Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
11 Octobre 2011
Bolivie : pour un gouvernement ouvrier, un gouvernement de la COB qui exproprie le capital et collectivise la terre
Quelques rappels
La question de nationalisation des exploitations d’hydrocarbures
En Bolivie la question du contrôle des hydrocarbures et principalement du gaz est centrale puisque d'importantes mobilisations ont eu lieu en 2003-2004 contre les projets de privatisation des entreprises qui exploite le gaz. Deux présidents ont dû s'expatrier sous la menace des mineurs.
Alors que la COB, la centrale syndicale ouvrière bolivienne, avait joué un rôle important dans cette mobilisation, et que la centrale ouvrière de Bolivie aurait pu présenter un candidat aux élections présidentielles de 2005, ses dirigeants ont refusé de le faire et ont soutenu Morales, le candidat du MAS, organisation petite-bourgeoise paysanne réactionnaire.
Déjà en mai 2006, Morales était confronté à une vague de mobilisations qui exigeait la nationalisation des exploitations d’hydrocarbures.
Le secteur du gaz a été privatisé en 1996 permettant aux groupes capitalistes étrangers de réaliser d'importants profits.
Face à l'ampleur de la mobilisation de la classe ouvrière bolivienne, et principalement des mineurs, une loi sur les hydrocarbures a porté en 2005 la rente de l'État sur les résultats de l’exploitation à plus de 50 %, ne satisfaisant pas les partisans d'une nationalisation du secteur. Depuis, les entreprises capitalistes étrangères ont suspendu leurs investissements mais continuent de piller le pays de ses ressources. En mai 2006, Morales rassurait les capitalistes en affirmant qu'il n'était pas question de " confisquer les biens des compagnies étrangères " mais qu'il s'agissait uniquement « d'exercer le droit de propriété sur le sous-sol et en surface " C'est pire : l'État devrait donc assumer les coûts d'entretien des mines sans bénéficier des recettes d'exploitation !
En Bolivie, trois compagnies dominent le marché bolivien : la brésilienne Petrobras, l'hispano-argentine Repsol et la française Total. Elles se partagent l'exploitation des même puits.
Morales a annoncé une transformation des contrats avec les multinationales étrangères contraintes d'accepter ses propositions avant le 31 mars 2006 ou d'abandonner certains de leurs champs. Hormis l'américaine ExxonMobil, elles ont toutes accepté, avec la grimace.
Le président a demandé " aux forces armées ainsi qu'à des bataillons d'ingénieurs d'occuper tous les gisements d'hydrocarbures de Bolivie " Il a radicalisé son discours et a effectué des opérations coups de poings car il était confronté à une vague de mobilisations. Partout les blocages de routes se sont multipliés. Des manifestations d'employés du secteur de la santé, de chauffeurs routiers, d'instituteurs et d'ouvriers de la COB ont eu lieu pour revendiquer des hausses salariales et pour exiger l'accomplissement de la nationalisation des hydrocarbures.
L'objectif des interventions militaires dans les champs pétrolifères était « d'assurer le fonctionnement des structures de production pour garantir l'approvisionnement, remplir les engagements internationaux et alimenter le marché national. " Le décret pris le 1er mai 2006 précise que l'État vendra lui-même le gaz ; les compagnies étrangères seront de simples opérateurs mais qui seront rémunérées pour l'extraction.
La nationalisation du gaz est en effet une revendication forte des travailleurs boliviens : en 1937 ce fut le premier pays du continent à prendre le contrôle des gisements de la Standard Oil Company, mesure répétée en 1969 à l'encontre de la Gulf Oil.
Morales a alors rassuré les États impérialistes concernant les contrats d'exploitation du gaz de leurs compagnies au sommet UE-Amérique latine de mai 2006. Ainsi la Bolivie et l'Espagne ont échangé des lettres s'engageant mutuellement à respecter les bons procédés. Lors d'un tête-à-tête avec Chirac, Morales lui a assuré que les discussions avec les investisseurs étrangers seraient conduites " dans un esprit de négociation "
La question agraire
Concernant la réforme agraire, Morales a annoncé au mois de juin 2006, une « révolution agraire ». I1 a pris des décrets qui ont distribué 2.2 millions d'hectares de terres en Amazonie bolivienne. Ces « terres communautaires d'origine » étaient en fait déjà occupées par leurs communautés respectives. En réalité, les grandes exploitations agricoles n’ont pas été touchées.
Au contraire, une véritable révolution agraire nécessite l’expropriation des grandes exploitations agricoles et la collectivisation des terres agricoles.
Mais seul un gouvernement ouvrier peut engager cette révolution agraire car le MAS au pouvoir ne l’a pas réalisée.
Affrontements dans les mines
En 2006, ont eu lieu des affrontements se soldant par la mort de 16 mineurs entre des membres des coopératives minières voulant exploiter à elles-seules la principale réserve d'étain du pays et les mineurs salariés de l'entreprise publique, partisans d'une exploitation sous contrôle de l'État. Les premiers se comportent en fait comme de véritables entreprises capitalistes soucieuses du profit qu'elles peuvent réaliser. Elles sont devenues l'instrument des compagnies minières puisque dans certaines, les ouvriers n'ont pas le droit de se syndiquer.
Le combat de la classe ouvrière contre la politique du gouvernement Morales
Alors que les mobilisations sociales jusqu’en 2005 combattaient la politique des gouvernements bourgeois, elles n’ont pour autant pas cessé depuis l’avènement au pouvoir de Morales. Avec un pic record en 2010, les mobilisations s’affrontent au gouvernement du MAS de Morales. Confronté à la fin de son premier mandat à la réaction bourgeoise, le gouvernement de Morales, réélu en 2010, doit affronter la mobilisation de la classe ouvrière contre la hausse des prix. L’inflation galopante trouve ses origines dans l’annonce faite par le gouvernement de vouloir en finir, via un décret connu comme le gazolinazo, avec la subvention du diesel actuellement en vigueur. Sous la pression de la rue, la mesure a été finalement retirée dès le 31 décembre, mais le secteur agro-industriel en a tout de même profité au passage pour spéculer sur les prix des aliments. Opposé dans un premier temps à toute compensation par les salaires, Morales a finalement cédé, le 18 avril, après 12 jours de grève générale illimitée avec des mobilisations menées par des instituteurs, des mineurs, des ouvriers et des travailleurs de la santé. La grève a été lancée après que la police de La Paz ait réprimé avec des lacrymogènes et plusieurs arrestations les colonnes de mineurs qui voulaient se rendre sur la Place Murillo, devant la maison du gouvernement. La revendication est celle d’une augmentation salariale supérieure au 10 % qu’a décrété le gouvernement pour une partie seulement des travailleurs de l’État (santé, instituteurs, policiers et militaires) et a dit qu’il s’agissait d’un « guide » pour la discussion salariale dans le secteur privé. Mais les aliments ont augmenté de plus de 30 % en moyenne sur les derniers mois. Une autre demande concerne la dérogation au décret suprême 21060, datant des temps des gouvernements bourgeois, qui garantit la « liberté des contrats », rend possible la tertiarisation du travail et empêche le contrôle des prix. Evo Morales refusait de recevoir les grévistes, mais s’est réuni seize heures durant avec la délégation de la COB. Il a cependant refusé une augmentation salariale supérieure à 10. La COB, dans sa « contre-proposition », a réclamé 15%. Au final un « coup de pouce » de 11% a été concédé au terme d’une âpre négociation avec la COB.
Les contradictions entre les classes ouvrent la voie à la prise du pouvoir par la classe ouvrière
Au-delà des revendications pour la hausse des salaires, s’est bien la question de l’expropriation des trusts d’hydrocarbures étrangers qui est posée.
De même la question agraire reste très présente puisque le gouvernement Morales ne s’attaque pas à la grande propriété foncière et n’a pas pour objectif la collectivisation de la terre.
Ainsi, la Centrale ouvrière de Bolivie (COB) a appelé à une grève de 24 heures le 28/09/2011 pour soutenir la une marche sur La Paz d'un millier d'indiens d'Amazonie, entamée il y a plus d'un mois pour protester contre un projet routier à travers un parc naturel. Cette manifestation se centre de fait contre le gouvernement Morales car elle rassemble la classe ouvrière, les indiens et des déçus du gouvernement Morales.
En refusant en 2005 de présenter un candidat issu de la COB, la COB a laissé le terrain libre à un gouvernement petit-bourgeois, tout en le soutenant au départ. Mais au final, ce gouvernement qui n’est pas un gouvernement ouvrier doit faire face à des revendications ouvrières, ouvrant la voie à la révolution socialiste.
Pour un gouvernement de la COB !
Morales en tant que chef d'un mouvement petit-bourgeois réactionnaire est pris entre le marteau et l'enclume, entre le prolétariat mobilisé d'un part qui veut au minimum la nationalisation de toutes les ressources du pays et une réforme agraire et d'autre part les intérêts capitalistes.
Mais ce n'est pas le MAS, ni Morales qui pourront satisfaire les intérêts des masses boliviennes. Seul un gouvernement ouvrier, issu de la COB, seule organisation ouvrière, pourrait aller plus loin que la nationalisation des ressources minières : il faut non seulement que l'État reprenne le contrôle des mines mais il faut également exproprier les biens des compagnies étrangères pour que les mineurs boliviens puissent les faire fonctionner.
Aujourd'hui, la seule perspective politique pour les travailleurs boliviens, la seule issue à leurs mobilisations c'est de renverser Morales et son gouvernement et porter un gouvernement de la COB au pouvoir !