Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
19 Janvier 2011
La mobilisation de la classe ouvrière en France a donné une impulsion à la lutte des classes dans toute l’Europe
Dans un contexte de crise économique mondiale sans précédent, alors que les gouvernements à la solde du capital veulent faire payer la crise à la classe ouvrière, la jeunesse et les travailleurs se dressent dans toute l’Europe contre leurs plans d’austérité. Révoltes se propose de revenir sur ces mobilisations, plus particulièrement celles de Grande Bretagne et d’Irlande. De la Grèce à l’Espagne, celles d’Italie ou du Portugal, toutes posent la question du pouvoir et donc de construire dans chaque pays des organisations ouvrières révolutionnaires, ordonnées dans une organisation internationale révolutionnaire. L’objectif marxiste de la prise du pouvoir, de l’expropriation capitaliste, doit être clairement posé. Pour la construction de telles organisations, des mots d’ordre gouvernementaux transitoires doivent être avancés en fonction de chaque situation particulière.
La jeunesse et les travailleurs anglais mobilisés contre le plan d’austérité
En Grande Bretagne, le plan d’austérité proposé par le gouvernement bourgeois Conservateurs-libéraux prévoit des coupes budgétaires, des restrictions de l’aide sociale et l’augmentation violente des frais d’inscription universitaires. Sur cette dernière question, un projet de loi a été adopté d’une courte majorité au Parlement. Il prévoit l’augmentation de 3290 livres (3915 €) à 6000 voire 9000 livres. C’est cette mesure qui a mis le feu aux poudres. Par ailleurs, l’enseignement supérieur va voir son budget réduit de 400 millions de livres, et ce, avant même la hausse des frais d’inscription.
Alors que Le Monde titrait récemment que les mobilisations telles qu’elles se sont déroulées en France ne pourraient pas arriver dans un pays comme la Grande Bretagne, dès le 9 novembre, une journée nationale d’action a vu l’occupation et le saccage du siège du parti conservateur de Londres (à MillBank). Ce jour là se sont 50 000 étudiants qui manifestaient à Londres, surprenant le gouvernement. Le 24 novembre 10 000 étudiants manifestaient à Londres et le 30 novembre une nouvelle journée nationale d’action étudiante « against cuts and fees » (contre les coupes d’aides sociales, budgétaires, et les frais d’inscription) a vu 40 rassemblements dans le pays et des manifestations sauvages un peu partout. La répression par la police a été très violente, de la technique du kettling (encerclement – type place Bellecour à Lyon) au tabassage en règle (plusieurs dizaines de blessés). Le 2 décembre contre la suppression de l’allocation de 30 livres (35.8 €) par semaine pour les élèves de terminale les plus pauvres quelques dizaines de milliers de manifestants battaient le pavé. Le 9 décembre, jour du vote de la réforme sur les frais d’inscription, une nouvelle journée d’action était organisée dans tout le pays, avec des manifestations et l’occupation d’une trentaine d’universités. A Londres, la manifestation de 20 à 30 000 personnes a essayé de s’approcher du Parlement, déclenchant des heurts à Parliement Square où des charges de police (notamment de la police montée) ont fait plusieurs blessés. Ce jour là également, shocking, la Rolls du prince Charles et de Camilla est bousculée sur Regent Street alors qu’ils se rendaient au théâtre. Le ministère des Finances est pris d’assaut, des vitres blindées et des portes sont brisées. Le projet de loi d’augmentation des frais d’inscription est néanmoins voté à la Chambre des Communes, mais il doit encore être présenté à la Chambre des Lords. Pour autant, le samedi 18 décembre a eu lieu une journée de mobilisation dans tout le pays contre les « coupes » budgétaires. Une nouvelle fois, des banques (Barclay’s, HSBC) et des firmes de multinationales, notamment Vodafone et Topshop ont été visées par des manifestants. Topshop parce que le multi-milliardaire Philip Green, propriétaire via son épouse du groupe Arcadia qui possède ces magasins de vêtements, a été chargé d’une étude visant à réduire les dépenses publiques, alors même qu’il a été accusé de fraude fiscale et que sa femme est domiciliée à Monaco, histoire de ne pas payer d’impôts. Vodafone parce que le groupe réalisant d’énormes bénéfices en Angleterre a bénéficié d’une exonération de taxes de 6 milliards de livres, une somme qui équivaut aux coupes budgétaires dans l’éducation. Ces actions sont l’émanation de collectifs « anticuts » organisés en réseau dans tout le pays.
La fédération syndicale Trade Union Congress (TUC) lors de son congrès du 13 septembre 2010 à Manchester qualifiait les projets du gouvernement comme étant non pas des coupes temporaires mais « un plan pour réduire de manière permanente les services publics et les aides sociales ». Le TUC avait alors promis des grèves massives dans tout le pays si les mesures d'austérité annoncées étaient bien mises en place. Le secrétaire général du TUC, Brendan Barber, a expliqué qu'il ne s'agissait pas « d'un gouvernement de coalition, mais d'un gouvernement de démolition ». Le 19 octobre, les syndicats organisaient un Forum à Londres contre le programme d’austérité, réunissant quelques 2000 syndicalistes. Le même jour, des manifestations étaient également organisées, bien moins massives, elles ont réuni quelques centaines de manifestants comme à Glasgow ou à Londres où la manifestation s’est rendue devant le Parlement. Le TUC a refusé d’appeler et d’organiser la grève générale pour le retrait du plan d’austérité. Il n’a proposé que quelques journées d’action disloquées sans mot d’ordre clair.
Les étudiants se sont aussi mobilisés mais le mouvement est resté minoritaire. Le NUS (National Union of Students), comme le TUC n’a rien fait pour initier une mobilisation d’ensemble, contre le plan d’austérité, contre l’augmentation des frais d’inscription … Ils ont au contraire servi de bouclier au gouvernement, émiettant la mobilisation et disloquant la volonté des masses qui souhaitaient en découdre avec lui.
Dans cette situation, des étudiants ont tenté de s’organiser dans les collectifs anticuts, ou autre. Ils se sont rassemblés et pour certains ont posé clairement la perspective de la construction de « nouvelles organisations syndicales », d’un « nouveau parti socialiste ». Par exemple, lors d’un « teach-in » (protestation par occupation de l’université, avec cours et débats permanents) le 26 novembre dans une université occupée de Manchester, des intervenants ont expliqué à l’image de Jean Shaoul membre du Worl Socialist Web Site et du Socialit Equality Party : « La question qui se pose à nous tous est la suivante: quelle classe sociale va contrôler l’économie ? Dans l’intérêt de qui sera-t-elle gérée ? ». Ou encore : « Quels enseignements pouvons-nous tirer des énormes mouvements de masse auxquels nous avons assisté ces derniers temps, comme en 2003 contre la guerre en Irak, lorsque près de 2 millions de personnes étaient descendues dans la rue en Grande-Bretagne pour s’y opposer ?Ce mouvement a échoué et le mouvement contre l’austérité court le même danger, parce que les syndicats, les directions syndicales, ne mettent pas en avant une politique pour faire avancer le mouvement. Les directions sont totalement liées à la perspective capitaliste, à l’organisation politique existante et elles collaborent depuis des décennies avec ce programme de libre marché néo libéral. (…) Ce qui est nécessaire c’est une perspective internationale, une perspective socialiste – la prise de contrôle des banques et des très grosses industries par les ouvriers. Cela signifie le renversement de la coalition gouvernementale et la lutte pour un gouvernement ouvrier engagé à appliquer une politique socialiste… Cela signifie construire un nouveau parti socialiste. »
Ainsi une fraction de la jeunesse et des travailleurs anglais se pose ouvertement la question de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire en Angleterre. Mais pour l’heure, en l’absence d’un tel parti, ces jeunes et ces travailleurs qui s’organisent, doivent développer les enseignements du mouvement ouvrier international et notamment la tactique du front unique ouvrier. Ils doivent s’adresser aux directions du mouvement ouvrier traditionnel (TUC, NUS, Labor …) pour leur dire : « votre responsabilité est de vous prononcer clairement pour les mots d’ordre qui unifient la jeunesse et les travailleurs contre le gouvernement bourgeois, de réaliser sur cette base le front unique ouvrier et d’engager le combat pour infliger une défaite au gouvernement Conservateurs-libéraux, le vaincre et le chasser : A bas le plan d’austérité, retrait immédiat de la loi d’augmentation des frais universitaires, suppression totale des droits universitaires, gratuité à l’École et l’université. Sur cette base : prenez immédiatement le pouvoir ! »
En démasquant la collaboration des ces organisations avec l’ordre bourgeois, ils les dénonceront aux yeux des masses et ouvriront ainsi aux travailleurs et aux jeunes la perspective de la construction d’un véritable parti ouvrier révolutionnaire en Grande Bretagne axé sur la prise du pouvoir, pour l’expropriation du capital et donc seul à même de mener la bataille décisive.
Le cas irlandais : les travailleurs ne veulent pas payer la crise capitaliste
En 2006, les finances publiques irlandaises étaient excédentaires de 2,9 % du PIB. En 2007, le déficit public était égal à zéro. En 2008, le déficit s’élevait à 7,3 % du PIB, en 2009 à 14,4 % et comme la crise bancaire s’est accélérée en Irlande, le déficit atteint 32 % du PIB en 2010. La crise bancaire a coûté à l’Irlande près de 55 % d’un PIB de 164 milliards d’euros, soit 90 milliards d’euros. Ces 90 milliards d’euros n’ont certainement pas servi à augmenter les dépenses sociales comme l’affirment les néolibéraux, ils ont été, en presque totalité, utilisés pour sauver les banques irlandaises de la faillite. Des banques qui avaient spéculé, créant une bulle immobilière gigantesque qui a fini par leur éclater au nez.
En trois ans, l’État irlandais a dépensé 77 milliards d’euros pour remettre à flot les banques : 46 milliards pour leurs fonds propres et 31 milliards pour le rachat de leurs actifs « risqués ». Personne ne sait encore, d’ailleurs, quel sera le coût final du sauvetage car personne ne sait encore le montant des actifs pourris encore détenus par ces banques. Mais, d’ores et déjà, 35 milliards du « plan d’aide » de l’Union européenne et du FMI sont destinés à combler le gouffre sans fond des pertes bancaires irlandaises. Ce qui fait un plan de sauvetage à 115 milliards d’euros, dont 85 milliards prêtés par le FMI au taux de 6,7%.
Cette dette a eu pour unique fonction de sauver les banques irlandaises. Pas uniquement elles d’ailleurs, les banques britanniques détiennent 109 milliards d’euros de créances publiques et privés irlandaises, suivies de près par les banques allemandes et françaises. Les banques belges, quant à elles, ont une exposition de 22 milliards d’euros, l’équivalent de 6 % du PIB belge.
Les travailleurs irlandais ne portent aucune responsabilité dans ce naufrage. Pourtant, le FMI et l’Union européenne ne prêtent pas pour rien, ils exigent un plan d’austérité qui sera supporté par les masses : 15 milliards d’économie en 4 ans (comparaison faite entre les PIB de l’Irlande et de la France, cela correspondrait à 180 milliards d’euros d’économie en France) dont 6 % dès 2010, suppression de 25 000 postes de fonctionnaires, baisse importante du budget santé, gel du montant des retraites, diminution des allocations familiales et des allocations chômage, baisse de 11 % du salaire minimum horaire. La TVA augmentera de deux points de 21 à 23 % entre 2011 et 2014. Une taxe immobilière frappera les ménages jusque là non imposables. Le taux de l’impôt sur les sociétés ne bougera pas pour autant. Il restera l’un des plus bas de l’Union européenne : formellement 12,5 % mais en réalité, 3 à 4 % avec toutes les niches fiscales que le fisc irlandais offre aux entreprises. Le chômage qui était de 4 % en 2005 et de 14 % début 2010 ne pourra que s’aggraver.
La jeunesse et la classe ouvrière irlandaise ont engagé le combat dès le mois de novembre, contre le « plan d’aide » du FMI et de la BCE, contre la politique de rigueur du gouvernement bourgeois dirigé par Brian Cowen. Ce gouvernement est un gouvernement bourgeois de coalition entre le Fianna Fail (parti républicain de centre droit) et les Verts.
Le 22 novembre, les Verts ont quitté le gouvernement. Privé de ce soutien, le Fianna Fail de Brian Cowen n’a plus la majorité. Il a donc été contraint de présenter sa démission et d’appeler à des élections anticipées au Parlement, pour janvier 2011, après le vote du budget. Le Fine Gael (parti de centre droit), le Labour (Parti travailliste) et le Sinn Fein (parti nationaliste catholique) demandent une dissolution immédiate du Parlement. Le Labour s’ordonne vers la formation d’un gouvernement de coalition avec le Fine Gael. Mais les syndicats considèrent que l'Irlande est "au bord de graves troubles sociaux" et ont appelé à une manifestation contre l'austérité le 27 novembre à Dublin.
Environ 150 000 manifestants ont répondu à l’appel à Dublin 27 novembre. Cette manifestation est colossale pour un pays qui compte 4 millions d’habitants. Des regroupements de jeunes et de travailleurs, à l’image du One Percent Network (car 1% de la population possède 34% des richesses du pays) ou du left bloc (constitué à l’issue de la mobilisation du 27 novembre) rassemblent diverses organisations qui tentent de continuer la mobilisation. Le 7 décembre de nouvelles manifestations se sont déroulées dans le pays, jour du vote du budget. Ces organisations sont opposées à la politique d’accompagnement de l’ICTU (Irish Congress of Trade Union) principale centrale syndicale irlandaise regroupant 700 000 travailleurs. Mais elles refusent de s’adresser à lui et lui tourne le dos au lieu d’organiser les jeunes et les travailleurs pour qu’ils se réapproprient leur outil de lutte syndicale, qu’ils exigent de l’ICTU qu’il satisfasse leurs revendications. Ce faisant, ces organisations – émanations plus ou moins anarchistes et gauchistes – envoient les travailleurs dans l’impasse en ignorant que l’ICTU organise 40% des travailleurs irlandais.
Les mots d’ordre d’annulation de la dette, de l’interdiction des licenciements, à bas le budget, à bas le plan de rigueur … doivent être repris par l’ICTU mais aussi par le Labor. Ces mots d’ordre doivent être le socle de la mobilisation contre le gouvernement de Brian Cowen, mais également la base de la plateforme du Labor pour les élections de janvier. Les travailleurs pourraient alors se saisir des élections pour infliger une défaite politique majeure à la bourgeoisie et sur cette base imposer que le Labor constitue un gouvernement sans représentants bourgeois (ni Sinn Fein, ni Fine Gael), pour la satisfaction des revendications ouvrières.
Partout en Europe les masses se dressent contre les plans d’austérité
Le mouvement de grèves et manifestations en France a redonné une impulsion aux mobilisations en Grèce. Après les mobilisations du printemps dernier, les travailleurs se sont à nouveau massivement mobilisés à plusieurs reprises cet automne avec une accélération à compter du 15 novembre : 50 000 manifestants à Athènes le 17/11, puis les 2, 6 et 15 décembre avec des scènes de quasi guerre civile où les affrontements avec la police ont été très violents.
Ces mobilisations s’ordonnaient contre le plan d’austérité du gouvernement exigé par le FMI et l’UE en échange de prêts à un taux d’usurier.
Mais le mouvement ouvrier grec est particulièrement divisé. Le PASOK (parti socialiste grec) est à nouveau au pouvoir depuis 2009. Il mène une politique de gestion des intérêts de la bourgeoisie, qui se concrétise aujourd’hui dans le plan d’austérité qu’il met en place contre les travailleurs grecs.
Le KKE (parti communiste grec), lié à l’ex-bureaucratie stalinienne a explosé à plusieurs reprises. De ces crises sont nés le « KKE de l’intérieur » en 1968 lors de la dictature des colonels et suite à la répression du printemps de Prague, puis en 1991, le Synapismos (« Coalition des Forces de Gauche et de Progrès »).
La GSEE, Confédération des Syndicats du Secteur Privé, est la principale centrale syndicale des travailleurs du privé, et nombre de ses militants sont membres du PASOK. Elle participe activement au dialogue social mené par le gouvernement du PASOK.
Le PAME, Front Militant des Travailleurs, fait parti de la GSEE mais est lié au KKE. La division syndicale est majeure en Grèce et s’exprime ouvertement comme lors de la grève générale de 24h du 17 décembre 2009 lancée par le PAME, à laquelle la GSEE a appelé les travailleurs à ne pas participer. Le rôle du PAME est de servir d’écran pseudo gauche à la GSEE. En effet, ses militants sont par exemple intervenus dans la GSEE pour que la journée de grève générale du 17 mai 2010 dure … deux jours.
Le gouvernement du PASOK se refuse à rompre avec les exigences du capital. Les travailleurs et la jeunesse doivent s’organiser pour leur imposer cette rupture qui se concrétise dans le mot d’ordre : Annulation de la dette ! La responsabilité des organisations syndicales grecques est de reprendre ce mot d’ordre et donc d’organiser la grève générale continue sur cette base. Mais les dirigeants de la GSEE affirment à la presse que malgré l’aggravation de l’austérité, ils ne s’opposeront pas au gouvernement, qu’ils ne sont pas là pour le renverser. Certes, la question n’est pas de redonner le pouvoir à l’opposition bourgeoise mais d’imposer au PASOK qu’il mène une politique de défense de la classe ouvrière. Et s’il ne le fait pas (ce qui est visiblement le cas aujourd’hui), la construction d’un véritable parti ouvrier révolutionnaire doit être mise à l’ordre du jour. Les journées de « grève générale » en Grèce ont été appelées par les syndicats tous les deux ou trois mois, non pas pour lutter contre le gouvernement et lui imposer de mettre en place une politique de défense des travailleurs, mais précisément pour contenir un tel mouvement et pour garantir que le PASOK puisse continuer de gérer les intérêts de l’État bourgeois. Les travailleurs devront s’organiser pour mener le combat pour se réapproprier leurs organisations de lutte. Les syndicats appartiennent aux travailleurs, non aux bureaucrates.