Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
15 Septembre 2011
Les primaires socialistes : une modernisation de la démocratie ?
Ces premières primaires « ouvertes » ont été présentées comme une « modernisation de la démocratie », un exemple de « démocratie participative » (promue par Ségolène Royal en 2007), un moyen de rénover le Parti Socialiste, de « sauver la gauche » après trois échecs aux présidentielles de 1995, 2002, 2007, une « prise de pouvoir citoyenne », une procédure pacificatrice permettant d’éviter les conflits de personnes.
Ce sont les principaux arguments de ses promoteurs, Arnaud Montebourg en tête. Mais il faut rappeler que cette procédure a eu ses détracteurs au sein même de la direction (F. Hollande, M. Aubry, Harlem Désir, parmi d’autres).
Rémi LEFEBVRE, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille-II, a analysé dans plusieurs articles (Libération du 30/09/2011) et dans un livre « Les primaires socialistes – La fin du parti militant » paru aux Editions Raisons d’agir août 2011, ce nouveau processus de sélection du candidat du Parti socialiste aux élections présidentielles. Cette analyse critique est menée sur trois axes : l’adaptation aux institutions de la V° République, le rôle des média et des sondages, les conséquences sur le parti lui-même.
cette procédure marque une adaptation totale aux institutions de la V° République – dont le caractère anti-démocratique a été souligné dès sa fondation – sous le prétexte que pour transformer le système politique, il faut gagner l’élection présidentielle et donc intégrer les règles du jeu présentées comme intangibles.
On peut d’ailleurs rappeler que ces règles n’ont pas été modifiées au cours des deux septennats de F. Mitterrand qui s’est parfaitement accommodé de la présidentialisation du régime ! Le PS a abandonné toute lecture critique de ces institutions qui reposent sur la personnalisation du pouvoir, consacrant l’individualisme concurrentiel propre au libéralisme : Avec ces primaires, « la vie politique devient un peu plus encore une course de chevaux ». C’est la version politique du « maillon faible » !
le PS sacrifie à l’idéologie médiatique de la transparence et à la nécessaire adéquation du candidat avec « l’opinion publique » mesurée par les sondages. En 2007, ce sont les sondages qui avaient porté en avant la candidature de Royal. Début 2011, ils donnaient DSK gagnant à 64% au 2° tour contre N. Sarkozy. Les primaires ne semblaient plus nécessaires aux yeux d’un grand nombre de socialistes puisque la victoire de DSK ne faisait pas de doute. On connaît la suite ! Les primaires renforcent le poids des sondages qu’elles contribuent à multiplier.
Ces primaires sont pain béni pour les média qui sont alimentés quotidiennement par des « débats » et par des sondages sur les candidats (après avoir beaucoup vendu l’affaire DSK pendant 4 mois !). L’auteur rappelle d’ailleurs que pendant des années, les média ne parlaient du PS qu’en termes de conflits de personnes, d’éléphants, de barons, de coups fourrés…Aujourd’hui, les primaires sont une aubaine pour les journalistes qui dramatisent ces conflits.
Média et sondages sont les principaux acteurs de ces primaires dont le vainqueur devra nécessairement être en adéquation avec l’opinion publique !
il s’agit ainsi d’un processus de dépossession des militants socialistes du droit de choisir le candidat du parti. A l’élaboration collective d’un programme, on oppose une machine électorale masquant les incertitudes programmatiques et l’affaiblissement des bases sociales du parti. Alors que l’heure est au nécessaire combat contre la désastreuse politique du gouvernement Sarkozy/Fillon – affaibli par la crise du capitalisme, par les divisions de la bourgeoisie et par les « affaires » - le Parti socialiste et ses militants consacrent toute leur énergie à l’organisation des primaires !
Mais à quoi bon militer dans un parti si chaque candidat développe son propre projet et si les adhérents sont dépossédés du pouvoir d’investiture, s’interroge Rémi Lefebvre. En ce sens, les primaires peuvent être un facteur de désintégration du parti dont nous savons qu’il n’est plus depuis longtemps un outil au service de la classe ouvrière pour la prise du pouvoir mais au contraire, un appareil au service de l’ordre bourgeois. Mais il ne nous est pas indifférent de voir ce parti d’origine ouvrière détruit par les forces bourgeoises plutôt que par les travailleurs eux-mêmes ayant construit un véritable parti révolutionnaire.