Le blog du groupe Révoltes

Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire

Pour imposer une défaite des partis bourgeois aux élections (LR, FN, Macron), il faut imposer le Front unique sur un programme ouvrier

En 2012, suite aux puissantes mobilisations de 2010 de la classe ouvrière contre le plan retraite de Sarkozy, le rejet profond de la politique de l'UMP avait mis à l'ordre du jour la mobilisation de masse pour un autre gouvernement. N’ayant pu trouver d’issue politique immédiate la mobilisation de rue avait reflué et s’était reportée sur le terrain électoral.

Au lieu de répondre aux attentes des salariés, les gouvernements d'Hollande ont pendant 5 années géré les intérêts de la bourgeoisie et du capital, et interdit tout surgissement de la classe ouvrière sur son terrain de classe. Ils n’ont pu mener cette politique qu’avec la complicité des appareils syndicaux qui ont accepté le dialogue social puis morcelé les mobilisations pour interdire toute centralisation contre l’ensemble de la politique gouvernementale. Ces gouvernements de type front populaire ont donc pu jouer pleinement leur rôle de trahison des intérêts ouvriers.

Le PCF, le PG et les « frondeurs » du PS ont refusé d’ouvrir une perspective politique en termes de gouvernement alternatif. Alors que la politique d’Hollande et Valls attaquait les acquis ouvriers ils avaient la responsabilité d’appeler à la mobilisation aux côté des centrales syndicales pour chasser ce gouvernement et mettre en place un nouveau gouvernement rompant avec le capital pour répondre aux aspirations des masses.

Mais davantage attachés à l’ordre bourgeois et aux institutions de la Vème République qu’aux intérêts des travailleurs, ils ont refusé cette politique de front unique, joué la division et impuissanté la classe ouvrière.

En 2015, la mobilisation contre la loi El Khomri a remis la question d’un autre gouvernement au centre de la situation politique. Mais le mouvement spontané de la classe a alors trouvé ses limites. Il n'a pas pu submerger le dispositif de front populaire et faute d’une perspective politique immédiate pour une alternative au pouvoir, il a reculé.

Le résultat en est une triple défaite pour les travailleurs : la loi est passée, le sentiment d'impossibilité de faire bouger les lignes par la mobilisation s'est renforcé, le dispositif de front populaire n'a pas été renversé

Le gouvernement a pendant ce quinquennat, et notamment pendant la bataille contre la loi travail, été très loin dans la prise en charge des intérêts de la bourgeoisie contre les travailleurs et la jeunesse : les lois anti-ouvrières (Macron, El Khomri, réforme territorial …), les mesures favorables au patronat (CICE, pacte de responsabilité ...), l'état d'urgence prolongé, la répression policière … Tout cela pèse lourd et contribue à désorienter les travailleurs. C’est dans ce contexte que se déroule la campagne électorale pour les présidentielles.

 

Une bourgeoisie divisée

Le spectacle offert par LR embourbés dans des scandales de corruption et autres fausses factures est finalement typique et inhérent au fonctionnement de la Vème République. Alors que la fin du quinquennat de Hollande est marquée par le rejet massif de sa politique au profit du capital par les travailleurs, LR n'est pas capable d'utiliser cette situation pour s'imposer. Minée par ses divisions internes, la droite se déchire. Les raisons en sont diverses, et tiennent notamment aux intérêts divergents du capitalisme français face à la reconfiguration des impérialismes américain, allemand et russe, qui rendent sa position de plus en plus délicate. Le conflit syrien est l'exemple de ces divisions.

Pour autant le capital français ne semble pas prêt aujourd’hui à financer le FN et confier les rênes à Le Pen, dont le projet de sortie de l’UE serait financièrement catastrophique pour une grande part du capital financier. Cependant, le FN joue parfaitement son rôle d’aiguillon dans la collaboration de classes, en jetant une partie de la classe ouvrière blanche dans les bras des franges déclinantes de la bourgeoisie, il appuie notamment le soutien à l’appareil de répression militaire et policier qui ne cesse d’accentuer ses coups contre les classes populaires racisées et, de plus en plus, les militants ouvriers.

La candidature de Macron, à l’inverse, est portée de façon claire par le capital financier pour se substituer si besoin à l’appareil divisé de LR. Aussi il peut paraître surprenant qu’en dépit de son programme, qui constitue une attaque en règle de la Sécurité Sociale, du salaire différé, des fonctionnaires (et en fait de l’ensemble des salariés), certains parmi les salariés soient tentés d’utiliser le vote Macron pour faire barrage au LR et FN. Ce « vote utile » ne peut constituer un « moindre mal » puisqu’il est au contraire la certitude d’attaques majeures contre les travailleurs, mais il parvient à jouer ce rôle en l’absence de candidat ouvrier susceptible de rassembler toute la classe.

Un vote ouvrier en panne de candidat

La désignation de Hamon lors des primaires, dirigeant de la « gauche socialiste », représentant des « frondeurs » parlementaires, témoigne d’une recherche d’une fraction de la classe ouvrière de s’opposer à la politique du quinquennat de Hollande. Il reste pour autant un dirigeant social-démocrate dont la famille politique est incapable de gouverner en défense des intérêts des travailleurs. Les mesures qu’il avance en témoignent à l’image du revenu universel (voir les articles infra : revenu universel, le programme de Hamon).

Mélenchon peut capter des voix ouvrières qui veulent en finir et avec le Parti socialiste au pouvoir. Mais en créant le mouvement de la « France insoumise », il refuse de s’inscrire dans le camp des travailleurs pour pouvoir se placer comme l’ultime sauveur d’une bourgeoisie française en décomposition. Il œuvre contre le Front unique ouvrier et se moulant dans les institutions de la Vème République bonapartiste.

Les dirigeants du PCF quant à eux, après avoir officiellement fait allégeance à Mélenchon, tanguent entre lui et Hamon. Pendant 5 ans et notamment lors des mobilisations contre la loi El Khomri, ils ont tous refusé de tracer une perspective de prise du pouvoir immédiate, sur la base d’un front unique ouvrier incluant syndicats, collectifs populaires (type Nuits debout), mais aussi les organisations politiques du NPA, LO, PG, et frondeurs du PS pouvant s’opposer au gouvernement Hollande-Valls. Aujourd’hui ils ont beau jeu de se mouler dans le calendrier institutionnel des élections bonapartistes de la Vème République. Des initiatives diverses s’adressent aux deux candidats, pour qu’ils réalisent l’unité, ce que chacun a d’ores et déjà rejeté. La question centrale n’est pas tant celle d’un candidat unique, ou providentiel, mais bien celle du programme et de l’organisation politique qui le porte.

Des mobilisations éparses se font jour contre les conséquences des réformes bourgeoises du gouvernement Hollande : contre les fermetures d’hôpitaux dans la santé, contre la répression policière qui s’abat sur les populations - souvent immigrées- dans les quartiers, contre les plans sociaux dans les grandes entreprises, contre la pénurie de moyens dans l’Éducation nationale, contre la sélection à l’Université etc. L’enseignement du vote de 2012, nous fait dire qu’il ne suffit pas de désigner un président-Bonaparte à la tête des institutions bourgeoises de la Vème République pour que les choses changent, pour que les réformes anti-ouvrières soient abrogées. Face à l’impasse qu’offrent les partis ouvriers bourgeois, ouvriers par leur nature mais bourgeois car il respecte l’ordre capitaliste, beaucoup de travailleurs et de jeunes vont s’abstenir. Pour imposer une défaite aux partis bourgeois, LR, FN, Macron, il faut que la classe ouvrière impose le Front unique ouvrier pour opposer aux programmes de Hamon ou Mélenchon, un véritable programme de défense de la classe ouvrière qui rompe avec l’impérialisme français.

 

Mais ce programme contient forcément des revendications immédiates et des mesures en rupture avec le vieux monde, en rupture avec la bourgeoisie, des mesures qui s’inscrivent contre le mode de production capitaliste. Visiblement ce ne sont pas les Hamon ou autre Mélenchon qui entendent défendre un tel programme. Mais le problème majeur auquel nous sommes confrontés est l’absence d’un parti qui porte un tel programme.

 

C’est pourquoi, face à la décomposition des organisations traditionnelles et parce que le mouvement spontané ne peut pas résoudre seul la question du pouvoir, il faut construire ce Parti ouvrier révolutionnaire. Celui-ci chercherait également à fédérer des organisations révolutionnaires à l’échelle internationale. C’est à ce combat, que le groupe Révoltes entend participer à sa juste mesure. Pour l’heure, en l’absence d’un tel parti, cela implique que les salariés doivent se rassembler, s’organiser pour défendre leur programme. Ils doivent constituer des collectifs, s’organiser dans les syndicats, s’adresser aux partis qui se positionnent comme représentants des salariés pour imposer ce programme. Les partis et syndicats d’origine ouvrière doivent être contraints à réaliser un front unique pour rassembler la classe ouvrière pour la défense d’un tel programme.

 

C’est ce à quoi les militants organisés autour de ce bulletin tentent de contribuer par leurs interventions dans des collectifs (Nuits debout …) ou dans les syndicats. En ce sens nous proposons à la discussion avec les salariés les éléments de programme suivants :

 

Pour un programme immédiat :

  • A bas l’intervention impérialiste française, arrêt des frappes aériennes en Syrie et en Irak !
  • A bas l’état d’urgence, à bas la loi sur la légitime défense et toutes les mesures de répression policières !
  • Contre la précarité, un seul contrat le CDI ; pour la défense du Code du travail, abrogation de la loi travail
  • Pour l’interdiction des licenciements, nationalisation des entreprises qui licencient ;
  • Arrêt des suppressions de postes de fonctionnaires ; pour la défense du statut des fonctionnaires, pour l’ouverture massive des postes aux concours pour éviter le recours aux contrats précaires, non à l’avancement unique, non aux primes de fonction et au mérite, abrogation du PPCR et du RIFSEEP.
  • Abrogation de la réforme territoriale, de la loi NOTRé, non aux fusions de collectivités
  • Contre les regroupements des établissements hospitaliers, pour l’ouverture de lits répondant aux besoins, abrogation du plan Hôpital, de la loi Bachelot
  • Non à l’autonomie des établissements de l’Éducation Nationale, à bas la réforme des rythmes scolaires, pour la création massive de postes statutaires dans l’Éducation Nationale !
  • Non au revenu universel ! Fin des exonérations de cotisations patronales et leur augmentation pour combler le déficit de la Sécurité sociale ; maintien du salaire tout le temps du chômage ; indexation des allocations et des salaires sur le coût de la vie ; allocation d’étude universelle pour tous les étudiants, apprentis, jeunes chômeurs
  • Retour à la retraite à 60 ans et aux 37.5 ans de cotisation avec une pension calculée sur la meilleure année
  • Formation professionnelle payée à 100% par les patrons
  • Pour la suppression du CICE et augmentation de l’impôt sur les sociétés et de solidarité sur la fortune (ISF)
  • Pour la suppression de la CSG
  • Pour la progressivité de l’impôt (augmentation du nombre de tranches), contre le prélèvement à la source
  • Pour un plan massif de constructions logements sociaux
  • Accueil des migrants, ouverture des frontières, droit d’asile illimité

 

Pour un programme transitoire

  • contre le chômage, répartition des heures de travail en fonction de la population active = échelle mobile des heures de travail
  • contre la vie chère, indexation des salaires et allocations sur le coût de la vie = échelle mobile des salaires
  • Non à la cogestion patronale ; gestion des caisses de Sécu et de chômage par les seuls représentants des salariés, dehors les représentants du patronat
  • Annulation de la dette
  • A bas l’Union Européenne capitaliste ; pour une rupture ouvrière avec l’UE et avec l’Euro et pour aller vers la construction des États-Unis socialistes d’Europe
  • A bas la Vème République ; A bas la fonction présidentielle, tout le pouvoir à l’Assemblée des représentants élus par les travailleurs ; suppression du Sénat
  • Retrait des troupes miliaires d’Afrique, du Moyen-Orient, pour le droit inconditionnel des peuples à disposer d’eux-mêmes
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