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A propos de l’élection régionale de Rhénanie du Nord - Westphalie Crise profonde au sein du gouvernement allemand Merkel-Westerwelle A bas le plan d’austérité ! Front unique ouvrier (SPD-Die Linke-DGB) contre la coalition bourgeoise CDU-CSU-FDP

A propos de l’élection régionale de Rhénanie du Nord - Westphalie

Crise profonde au sein du gouvernement allemand Merkel-Westerwelle

A bas le plan d’austérité !

Front unique ouvrier (SPD-Die Linke-DGB) contre la coalition bourgeoise CDU-CSU-FDP

Latente depuis quelques mois, la crise au sein de la coalition allemande CDU/CSU/FDP, au pouvoir depuis les élections fédérales de septembre 2009, prend une ampleur inédite, presque jamais vue depuis l’après-guerre. « Il y a le feu dans tous les coins », écrit ainsi le Frankfurter Allgemeiner Zeitung. « La cote de la coalition glisse dans la cave », résume le Handelsblatt : 65% des Allemands sont insatisfaits, et la situation est pire encore au sein de la bourgeoisie : d’après une enquête du magazine allemand Capital, 92% de son panel de « décideurs » sont déçus de la politique de la coalition, 79% trouve la coalition « faible » et 69% sont mécontents de sa politique économique.

Depuis la mise en place du nouveau gouvernement Merkel, les conflits ont toujours été nombreux entre les différents partis bourgeois composant la coalition : la CDU (Chrétiens-démocrates), le parti de Kohl et de Merkel, largement majoritaire même si en déclin continu, la CSU, son aile bavaroise, et le FDP (libéraux) qui réalise des scores généralement modestes (5 à 8%), mais qui avait atteint presque 15% aux élections fédérales de 2009.

Mais les dissensions qui couvaient depuis des mois ont atteint un sommet durant le week-end du 13/14 juin : libéraux et CDU-CSU se couvrant mutuellement d’insultes (les raffinés « truie » ou « bande de concombres », faisant la une de toute la presse allemande). C’est même la débandade au sein des partis de la bourgeoisie, avec le retrait surprise du Président Horst Köhler (le président allemand n’est qu’une fonction honorifique), et celle tout aussi imprévue de Roland Koch, baron important de la CDU à la tête du Land de Hesse (région de Francfort), durant le dernier mois. Le ministre de la défense, CSU, Theodor Zu Guttenberg met également sa démission sur la table : la chancellerie de Merkel a en effet fait perquisitionner son ministère, sans même l’en informer alors que l’armée allemande est engluée par sa responsabilité sur la mort de dizaines de civils à Kundus en Afghanistan!

Désaccords profonds au sein de la bourgeoisie allemande

Pourtant, aux élections de septembre 2009, la CDU-CSU et le FDP avaient fait campagne pour une coalition commune. Cette coalition n’avait pas été possible aux précédentes élections de 2005, en l’absence de majorité, et une partie importante de la bourgeoisie s’était radicalisée en 2009, et avait choisi de voter pour le FDP, le portant à un score historique (14%), afin d’empêcher une nouvelle « grande coalition » avec le SPD. Les résultats de la grande coalition, qui avait gouverné entre 2005 et 2009, étaient jugés insuffisants par une partie de la bourgeoisie, malgré tous les efforts des ministres du SPD pour porter des coups aux masses, en raison des limites de ce qu’est le SPD (et notamment du poids fondamental des organisations syndicales dans le parti).

Mais sur presque tous les projets de réformes, la coalition se déchire, et souvent au sein même de chacun des 3 partis : sur le plan d’aide à la Grèce, à propos de l’opportunité d’une aide publique à Opel, sur l’augmentation des impôts, sur la réforme des cotisations d’assurance-maladie, sur la suppression du service militaire, sur le développement du nucléaire, tout donne lieu à des conflits de plus en plus aigus. Seule la réduction des prestations sociales aux chômeurs de longue durée fait à peu près l’unanimité au sein de cette coalition, seule mesure véritablement concrète de son plan d’économie de 80 milliards annoncé le 8 juin. La question de l’augmentation des impôts constitue un casus belli majeur pour la coalition (le FDP avait fait campagne pour une réduction massive, là où la CDU-CSU préférerait les maintenir, voir les augmenter pour réduire les déficits). Une possible rupture de la coalition est évoquée, non seulement par la presse, mais y compris par quelques uns des dirigeants des partis au pouvoir.

Derrière ces conflits, il s’agit en fait des questions de fond qui agitent la bourgeoisie allemande : comment résoudre les déficits, indispensable pour le maintien de la position dominante de l’impérialisme allemand en Europe ? Comment porter des coups aux masses, réduire les dépenses publiques, et ce, sans créer de mobilisations du prolétariat ? Comment arbitrer entre les différentes couches de la bourgeoisie ? La bourgeoisie allemande est, comme beaucoup d’autres, profondément divisée, et ses antagonismes se sont renforcés sous l’impact de la crise financière, puis de la crise de l’euro. Mais de par sa situation liée à son histoire, la crise au sein de la bourgeoisie allemande et de ses partis prend un relief tout à fait particulier.

Le SPD en renfort de la bourgeoisie

Jusqu’ici, cette fracture de la bourgeoisie n’a pu être mise à profit par le prolétariat et ses organisations. Les mobilisations ont surtout concerné le secteur de l’éducation, même si, le 12 juin, des milliers de manifestants ont défilé à Stuttgart et à Berlin contre le plan d’austérité de Merkel. Au contraire, la direction du SPD, le parti social-démocrate, vole au secours de la bourgeoisie plutôt que d’exacerber ses dissensions.

Ainsi, Steinmeier, ancien ministre et bras droit de Schröder, appelle à des élections anticipées mais dans l’optique d’une « meilleure gestion » dont l’actuel dirigeant du SPD Sigmar Gabriel donne une version sans ambiguïté, dans le Handelsblatt du 15 juin : « Si les partis au gouvernement agissaient avec la moitié de la responsabilité qu’a le SPD comme parti d’opposition, alors le pays irait bien mieux. Nous ne nous limitons pas simplement à être contre. Il est tout à fait clair, que nous devons épargner et consolider. Nous avons déjà fait nos propres propositions, avec trois critères centraux : le programme du budget doit être soutenable, il doit être axé sur l’éducation et les investissements privés, et les écarts entre pauvres et riches ne doivent pas s’approfondir davantage ».

De même, alors que le président Koehler démissionne et accentue la crise de la coalition, le SPD propose contre un baron de la CDU un candidat que l’on pourrait dire « d’union nationale », Joachim Gauck, pasteur protestant ayant participé à la chute du régime de la RDA, qui se décrit comme « gauchiste libéral conservateur », n’appartient à aucun parti et a déclaré pour sa candidature : « je ne suis ni rouge, ni vert, je suis Joachim Gauck », en un mot il sert à brouiller les frontières de classe.

Avec une telle politique de soutien à la bourgeoisie, le SPD ne peut susciter qu’un rejet approfondi des masses.

L’élection régionale qui a eu lieu le 09 mai 2010 dans le Land de Rhénanie du Nord – Westphalie (NRW) est ainsi révélatrice. Ce Land est le plus peuplé d’Allemagne (17 millions d’habitants) ; parce que c’est celui du Bassin de la Ruhr, il est aussi l’un des plus ouvriers, et plus particulièrement, il est le centre de gravité des principales organisations ouvrières dans l’Allemagne de l’après-guerre : tant le SPD (le parti social-démocrate) que les centrales syndicales qui y comptent nombre d’adhérents et de dirigeants. Et la situation financière est catastrophique, en particulier pour les villes de la Ruhr, le plus souvent dirigées par le SPD, surendettées et dans une situation de quasi-faillite, avec une dette cumulée de près de 16 milliards d’euros pour les villes de NRW (1,6 milliard d’euros pour la seule ville ouvrière de Duisburg). Suppression massive de postes, augmentation des tarifs et réduction des services publics sont partout à l’ordre du jour.

En 2005 : une défaite historique du SPD en Rhénanie du Nord - Westphalie

La franche défaite du SPD lors des précédentes élections en 2005, alors qu’il dirigeait le Land depuis des années, avait eu des conséquences politiques majeures. Schröder, qui dirigeait alors une coalition SPD/Verts au niveau fédéral, avait alors perdu sa majorité au Bundesrat (la chambre haute du Parlement allemand), limitant fortement ses possibilités de gouverner. Il avait alors convoqué des élections fédérales anticipées qui devait déboucher sur la victoire de Merkel et l’instauration d’un gouvernement de grande coalition CDU/SPD.

Cette défaite historique n’était pourtant que le résultat attendu de la politique anti-ouvrière du gouvernement SPD/Verts dirigé par Schröder, et en particulier de la mise en place de « l’Agenda 2010 », ensemble de lois visant les acquis ouvriers et liquidant notamment une grande partie de l’assurance-chômage (la fameuse loi dite « Hartz IV »). La défaite dans le Land NRW faisait suite à la défaite du SPD dans la quasi-totalité des Länder entre 2004 et 2008.

Aux élections fédérales de septembre 2009, le SPD avait enregistré un score encore plus catastrophique (23%), son plus bas jamais enregistré, conséquence non seulement de la politique de l’Agenda 2010 mais aussi des 4 ans du gouvernement de grande coalition, dans lequel les ministres du SPD, qui comptaient pour la moitié du gouvernement, ont participé sans relâche à la poursuite d’une politique anti-ouvrière pour le compte de la bourgeoisie allemande.

En 2010 : la CDU défaite, le SPD ne fait guère mieux

Au premier abord, les résultats de 2010 sont l’inverse de 2005 : la presse allemande titre sur la « débâcle » de la CDU et de Merkel, qui perd effectivement 1 million de voix et passe de 45% à 35% des suffrages. Et surtout, comme le SPD en 2005, elle perd sa majorité au Bundesrat.

Mais la situation n’est guère plus brillante pour le SPD, qui perd encore près de 400.000 voix par rapport à son score médiocre de 2005. A l’inverse, les Verts gagnent 400.000 voix, tout comme die Linke, jusqu’ici absent du parlement régional. La participation atteint un niveau très faible pour une élection allemande de ce niveau (58%). Résultats des élections régionales dans le Land de « Rhénanie du Nord – Westphalie »

Listes

2010

2005

Différence

Sièges 2010

CDU/Chrétiens-démocrates

2 682 000

35 %

3 697 000

45 %

-1 015 000

-10%

67

SPD/Sociaux-démocrates

2 676 000

35 %

3 059 000

37 %

- 383 000

- 3%

67

GRÜNE/Verts

941 000

12 %

509 000

6 %

+ 432 000

+ 6%

23

FDP/Libéraux

522 000

7 %

508 000

6 %

+ 14 000

+ 1%

13

DIE LINKE/La Gauche

435 000

6 %

73 000

1 %

+ 362 000

+ 5%

11

Votants

7 759 000

58%

8 244 000

62%

- 485 000

- 4%

181

Le SPD et sa tête de liste, Hannelore Kraft, se déclarent victorieux. Mais la coalition que le SPD envisageait avec les Verts, avec lesquels il avait fait campagne contre la CDU, dispose d’un nombre d’élus bien plus important que la coalition CDU/FDP qui dirigeait jusque là (90 voix contre 80), mais manque la majorité d’un siège…

Sans majorité, le SPD entame une très longue série de discussions afin de trouver une coalition avec les autres partis... mais ne s’impose aucune limite, et surtout pas de limite de classe. Les premières discussions avec les Verts et die Linke, soutenues par une partie des Verts et par die Linke, sont écartées presque d’emblée : la « compréhension » qu’a ce parti pour le régime de l’ex-RDA, dont nombre de cadres du parti sont issus, est utilisé par le SPD, pour les bonnes et pour les mauvaises raisons, pour expédier les négociations.

En revanche, de longues discussions ont lieu avec la CDU pour la mise en place d’une éventuelle grande coalition, mais que la direction du SPD a dû repousser, du fait de la forte opposition de ses militants : la direction doit obtenir leur aval avant la mise en œuvre d’une coalition. Elle poursuivra néanmoins encore durant des jours les discussions avec le FDP, dont les positions radicalement anti-ouvrières avaient pourtant poussé son dirigeant national, Westerwelle, a exclure catégoriquement toute coalition avec le SPD au niveau fédéral, peu avant les élections fédérales de 2009. Le même dirigeant avait assimilé en février le peu qu’il restait d’assurance-chômage à une « décadence digne du bas-empire romain ». Kraft a néanmoins poursuivi les discussions avec eux pour la mise en place d’une coalition dite « feu de circulation » (rouge-jaune-vert) pendant plusieurs semaines !

Mi-juin, l’ensemble de ces « discussions » ont finalement échoué, sans solution. Puis, finalement, le17 juin, le SPD et les Verts reviennent vers une solution de « gouvernement minoritaire » : gouvernement composé des seuls SPD et Verts, mais qui devra composer tantôt avec die Linke, tantôt avec le FDP ou la CDU afin d’obtenir une majorité pour son action, et notamment pour l’adoption du budget prévue à l’automne.

Ouvrir des perspectives politiques

L’abstention traduit le manque de perspective politique offerte au prolétariat allemand, prolétariat le plus puissant en Europe. Il se saisit toujours moins du SPD pour barrer la bourgeoisie. Le SPD demeure cependant le principal parti ouvrier allemand, même s’il défend les intérêts de la bourgeoisie allemande, car pour le prolétariat allemand, il reste un outil contre la politique de la bourgeoisie. Ainsi, comme en témoigne l’élection régionale de NRW, les masses allemandes qui sont allées voter (l’abstention avoisinant les 50% dans les villes ouvrières de la Ruhr) se sont saisies des listes SPD contre la CDU. Elles se sont saisies également pour partie des listes présentées par les Verts (pour les franges les plus petite-bourgeoises) et pour une autre partie, de Die Linke.

Aujourd’hui, l’urgence pour les masses allemandes, comme partout en Europe, est qu’elles puissent engager le combat contre le plan d’austérité de Merkel. Pour cela, elles ont besoin que se réalise le Front unique ouvrier - rassemblant les partis d’origine ouvrière et la confédération syndicale, le DGB - contre le plan d’austérité, pour son retrait. Ce serait un point d’appui pour engager le combat contre le gouvernement bourgeois, CDU-CSU-FDP dirigé par Merkel. Révoltes reviendra prochainement sur l’évolution du SPD, de Die Linke et sur les mobilisations de la classe ouvrière allemande.

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