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Élections professionnelles 2010 : quels enseignements ?

Élections professionnelles 2010 : quels enseignements ?

Des élections professionnelles ont eu lieu dans différents « services publics » en cette fin d’année 2010.

Quelques semaines après la forte mobilisation des salariés contre la réforme des retraites de Sarkozy/Fillon, quels enseignements peut-on en tirer ?

Il faut d’abord rappeler que ces élections ont lieu pour la première fois dans le cadre de la nouvelle loi sur la représentativité syndicale votée en procédure d’urgence le 23 juillet 2008, s’inscrivant dans « la loi portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail ». Tout un programme ! Quant on sait que cette loi résulte de la « Position commune » approuvée en avril 2008 par la CGT et la CFDT d’une part, par le MEDEF et la CGPME d’autre part, voici un bel exemple de politique « contractuelle », de « dialogue social » et de « syndicalisme d’accompagnement » chère à la CFDT ou de « proposition », chère à la CGT !

Rappelons-en les dispositions essentielles : sous un objectif affiché de « démocratie » et de « transparence », le pouvoir politique peut exercer un contrôle accru sur les organisations syndicales, notamment financièrement, en opposition au principe d’indépendance de ces organisations vis à vis de l’État et du gouvernement auquel, dès 1969, De Gaulle avait déjà voulu s’attaquer !

En effet, pour être représentatives, les OS doivent d’abord remplir 7 critères cumulatifs : respect des valeurs républicaines (donc de l’État bourgeois), indépendance (vis à vis de tout parti politique notamment), transparence financière (contrôle des comptes au delà d’un certain budget), ancienneté minimale de 2 ans dans le champ professionnel et géographique (au profit des grandes centrales et au détriment des syndicats luttes de classe moins implantés), audience électorale (10 % des suffrages exprimés aux élections professionnelles dans l’entreprise et 8 % au niveau des branches et de l’interprofessionnel national), influence (comment se mesure-t-elle en dehors des élections ?), nombre d’adhérents et de cotisations (ce qui induit la publication des documents internes aux syndicats).

Autant dire que les contestations patronales devant les tribunaux risquent de mobiliser fortement les énergies syndicales au détriment des combats revendicatifs !

Mais la loi n’exprime que partiellement le rapport entre les classes. Les luttes ouvrières et les élections sont, elles-aussi, très significatives de ce rapport.

Qu’en est-il donc de ces élections professionnelles de la fin 2010 ? Difficile de trouver des résultats exhaustifs sur le site de la CGT…On relève ici ou là des « succès » mais pas de tableaux de résultats comparatifs. Il faut beaucoup chercher pour trouver des chiffres…

Élections professionnelles/énergie (EDF, GDF/SUEZ…) - novembre 2010

une forte participation = 80,78 % des inscrits

% des voix

Novembre 2010

2007

CGT

46,23 %

50,15 %

CFE-CGC / UNSA

19,60 %

13,05 % CGC seule

CFDT

19,47 %

18,82 %

FO

13,36 %

14,06 %

CFTC

2,56 %

3,03 %

La CGT reste donc le 1° syndicat de l’énergie mais en net recul en perdant la majorité absolue nécessaire pour signer seule un accord de branche. La direction l’explique par la diminution des postes « ouvriers » au profit de techniciens et cadres dont la CGC/UNSA sont les principaux bénéficiaires. La CFTC perdra sa représentativité après 2013 quand la nouvelle loi s’appliquera aux branches professionnelles, ce qui n’étonnera personne.

Élections au Conseil d’Administration de la Poste – 16 novembre 2010

(Élection d’administrateurs et non de représentants du personnel)

Participation : 71,7 % contre 77,8 % en 2005

% des voix

Novembre 2010

2005

CGT

32,8 %

35,1 %

SUD

21,9 %

21,5 %

CFDT

18 %

16,5 %

FO

16,5 %

18 %

CFE-CGC/UNSA

6 %

3,6 % CGC seule

CFTC

4,7 %

5,3 %

Là aussi, recul de la CGT qui reste néanmoins en tête.

Élections des Délégués du Personnel et aux Comités d’établissement (CDEP) de la RATP - décembre 2010

Taux de participation = 65 % (- 5 % /2006)

2010

2006

voix

%

voix

%

CGT

9 395

33,9

10 671

36,89

UNSA

Indépendants

7 128

25,73

6 110

21,12

2 509

8,67

SUD

3905

14,09

1940

6,71

CFDT

2 805

10,12

2813

9,72

FO

2787

10,06

2530

8,75

CFE-CGC

1440

5,2

1608

5,56

CFTC

250

0,9

673

2,33

On constatera également le recul de la CGT – qui reste en tête - au profit principalement de SUD, alors que la fusion tactique de l’UNSA et des Indépendants n’a pas apporté les résultats escomptés !

Chacun a pu remarquer que lors des manifestations, les militants de la CGT étaient très largement majoritaires dans les cortèges : les travailleurs ont utilisé leurs syndicats CGT pour exprimer leur refus de la réforme des retraites bien que la Confédération ait refusé d’appeler au retrait de cette réforme et à la grève générale. Le mouvement n’a pas permis de dépasser cet obstacle, mais la CGT a payé sa collaboration à la politique du gouvernement lors des dernières élections professionnelles. Il est à noter qu’à la RATP, dans un secteur le plus ouvrier, la CGT perd des voix et SUD, et dans une moindre proportion FO en gagnent, certainement sur la base de l’apparence que les directions de ces syndicats ont donnée dans les manifestations de septembre-octobre en scandant la grève générale. Mais que personne ne s’y trompe : ces mots d’ordre ne signifiaient pas que les directions de ces syndicats étaient pour que l’intersyndicale appelle et organise la grève générale de toute la classe ouvrière et de la jeunesse contre le gouvernement, jusqu’au retrait du projet de loi sur les retraites. Il s’agissait tout au plus de s’orienter vers des journées de grève de 24H, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, sans plus. Il ne s’agissait pas d’affronter le gouvernement Sarkozy pour le vaincre et le chasser.

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