Le blog du groupe Révoltes

Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire

Maghreb : La classe ouvrière doit prendre le pouvoir pour exproprier les trusts impérialistes et le capital !

Maghreb : La classe ouvrière doit prendre le pouvoir pour exproprier les trusts impérialistes et le capital !

 

Les revendications des classes ouvrières de Tunisie et d’Égypte sont contradictoires avec le maintien du système capitaliste

Tunisie

L'économie tunisienne est en récession après une croissance négative observée durant deux trimestres consécutifs de l'année 2011, a indiqué le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), rappelant que le taux de croissance avait chuté à -3,3% au premier trimestre 2011 et n'avait pas dépassé la barre de 0% au deuxième trimestre.

Les travailleurs et notamment les jeunes diplômés sont touchés de plein fouet par le chômage qui atteint 19 % de la population en 2011 active contre 14 % en 2010. Le taux de chômage atteint 40% dans le gouvernorat du Kef et dépasse sensiblement ce seuil dans le gouvernorat de Gafsa. Quant au taux de chômage des diplômés du supérieur, il s’élève, en mai 2011, à 48% dans le gouvernorat de Sidi Bouzid et à 40 % dans le gouvernorat du Kef.

Le gouvernement Essebsi a proposé un plan d'urgence pour l'emploi qui s'articule autour de quatre grands axes : la création de nouveaux emplois salariés dans tous les secteurs, le développement de l'entreprenariat et de la création de micro-entreprises avec un accompagnement des promoteurs pour assurer la pérennité des emplois créés, le soutien des entreprises en difficulté et la préservation des emplois existants, ainsi que l'accompagnement actif des demandeurs d'emploi et le développement de leur employabilité. Il s’agit en fait de développer les contrats précaires, de contraindre les jeunes diplômés à accepter n’importe quel boulot et surtout de subventionner le patronat.

Égypte

Le taux de chômage du second trimestre 2011 a atteint 11,8 %, en légère baisse par rapport aux 11,9 % du premier trimestre. Ces chiffres restent supérieurs aux résultats du chômage en 2010 (8,96 %). Le 12 août 2011, la CAPMAS (Central Agency for Public Mobilization and Statistics) avait publié un rapport montrant que parmi les 19 millions de jeunes de 18 à 29 ans, le taux de chômage s'établissait à 20,4 %. Depuis la chute de Moubarak, le PIB a chuté de 4 points - il était en progression avant de 5% ; la production industrielle et les revenus du tourisme également.

Dans ces deux pays, depuis le départ des dictateurs auquel a participé la classe ouvrière, les grèves et mobilisations ouvrières n’ont pas cessé.

 

Des mobilisations ouvrières en défense de leur force de travail et d’organisation

Dans ce contexte de crise, portées par les mobilisations du printemps, les classes ouvrières de Tunisie et d’Égypte engagent de nombreux combats contre les pouvoirs en place, contre les licenciements, pour défendre leurs conditions de travail et leurs salaires et pour le droit à s’organiser dans les syndicats ouvriers indépendants du pouvoir.

En Tunisie

Au mois de juillet, à Gafsa, ville minière frondeuse du sud-ouest tunisien, le 13/07, des manifestants ont pillé des commerces et des bureaux, dont le siège local du patronat, les locaux de l'agence de presse tunisienne TAP et de sociétés privées. Le 15/07, une grève générale d'un jour a été organisée à Ben Guerdane à l'appel de jeunes diplômés qui réclament "le droit au travail". Le même jour une manifestation anti-gouvernementale avait lieu à Tunis.

Le gouvernement Essebsi poursuit quant à lui sa politique en faveur de la bourgeoise tunisienne et des impérialismes – en premier lieu américain mais également français qui a envoyé des conseillers sur place. Il a notamment décidé de payer début avril la tranche de 300 millions de la dette tunisienne contractée sous Ben Ali à des banques occidentales et il a même emprunté à nouveau.

Lors des dernières grandes mobilisations d’avril-mai, la jeunesse scandait « il faut une seconde révolution ».

Les masses, la classe ouvrière posent à nouveau ouvertement la question du pouvoir. Ce qui est en effet à l’ordre du jour, ce n’est pas le soutien au gouvernement provisoire, continuité du régime de Ben Ali, mais la mise en place d’un gouvernement répondant aux aspirations des masses. Seul un gouvernement s’orientant vers la socialisation des moyens de production pourra satisfaire les revendications ouvrières, pour l’éradication du chômage et contre la vie chère.  .

Durant l’été et à cette rentrée de septembre, nombre de grèves ont eu lieu dans un certain nombre d’usines :

-         8/08 : grève de 48H des employés de l’usine de la Société Tunisienne du Sucre à Béja en protestation contre les pertes économiques. Les agents et cadres de la STS avaient demandé l'annulation de l'accord de sous-traitance avec l'Office du Commerce ;

-         9/08 : grève des transports publics à Tunis et ses banlieues, à l'appel de l'Union des travailleurs de Tunisie, syndicat crée dans la foulée de la chute du régime en janvier. La nouvelle centrale appelle la Transtu "à ouvrir un dialogue sérieux sur les revendications professionnelles" des employés de la société. Des piquets de grève ont été organisés et des bus stationnaient au travers de la chaussée barrant la route à quelques autobus en service. La grève est intervenue suite au retard dans la promulgation d'un décret réglementant le pluralisme syndical et une retenue à la source au profit de l’UTT créé par un ancien dirigeant de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), centrale historique unique jusqu'à la chute de Ben Ali ;

-         17/08 : grève des travailleurs renvoyés de l’usine de tabac pour demander leur réintégration ;

-         2/09 : grève de la faim de certains employés et cadres de la Compagnie tunisienne de forage dans plusieurs sites (El Borma, Sfax, Kairouan, Bouârada) depuis le 2 septembre 2011 pour revendiquer le paiement des heures supplémentaires, l’augmentation des primes de présence le jour de l’Aïd, un 13ème mois et l’augmentation des primes d’encouragement ;

-         20/09 : grève des postiers à Sfax.

En Égypte

-         27/05 : manifestation, à l’appel notamment de mouvements de jeunes actifs sur Internet, pour réclamer une « seconde révolution », « la fin de la corruption politique » et une nouvelle Constitution « maintenant, pas plus tard » ;

-         Juin : grève des travailleurs du Canal de Suez pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail , sit-in devant les bureaux de l’entreprise à Naga Hammadi, Haute-Égypte de plus de 1.000 salariés de l’usine Egypt’s Aluminium pour demander des hausses de salaires et le paiement de primes ainsi que des emplois pour leurs fils et la démission du directeur administratif ;

-         26/07 : mouvement de grève des ouvriers à Ismaïlia pour réclamer une hausse de leur salaire minimum à 1.200 Livres égyptiennes (environ 200 dollars). Ils demandent également des contrats à long-terme et la réduction de la main d’œuvre étrangère. Au moins 5.000 travailleurs de la zone franche d’Ismaïlia en grève ont tenté de sortir du complexe industriel et ont été bloqués par la police militaire. La zone est située sur la rive ouest du canal de Suez et quelque 80 usines spécialisées dans le textile et le cuir y sont installées. La police a tiré en l’air et bloqué la sortie du complexe. Les travailleurs ont ensuite lancé des pierres en direction des policiers qui ont répondu par des jets des mêmes projectiles faisant 38 blessés ;

-         6/09 : 22.000 ouvriers du textile en grève à Mahallah. Les ouvriers demandent que le gouvernement augmente ses investissements et garantisse l’approvisionnement suffisant en coton pour assurer la production et revendiquent aussi la hausse du salaire minimum sur la base de l’augmentation des prix ;

 

Front unique pour un programme de défense de la classe ouvrière

Au printemps 2011, les classes ouvrières tunisiennes et égyptiennes ont joué un rôle déterminant dans ce processus révolutionnaire. Mais pour autant, le pouvoir reste aux mains de gouvernements bourgeois, à la solde des impérialismes.

Dans ce mouvement, les travailleurs tunisiens et égyptiens ont constitué de véritables organisations ouvrières, notamment syndicales. Quant aux partis d’origine ouvrière, certains existaient avant, parfois en voie de disparition, d’autres de manière officielle.

En Tunisie, rappel des principaux partis

 Ennahdha : parti islamiste se revendiquant du parti gouvernemental turc, l’AKP.

  PDP (Parti Démocrate Progressiste) : un des principaux partis de l’opposition légale sous Ben Ali. A participé au gouvernement de Ghannouchi.

  Ettajdid : ancien Parti Communiste, désormais démocrate bourgeois. A participé au gouvernement de Ghannouchi.

  PTPD (Parti du Travail Patriotique et Démocratique) : nationalistes dits progressistes, ses militants ont de nombreux postes de direction dans l’UGTT, dont ils animaient l’aile oppositionnelle sous Ben Ali. Ce parti est en relation avec le Parti socialiste français.

  PCOT (Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens) : parti communiste stalinien critique, de tradition maoïste, ce parti a survécu vingt-trois ans dans la clandestinité sous Ben Ali, organisant un millier de militants et éditant un journal interdit, La voie du peuple. Son leader, Hamma Hammami est un opposant historique très connu en Tunisie.

  LGO (Ligue de la Gauche Ouvrière) : petite organisation pabliste fondée en janvier 2011, liée à la IVe Internationale (Secrétariat Unifié).

Pour les élections à l’Assemblée constituante du 23 octobre le PCOT va présenter des candidats derrière un programme découpé en quatre parties : revendications politiques, économiques, sociales et internationales.

Le secrétaire général du PCOT, Hamma Hammami, en illustre l’objectif : « notre objectif direct immédiat n’est pas le socialisme. C’est plutôt une économie nationale populaire ». Concernant la question de la terre, le PCOT ne souhaite pas d’expropriation mais simplement de remise des terres domaniales dans les mains de l’État.

Pour l’industrie, Hamma Hammami indique : « Nous sommes pour un encouragement de l’industrie nationale des PME, donc du capital national. Certains petits commerçants sont lésés par cette ouverture anarchique à l’étranger. Ces enseignes qui ont pignon sur rue se sont installées sous la pression de l’OMC. Nous devons protéger la production nationale ». « Le but d’une économie nationale n’est pas de créer des emplois. Elle doit d’abord développer la richesse, la technologie et la recherche, puis créer des emplois et garantir les droits des ouvriers. » Concernant les dettes, le PCOT propose que « certaines dettes soient annulées, d’autres renégociées. Il en est de même pour les accords internationaux. » « Sur le plan immédiat, le PCOT a proposé un moratoire sur la dette tunisienne dans lequel nous nous mettrions d’accord avec les créanciers pour ne pas payer la dette pendant une certaine période comme l’Argentine ». L’objectif à long terme : « Nous sommes pour le socialisme mais une démarche démocratique vers le socialisme. Au niveau du PCOT, nous considérons que c’est une étape démocratique et populaire et que dans une certaine mesure, le secteur public pourrait devenir un secteur socialiste. C’est le peuple tunisien qui décidera de leur sort. »

Concrètement, Le PCOT veut voir inscrit dans la future constitution tunisienne la garantie des libertés fondamentales, le droit à l'éducation et à la santé gratuites, le droit au logement, l'égalité complète entre hommes et femmes.

En matière institutionnelle, le PCOT défend un régime parlementaire et une réelle décentralisation.

Le PCOT veut une politique étrangère indépendante, contre l'impérialisme et le sionisme. « Un régime démocratique impose une politique étrangère qui lutte contre l'impérialisme et l'occupation sioniste et œuvre pour le rapprochement du peuple tunisien avec les peuples arabes. Le PCOT appelle dans ce cadre à :

- La pénalisation de la normalisation avec l'entité sioniste.

- Soutenir le droit des travailleurs dans le monde et des peuples opprimés »

Alors que les conditions objectives sont mûres pour présenter un programme de transition socialiste s’attaquant  la propriété capitaliste, le PCOT se situe sur un terrain d’aménagement du capitalisme.

L'UGTT, un enjeu de la lutte des classes

Cette centrale syndicale a une histoire complexe :

« L’UGTT est liée au mouvement national tunisien du temps de la colonisation. De cette histoire résultent des relations complexes entre l'UGTT et l'État tunisien. Une fois au pouvoir, Bourguiba a cherché à utiliser le prestige de l'UGTT pour asseoir sa domination, d'où un tiraillement perpétuel de l'UGTT entre la soumission envers le pouvoir et la rébellion contre lui. En Tunisie se sont toujours opposés au sein de l'UGTT deux grands courants :

- Un courant de soumission au pouvoir, pouvant aller à certains moments jusqu'à une quasi-intégration dans l'appareil d'État. Il en découlait une série de prébendes, comme par exemple des postes de députés. En retour, la direction confédérale appelait à voter aux élections pour le parti au pouvoir, et cherchait à freiner les luttes, voir les combattait.

- Un courant de résistance au pouvoir, contrôlant certaines fédérations, comme les puissantes fédérations de l'enseignement ou celle des postes et télécommunications, ainsi que certaines unions interprofessionnelles régionales ou locales. Les locaux de ces structures servaient souvent de base arrière à une grande partie de l'opposition sociale et/ou politique. Ce courant a joué un rôle décisif dans les grèves, rassemblements et manifestations qui ont entraîné la chute de la dictature.

- Toute une palette de positions oscillant entre les deux courants ». (Solidaires)

En Égypte, rappel des principaux partis

Les organisations politiques liées aux mouvements sociaux (Solidaires, mai-juin 2011) :

Du temps de Moubarak existaient au sein du monde du travail et de la jeunesse plusieurs grands courants politiques :

  • L'opposition légale respectueuse, essentiellement représentée par la direction du Tagammu ;
  • Le Parti communiste, impliqué dans le Tagammu jusqu'à la révolution ;
  • Des réseaux militants issus de différents courants de la tradition communiste ;
  • Un courant dit « trotskyste » ( Les Socialistes révolutionnaires et Tagdid sont issus du courant international dont le SWP britannique est la principale organisation), né dans les années 1990, et dont la façade légale était le Centre d'études socialistes. Il est représenté depuis 2010 par deux organisations différentes ;
  • Des jeunes, dont une partie seulement se reconnaissait dans les organisations politiques existantes.

Tagammu a eu jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de membres sous l'ancien régime et en aurait toujours des milliers.

En février 2011, l'effectif total des autres organisations ne dépassait pas le millier de membres.

 Tagammu (en français : Rassemblement)

Sous l'ancien régime, le Tagammu était un parti légal disposant de quelques sièges au Parlement, d’un journal (al Ahâlî), de locaux, de permanents, etc. Certains militants étaient à la fois membres de la direction de Tagammu et de la direction de l'ETUF (la centrale syndicale officielle sous la dictature).

Le parti Tagammu était très complaisant envers Moubarak : son président avait même déclaré que la chute de celui-ci serait négative. Cette attitude a entraîné le départ sur la gauche de militants refusant de telles compromissions.

Tagammu a participé, le 22 juin 2011, à la constitution d'une alliance politique avec 17 autres partis dont le PLJ (Frères musulmans), Al-Nour (salafistes), des libéraux et le Wafd (le parti historique de la bourgeoisie égyptienne).

 Parti communiste égyptien

Sous Moubarak, le PC était dans la clandestinité. Il était simultanément impliqué dans le parti légal Tagammu. Le PC, comptait un certain nombre de militants syndicalistes, comme par exemple à Mahallah dans la plus grande usine textile du pays. Il était également présent dans les universités.

 Parti socialiste égyptien

Ce parti a vu le jour après le départ de Moubarak. Il a été fondé par des militants issus de différents courants de la gauche marxiste. Le PS est peu présent dans la jeunesse. Il a par contre une influence au niveau syndical par le biais de militants participant depuis les années 1990 à diverses structures militantes, dont le Comité de coordination qui réunit mensuellement de façon informelle des militants syndicaux combatifs.

 Socialistes Révolutionnaires

Ce groupe est sorti de la clandestinité en 2011. Sa priorité est d'organiser politiquement des travailleurs, même lorsque ces derniers ne se reconnaissent pas nécessairement dans l'ensemble de ses orientations. Il a fondé à cet effet, le 25 février 2011, le "Parti ouvrier démocratique", au sein duquel les Socialistes révolutionnaires sont le seul courant politique organisé.

 Tagdid (en anglais Renewal Socialist ; en français : Renouveau socialiste)

Ce groupe, également clandestin sous Moubarak, est né en 2010 d'une scission des Socialistes révolutionnaires (voir ci-dessus). Il intervient parmi les travailleurs, ainsi qu'au sein des différents mouvements sociaux, à commencer par celui de la jeunesse. Il a joué un rôle important dans la révolution de janvier-février 2011.

Renouveau considère que la construction d'un parti large passe par un regroupement préalable de plusieurs courants politiques (voir plus loin).

 Tahalouf (en anglais : Socialist People's Alliance ; en français : Parti de l’Alliance Populaire)

Ce parti a été crée le 26 janvier 2011 à l'initiative de Renouveau socialiste, de militants ayant rompu sur la gauche avec le Tagammu, ainsi que d'intellectuels, de militants syndicalistes, associatifs, et/ou ayant appartenu par le passé à diverses organisations de gauche. Même s'ils ne s'impliquent pas vraiment dans ce parti, les Socialistes révolutionnaires ont néanmoins un représentant dans sa direction.

 Front des forces socialistes (en anglais : Coalition of Socialist Forces)

Constitué le mardi 10 mai 2011, il ne s'agit pas d'une organisation mais d'une coordination entre l'ensemble des partis pouvant véritablement être considérés comme étant de gauche (donc à l'exception de Tagammu) :

  • le Parti socialiste égyptien,
  • le Parti communiste égyptien.
  • l'Alliance populaire socialiste (dont Renouveau socialiste),
  • les Socialistes révolutionnaires (et le Parti ouvrier démocratique).

Il ressort du phénomène d’éclosion de parti la recherche d’organisation ouvrière, voire révolutionnaire. Reste à définir un programme de défense de la classe ouvrière en vue de la prise du pouvoir par les travailleurs.

Concernant l’organisation syndicale, il faut noter l’importance de la création de la Confédération syndicale indépendante.

"En janvier, existaient déjà quatre syndicats indépendants : collecteurs des impôts fonciers, techniciens de la santé, enseignants et retraités. Ils discutaient de la mise en place d'une nouvelle confédération lorsque la révolution s'est produite, et nous y étions tous personnellement impliqués. Le 30 janvier, sur la place Tahrîr, la création de la confédération a été annoncée. Le comité constitutif a appelé à la création de structures syndicales de base, puis à leur regroupement en syndicats nationaux sur la base de quatre principes :

► l'indépendance envers le gouvernement, les patrons, les partis politiques et les organisations religieuses,

► la démocratie totale dans l'organisation des syndicats,

► chercher à faire adhérer le plus possible de salariés de façon à ce que les syndicats soient véritablement représentatifs des travailleurs,

► rendre le syndicat réellement efficace dans la défense les droits des travailleurs, la conquête de nouveaux droits et l'amélioration de la situation des salariés.

L'implication des travailleurs dans la révolution a accéléré le départ de Moubarak". (Solidaires)

Une brève histoire du syndicalisme égyptien (Solidaires, mai-juin 2011)

« Le premier syndicat égyptien a été fondé au Caire en 1900, suite à une grève des rouleurs de cigarettes. Des syndicats se sont ensuite formés, notamment parmi les cheminots et traminots du Caire et d'Alexandrie. Étant donné la mainmise européenne sur le pays, syndicalisme et mouvement nationaliste ont le plus souvent été étroitement liés. Le syndicalisme n'a été explicitement légalisé qu'en 1942, mais sous un contrôle étroit de l'État. Les salariés et les syndicats ont activement participé aux mobilisations qui se sont succédé entre 1945 et 1952, notamment dans l'industrie textile. En janvier 1952, un congrès de fondation d'une confédération était prévu. Il n'a pas pu se tenir suite au déclenchement d'une vague de répression ayant suivi le grand incendie du Caire.

L'année 1952 marque une rupture décisive dans l'histoire de l'Égypte. En juillet, les "officiers libres", sous la direction de Nasser renversent la monarchie à la solde des Britanniques. Pour la première fois depuis 2 500 ans, l'Égypte est dirigée par des Égyptiens. De nombreux travailleurs soutiennent avec enthousiasme le régime militaire qui promet l'indépendance et la justice sociale. La popularité de Nasser se renforce considérablement en 1956 avec la nationalisation du canal de Suez. Le nouveau pouvoir prend effectivement dès 1952 une série de mesures favorables aux salariés. Mais simultanément, il interdit les grèves et condamne à mort des grévistes. Il n'est pas question pour lui de tolérer un mouvement syndical indépendant et militant : "les travailleurs n'ont pas à revendiquer, c'est nous qui décidons de donner" explique Nasser. Les syndicats ne sont considérés par lui que comme des forums dans lesquels les travailleurs peuvent exprimer leurs opinions ainsi que des structures visant à stimuler la production et répartir des prestations sociales. Leur fonction n'est pas de permettre aux travailleurs de s'organiser, mais de permettre à l'État de les encadrer.

C'est dans ce cadre que voit le jour, en 1957, la confédération syndicale EWF, à laquelle succède, en 1961, l'ETUF. Les dirigeants de ces centrales sont nommés par le gouvernement et sont souvent simultanément des cadres du parti au pouvoir. Elles sont complètement intégrées à l'appareil d'État : de 1962 à 1986, le président de l'ETUF était en même temps ministre du Travail ! Les mobilisations ouvrières et politiques se heurtent au syndicalisme officiel, véritable courroie de transmission du pouvoir.

Après la mort de Nasser en 1970, les droits sociaux concédés aux travailleurs ont été progressivement remis en cause sous les présidences de Sadate et Moubarak, conformément à la politique néo-libérale impulsée par le FMI et la Banque mondiale. Il en a résulté une succession de conflits sociaux. Après avoir protesté contre certaines mesures, la direction de l'ETUF s'est rapidement rangée aux côtés du pouvoir. Deux millions de salariés ont néanmoins pris part à 3 000 grèves, sit-in et manifestations depuis 1998. La vague de grèves qui s'est amplifiée à partir de 2004 a été un élément essentiel expliquant la chute de Moubarak. Trois luttes ont joué un rôle de premier plan :

  • ·                      les travailleurs du textile de Mahalla en 2006 et 2007,
  • ·                      les collecteurs d'impôts fonciers en 2007,
  • ·                      l’usine de lin de Tanta en 2009.

Les tentatives de créer des réseaux syndicaux se multiplient dans cette période. Voit aussi le jour, en 2000, le Comité de coordination pour les droits et libertés ouvrières et syndicales (CCTUWRL), coordination informelle réunissant chaque mois plusieurs dizaines de syndicalistes du Caire et de province, de sensibilités différentes, et qui cherche à faire émerger une voix autonome et combative. Les luttes ouvrières servent de toile de fond à l'implication d'une partie de la jeunesse : le nom même du Mouvement de jeunesse du 6 avril est né de la solidarité avec les grèves du textile de Mahalla qui ne se limitaient pas à des demandes catégorielles mais se confrontaient directement au syndicalisme officiel. Deux syndicats indépendants finissent par arracher leur reconnaissance légale : en 2008, le syndicat des collecteurs d’impôts fonciers et, en 2010, celui des techniciens de la Santé.

En janvier 2011, parallèlement aux luttes impulsées par la jeunesse, le pays connaît une vague impressionnante de grèves et de protestations des travailleurs. Au départ, les motifs de ces mobilisations sont souvent économiques avec des questions de salaires, de primes, de contrats de travail pour les précaires… Mais très vite, la question de la liberté syndicale et la dénonciation du syndicalisme officiel pointent (ETUF).

Les luttes ouvrières qui se sont développées depuis 2001 ont joué un rôle décisif dans le processus révolutionnaire. En janvier, de nombreux salariés étaient présents place Tahrir en exigeant le départ de Moubarak. Mais ils y étaient au même titre que les autres participants. Deux épisodes importants ont eu lieu. Le premier était la "bataille des chameaux", le 2 février, avec une tentative de répression féroce. Le second, plus sophistiqué, a été le couvre-feu à partir du 5 février qui empêchait les salariés d'aller travailler. Un des objectifs de la levée du couvre-feu était de pousser les salariés à reprendre le travail. Ils sont bien allés sur leurs lieux de travail....mais ils n'y ont pas travaillé. Ceci a donné deux atouts à la révolution : un approfondissement social, et un élargissement géographique puisque la révolution ne se concentrait plus sur la place Tahrir, mais s'est alors étendue à l'ensemble du pays. Cela a été décisif : Moubarak n'y a pas résisté plus de cinq jours. Ensuite, les mobilisations ouvrières ont continué. La question essentielle pour les salariés n'est pas le nom des individus qui les gouvernent, mais que leurs revendications soient satisfaites. Ils ont constaté que, malgré la chute de Moubarak, les présidents des banques, des entreprises étaient les mêmes et que rien de fondamental n'avait changé pour eux.

Ils avaient les mêmes revendications qu'auparavant, mais celles-ci s'étaient élargies avec notamment :

► le droit à l'emploi, ou sinon à l'attribution d'une indemnité chômage,

► un salaire minimum de 1 200 £E (140 euros) indexé sur la hausse des prix, ainsi qu'un salaire maximum ne pouvant pas être 10 fois supérieur à celui-ci,

► la fin de la précarité,

► le droit à l'éducation, au logement et aux soins de santé,

► le droit à une pension permettant aux retraités de vivre correctement,

► la liberté syndicale,

► la libération de toutes les personnes détenues depuis le 25 janvier.

Le gouvernement post-Moubarak a dénoncé les grèves comme corporatistes ou contre-révolutionnaires, promulguant même, le 23 mars, un décret-loi criminalisant les grèves. Une action en justice a été engagée à ce sujet. »

 

Pour la construction de partis ouvriers, de partis ouvriers révolutionnaires, pour les États-Unis socialistes  du Maghreb

Ces révolutions apparaissent pour l’instant comme des révolutions bourgeoises démocratiques, c’est-à-dire dirigées par la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie combattant pour les libertés démocratiques. Celles-ci sont indispensables aux travailleurs pour s’organiser, pour manifester et pour constituer leurs propres organisations. Lors de ces puissantes mobilisations qui ont chassées les dictateurs, les masses populaires, les travailleurs, les paysans et les jeunes ont joué un rôle crucial. Pour autant, ce ne sont ni la classe ouvrière tunisienne ni celle d’Égypte qui ont dirigées ces révolutions. Mais déjà ces classes ouvrières posent la question de la satisfaction de leurs revendications, notamment contre le chômage et la vie chère. Les gouvernements provisoires actuels, les « technocrates » tunisiens et les militaires égyptiens ne pourront pas satisfaire ces revendications. En Tunisie, le gouvernement continue une politique très favorable au patronat et contraire aux intérêts des  travailleurs.

Au delà des revendications économiques formulées aujourd’hui, il faut que les masses établissent un  programme ouvrier, comprenant entre autre :

-         l’annulation de la dette,

-         l’expropriation des trusts et entreprises étrangères, impérialistes, 

-         l’interdiction du chômage, et la mise en place de l’échelle mobile des heures de travail c’est-à-dire la répartition du travail en fonction de la population active,  la fin de la précarité du travail, un seul contrat : le contrat à durée indéterminé

-         l’échelle mobile des salaires, indexés sur l’inflation,

-         le contrôle des prix, des banques, du crédit, du commerce, des ressources et des terres agricoles,

-         la mise en place d’une protection sociale payée par des cotisations patronales pour assurer le droit à la retraite, à l’Éducation et à la santé gratuite

Pour défendre ces revendications, la classe ouvrière doit se regrouper au sein de syndicats indépendants de l’État et de la bourgeoisie et constituer des partis ouvriers. Ces revendications doivent être portées lors des élections constituantes des 2 octobre en Tunisie et 28 novembre en Égypte par les travailleurs et les jeunes auprès des organisations se revendiquant ouvrières et/ou socialistes.

En même temps, la construction de partis ouvriers révolutionnaires doit être posée pour permettre à la classe ouvrière de prendre le pouvoir pour l’établissement, non pas d’une nouvelle constituante, mais d’un État ouvrier, d’un État socialiste.

Mais le socialisme dans un seul pays n’est pas viable, c’est pourquoi, ces États ouvriers auraient à se regrouper au sein d’une fédération d’États socialistes, d’États-Unis socialistes à l’échelle du Maghreb.

 

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