérêts commerciaux français face à une Angleterre triomphante sur mer. Ce parti l’emporte et c’est Charles X qui impose au dictateur Boyer - qui exerce un pouvoir autoritaire au profit des mulâtres contre la population noire - l’ordonnance du 17 avril 1825.
Il est question notamment d’indemniser les anciens colons à hauteur de 10% de la valeur des terres d’avant 1789, soit 150 millions de francs or (15 % du budget annuel de l’État français d’alors) à payer sur 5 ans à raison de 30 millions par an , au profit des 250 colons survivants en 1828 ainsi qu’à leurs enfants nés d’un mariage contracté avant 1793 - soit, 25 000 bénéficiaires dénombrés en 1838 mais encore 672 survivants en 1876 …et 2 en 1911 !
Haïti ne possédait évidemment pas de telles sommes qu’elle dut emprunter aux banquiers français, Jacques Laffitte et Rothschild frères, notamment, au taux très élevé de 7,5 % (alors que ceux-ci ne déboursèrent qu’une partie du prêt, empruntant eux-mêmes la plus grosse part à la Caisse des Dépôts et Consignations au taux de 3 % !). Haïti devint donc redevable de la « double dette » : l’indemnisation des colons et les intérêts de l’emprunt. Elle était en outre financièrement responsable du transport des fonds sur mer de Haïti en France jusqu’à leur arrivée à Paris à la Caisse des Dépôts et Consignations !
C’était une dette d’État pour Haïti, bien que les propriétés des anciens colons fussent accaparées par la minorité des mulâtres qui composaient les cadres de l’armée et de l’administration et apparaissaient comme une nouvelle classe de colons. « Le fossé social et politique », aggravé par la crainte longtemps entretenue d’un possible débarquement français pour non paiement de la dette, a maintenu dans l’île une force militaire disproportionnée aux moyens financiers du jeune État (les ¾ du budget en 1830). « Un sentiment universel d’insécurité porte à la thésaurisation au lieu de la dépenser en emplois productifs » note un observateur de l’époque.
D’autant que Haïti voit ses revenus s’effondrer en raison de la chute du prix mondial du café (-75% entre 1820 et 1848) et du boycott de ses ports par les nouveaux États d’Amérique latine dont les classes dominantes craignent par dessus tout sur leur sol, une révolution de type haïtien.
La situation est telle que la dette est renégociée par de nouveaux accords en 1838 sous la Monarchie de juillet tout aussi intransigeante que le régime des Bourbons. Il faut dire que le mécontentement des souscripteurs de l’emprunt - qui avaient acheté des obligations de 1 000 francs devant rapporter 6% - est vif puisque leurs obligations ont alors perdu 4/5 de leur valeur ! Les nouveaux traités abaissent le montant de l’indemnisation à 60 millions payables en 30 ans (en plus des 30 millions déjà payés) mais la dette de l’emprunt court toujours.
Haïti : un État encore dominé financièrement et politiquement
Le mécontentement des Haïtiens s’exprime par de nombreux soulèvements (comme la révolte des Piquets, paysans noirs du sud, armés de piques en bois), contraignant le président Boyer à démissionner le 13 mars 1843 (il finit ses jours en France où il s’est réfugié…).
L’anarchie politique - entretenue par les consuls français pour tenter de rétablir un protectorat sur l’île-, les difficultés commerciales, l’appauvrissement généralisé, la corruption conduisent à la scission de l’île : l’indépendance de la république dominicaine est proclamée en 1844.
Des généraux noirs se succèdent à la tête de la république haïtienne, l’un d’eux se faisant même proclamer empereur, instaurant un régime de terreur, dilapidant les ressources dans un fastueux sacre. Malgré tout, Haïti parvint à payer l’intégralité de la double dette en 1883 et n’en fut reconnue libérée par l’État français qu’en 1893, près d’un siècle après l’indépendance.
Nombre de révoltes eurent lieu et les coups d’État se succédèrent. Afin de faire cesser ces troubles politiques et sociaux déstabilisateurs pour la région dans un contexte de 1ère guerre mondiale, et dans le but de disputer des territoires à l’impérialisme français trop occupé sur le front avec l’Allemagne, l’impérialisme américain occupa militairement le pays en 1905 et imposa un régime de protectorat qui dura 19 ans jusqu’en 1934. Les masses paysannes se révoltèrent contre l’accaparement par l’impérialisme américain des terres agricoles et contre sa tutelle politique. Mais celui-ci mata ces révoltes en développant et se soumettant une bourgeoisie compradore et en créant un corps répressif. Le protectorat dura jusqu’en 1934.
La montée révolutionnaire chassa l’impérialisme américain qui soutint en 1957 le régime dictatorial Duvalier. L’État français continua en soutenant le fils jusqu’en 1986. En lui permettant de se réfugier en France lorsqu’il fut chassé du pouvoir, l’État français lui offrit un statut de réfugié politique ainsi que l’immunité. La dette explosa (elle fut multipliée par 17 entre 1957 et 1986) pour atteindre aujourd’hui plus de 1800 M $ et plus de 300 M $ d’intérêts à rembourser. Le président Arisitide succéda aux Duvalier en ayant semé l’illusion chez les masses mais il apparut rapidement pour ce qu’il est : la marionnette de l’impérialisme américain et en sous main de l’impérialisme français qui le soutinrent jusqu’au milieu années 90. Depuis se succèdent des présidents totalement corrompus.
Le séisme de janvier 2010, une occasion pour les impérialismes de réoccuper l’île
Le séisme n’était pas terminé que déjà les troupes impérialistes entamaient un course contre la montre pour occuper l’île. Les troupes américaines prirent possession de l’aéroport pour permettre l’évacuation rapide des ressortissants américains et pour contrôler l’émigration éventuelle au grand dam des avions français ainsi empêchés d’atterrir ou de décoller. Ce séisme a été encore une fois le théâtre lamentable du nationalisme bourgeois : des secouristes se précipitant sur les ruines croyant retrouver leurs ressortissants et laissant sous les décombres les Haïtiens !
Les médias se sont lamentés, pleurant sur le destin d’Haïti, comme si cet État était condamné à subir les cataclysmes naturels, qui ne sont catastrophiques que parce les hommes en subissent des conséquences d’autant plus dramatiques que l’urbanisation s’est développée au mépris des phénomènes naturels. Ainsi, la prise en compte des normes antisismiques dans les constructions aurait permis de sauver des milliers de vies. Mais pour cela faut-il encore que cet État ait les moyens de son développement et que la caste au pouvoir ne s’accapare pas le peu de richesses produites. Or, l’histoire montre qu’Haïti a gagné son indépendance au prix de haute lutte et d’un fort emprunt pour rembourser les colons expropriés. Le système capitaliste ne supporte en effet pas l’expropriation sans indemnité ni rachat des terres ou des moyens de production. Or, c’est le seul moyen d’abolir les classes sociales.
Après les cataclysmes naturels, droit inconditionnel des Haïtiens à se réfugier dans le pays de leur choix
Pour l’indépendance totale d’Haïti : annulation de la dette et retrait des troupes impérialistes, en premier lieu françaises, américaines et onusiennes
Pour en finir avec une caste dirigeante accapareuse au service de l’impérialisme, droit du peuple haïtien à gouverner lui-même, ce qui implique de chasser du pouvoir la caste dirigeante et corrompue au service de l’impérialisme
Vers la constitution des États-Unis socialistes des Caraïbes