Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
8 Avril 2013
La plate-forme soumise à la discussion par le BN du PG en vue du congrès de mars 2013 ne correspond en rien à une analyse marxiste, ni dans l’appréciation de la situation actuelle ni dans les perspectives politiques proposées.
Les frontières de classes sont d’autant plus inexistantes que les classes sociales ne sont ni clairement nommées ni définies dans leur rôle historique. La classe ouvrière disparaît sous les termes de « peuple », « travailleurs », « citoyens ». Quant à la bourgeoisie – jamais nommée, pas plus que « patrons » – elle est évoquée sous les termes de « possédants », « actionnaires », « néolibéraux », « oligarchie financière » : mais ne font-ils pas partie du « peuple », ne sont-ils pas « citoyens » ?
Le capitalisme - et « l’analyse matérialiste critique qui en a été faite au XIX° s.» - est présenté comme étant dans une impasse ; mais ses fondements et les raisons de la crise ne sont pas étudiés. Le capitalisme apparaît davantage comme une puissance productiviste maléfique que comme un rapport social de production. La propriété privée des moyens de production et la course au profit comme moteurs du système ne font pas partie du vocabulaire du PG. Seule est dénoncée « la course mortelle du réchauffement climatique » !
Dans cette confusion sémantique, aucune perspective politique appréhendable par les masses n’est dégagée. Alors que la première partie s’intitule « Ouvrir une issue gouvernementale à l’impasse du système », le texte n’agite que de vagues notions de « révolution citoyenne » comme « stratégie de prise du pouvoir » et de VI° République dont on ne saura jamais s’il s’agit de république ouvrière ou bourgeoise !
Alors, comment parvenir à cette nouvelle république ? Par des luttes sociales en 2013 et par les urnes en 2014 pour faire « des prochaines municipalités des points d’appui pour résister à l’austérité, impulser des radicalités concrètes » : où l’on voit qu’il ne s’agit pas encore de changer de système… Où est donc le nouveau pouvoir ? Comment « dépasser le capitalisme » ? Les coopératives ouvrières sont données en modèles mais que deviennent les grands groupes industriels, les banques ? quid de la propriété des moyens de production ? du « système capitaliste et les rapports de production qu’il faut transformer » ? Le texte ne le dit pas.
La « plate-forme alternative » offre-t-elle une réelle perspective ?
La « plate-forme alternative » soumise à la discussion par le courant issu du NPA propose-t-elle une orientation plus conforme aux intérêts de la classe ouvrière ? Le discours est sans doute plus « musclé » mais les propositions ne diffèrent pas sur le fond : « Affirmer le Parti de Gauche en tant qu’organisation démocratique, anticapitaliste et révolutionnaire » ne suffit pas à changer radicalement la donne. Vouloir «un parti socialiste, républicain et écologiste » pour fonder une république sociale par une assemblée constituante supprimant le Sénat et instaurant « un socialisme municipal » n’ouvre pas la voie à un État ouvrier. Le texte dit d’ailleurs qu’il ne faut pas « se laisser aller aux vieilles lunes de la gauche d’antan »…
Il précise cependant que « l’appropriation des moyens de production doit être remise au goût du jour » et qu’il faut « remettre en cause le patronat et l’abolition partielle ou totale de l’actionnariat », mais selon un « socialisme du XXI° siècle », comme d’autres parlaient « du socialisme de notre temps »… Rien ne précise en effet les moyens politiques à mettre en œuvre pour exproprier la bourgeoisie et la chasser du pouvoir…Il est dit que la Front de gauche doit devenir un « Front populaire » ; et là, l’Histoire nous a enseigné qu’on est à l’opposé d’un combat révolutionnaire !
D’ailleurs, si les ennemis politiques du Front de gauche sont pour ce courant le social-libéralisme et la droite, au second tour des prochaines élections, il ne faut pas « exclure des fusions techniques si elles s’avèrent nécessaires à proposer au PS et à EELV pour faire barrage à la droite » : le texte reconnaît donc que le PS et l’UMP, ce n’est pas exactement la même chose. L’alliance avec le PS peut permettre de gagner des places au soleil municipal ou européen. Mais en aucun cas, il ne s’agit de mettre en œuvre une stratégie de front unique contre la bourgeoisie ! Il n’y a pas de différence de fond avec l’orientation du Conseil National.
Que propose en effet le « contre – budget » élaboré par le PG à l’automne 2012 ? On retrouve le même flou théorique : « planification écologique » et « investissements écosocialistes ».
Que dire du « partage des richesses » ? avec qui ? avec les patrons, les actionnaires ? Mais encore : « mieux répartir la fabuleuse richesse créée par le travail des salariés ». Pourquoi les salariés devraient-ils abandonner une partie de la valeur créée par leur travail au lieu de se l’approprier en totalité par l’expropriation ? Or, le contre budget préconise « la nationalisation des activités de dépôt des banques privées ». Nationaliser, c’est rembourser les voleurs ! et avec quel argent ? S’agit-il des activités de dépôt ou les dépôts eux-mêmes ? A aucun moment il n’est question de remettre en cause le capitalisme ni l’État bourgeois comme organisme de domination et d’oppression par la classe dominante. Or, comment s’attaquer efficacement au capital si l’on ne s’approprie pas les moyens dont il dispose pour extorquer du profit ?
Certes, « il fallait battre Sarkozy » dit le texte soumis à discussion par la direction mais « la social-démocratie en faillite a changé d’orientation ». Le PS et F. Hollande auraient changé d’orientation entre le 6 et le 7 mai ? On ne peut croire que les dirigeants du PG et le premier d’entre eux, ancien militant trotskyste, ignorent que la social- démocratie a trahi son camp dès 1914 en se ralliant à la guerre impérialiste derrière la bourgeoisie nationale.
De même, le gouvernement Hollande/Ayrault organise aujourd’hui une expédition militaire au Mali pour défendre les intérêts de l’impérialisme français dans la région au mépris des peuples, notamment Touaregs qui se battent pour leur indépendance. « Lutte contre le terrorisme » disent-ils, alors qu’il s’agit de défendre les intérêts des grands groupes français présents en Afrique dans une région très pauvre et très instable politiquement.
Le communiqué de Mélenchon en date du 11 janvier 2013 ne se démarque pas vraiment de cette politique : pas un mot sur les peuples concernés, les intérêts de la France priment. Mélenchon ne reproche à Hollande que le manque de concertation. Aucun mot d’ordre pour combattre cette politique impérialiste.
Ce qui n’empêche pas le PG d’affirmer sa non appartenance à la majorité élue en 2012 : « heureusement une autre gauche est en train d’émerger » (et dans toute l’Europe même) lit-on, et le NPA, le POI et LO sont invités à la rejoindre. Mais tant que cette nouvelle gauche n’accèdera pas au pouvoir, il n’y pas grand chose à espérer. On ne perd pas son temps pour autant : il faut s’atteler à « changer les mentalités » par la « libération des consciences », pour « la prise du pouvoir dans l’entreprise [qui] vise à l’émancipation des salariés ». Le PG ignore totalement la stratégie du front unique ouvrier de rupture avec la bourgeoisie. C’est sans doute un des motifs du départ du seul député PG élu, Marc Dolez : il dénonce « la thèse des deux gauches irréconciliables » et ne veut pas « donner le sentiment que l’adversaire du front de Gauche, c’est le PS ». Certes, Dolez n’exprime pas une position de rupture avec la politique bourgeoise de Hollande, mais son départ est significatif de l’impasse politique dans laquelle se trouve le PG.
Quelle perspective le PG devrait-il ouvrir ?
Sa responsabilité aujourd’hui est de défendre les revendications ouvrières en organisant le combat contre la politique du gouvernement : or, quel combat le PG a-t-il mené à Florange ? A-t-il appelé à la mobilisation unie pour l’interdiction des licenciements et pour l’expropriation de l’entreprise Mittal ? Organise-t-il le combat pour imposer à la majorité PS/PC l’interdiction de tous les licenciements, la création des milliers de postes dont l’Éducation nationale a besoin, la satisfaction des revendications ouvrières ?
Ne pas faire barrage aujourd’hui aux projets de « réformes » du gouvernement contre le Code du travail et contre l’école, ce n’est pas préparer la « victoire électorale » de 2014, c’est préparer le retour des partis bourgeois au pouvoir.
En réalité l’orientation du PG ne vise pas à permettre à la classe ouvrière de jouer son rôle historique en chassant la bourgeoisie du pouvoir, en l’expropriant et en abolissant le salariat, mais de « libérer chaque personne de l’aliénation consumériste », de forger la « conscience républicaine d’un intérêt général humain.»
Avec de tels slogans on ne s’étonnera pas du score mitigé du PG aux dernières élections et à son ancrage modeste dans la lutte de classe. Il apparaît clairement comme un obstacle supplémentaire dans la voie de l’émancipation révolutionnaire des travailleurs.