Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
11 Octobre 2011
RESURGISSEMENT DE LA MOBILISATION ETUDIANTE AU CHILI
Des centaines de milliers de personnes dans les rues des grandes villes et ce depuis plusieurs mois : le Chili connaît une lutte des classes intense.
Jamais, depuis la fin de la dictature, en 1990, le pays n’avait connu d’aussi importantes mobilisations. A l’origine de ce mouvement, les étudiants affrontent le gouvernement bourgeois de PINERA, dont la cote de popularité a fortement chuté, faisant de lui président le moins populaire depuis la fin de la dictature.
Le 28 avril 2011, les étudiants chiliens montrent les dents et dénoncent le niveau d’endettement qu’implique l’accès à l’éducation supérieure. Dans un pays où le salaire minimum s’établit à 182.000 pesos (moins de 300 €) et le salaire moyen à 512.000 pesos (moins de 800 €), les jeunes déboursent entre 170.000 et 400.000 pesos (entre 250 et 600 €) par mois pour suivre un cursus universitaire ! ! !
Réunissant 8.000 personnes, cette première manifestation vient gonfler le fleuve de la protestation sociale déjà nourrie par diverses mobilisations dans le pays.
En juin, la mobilisation étudiante atteint sa vitesse de croisière et ne fait que grossir jusqu’à la « grève générale » des 24 et 25 août dernier.
Ce mouvement de grande ampleur puise son origine dans le rôle historique des lycéens et étudiants dans la lutte contre la dictature de Pinochet et dans le système lui même, mis en place par Pinochet.
L’héritage de Pinochet
La constitution actuellement en vigueur date de 1880 : elle fut approuvée (grâce à la fraude) sous la dictature. Elle assure presque mécaniquement la moitié des sièges du Sénat et de la chambre des députés à la droite chilienne, pourtant minoritaire.
Par ailleurs, en 1981, Pinochet réforme le système universitaire et élimine l’éducation supérieure gratuite. Le 10 mars 1990, la veille de son départ, il promulgue la loi organique constitutionnelle de l’enseignement (LOCE) qui réduit encore le rôle de l’État dans l’éducation et délègue de nouvelles prérogatives au secteur privé.
Le rôle historique du mouvement lycéen et étudiant
Les revendications et les formes d’expression de la lutte des lycéens et des étudiants (grèves, occupations des établissements) ne sont pas nouvelles. Les dernières années de la dictature ont été caractérisées par de fortes mobilisations sociales pour mettre fin au régime dans lesquelles les jeunes ont pris toute leur place. Depuis le retour de la démocratie, ce mouvement qui pouvait convoquer des milliers de manifestants dans la rue ne trouve plus sa place.
Les lycéens et étudiants, acteurs politiques pendant la dictature
A partir des années 1980, la recherche d’instances de lutte contre la dictature a permis un accès des jeunes aux partis politiques de gauche (PC, PS, Mouvement d’Action Populaire Unitaire) et vers les groupes de lutte armée (le Front Patriotique Manuel Rodriguez- FPMR- et le Mouvement des Jeunes Lautaro – MIL).
Ce phénomène de politisation de la jeunesse a eu des prolongements au niveau des lycées avec la création de diverses organisations politiques dans les établissements, fédérées dans le Comité pro FESES, un comité pour le renouveau de la Fédération des Etudiants du Secondaire de Santiago.
Les manifestations, les occupations se sont alors multipliées et ont été férocement réprimées.
Du rôle historique assumé à la défaite dans la nouvelle démocratie
L’année 1986 sera une année de lutte, de grèves, d’occupation et de manifestations à l’appel de « l’Assemblée de la Civilité » constituée d’opposants au régime.
1986 sera également l’année de la défaite de la lutte armée contre Pinochet (échec de l’attentat contre Pinochet réalisé par le FPMR) qui a eu comme conséquence la paralysie de la mobilisation sociale et le début des divisions des opposants à la dictature. Ensuite vint l’ouverture d’un processus de négociation au cours duquel les dirigeants bourgeois et socialistes ont fait un pacte avec la dictature. Il s’agissait de légitimer la constitution proposée par Pinochet en 1980.
En 1988, la plus grande partie de l’opposition accepta l’itinéraire constitutionnel de Pinochet en appelant à voter pour le NON à la dictature lors du référendum de 1988. Déboussolé le mouvement lycéen se replie sur des revendications corporatistes.
En 1989, les dirigeants de la Concertacion (alliance entre la social-démocratie et la bourgeoisie libérale) dominaient la FESES.
A la fin de la dictature, un sentiment de défaite s’empare de la jeunesse, surnommée dans les années 1990 la génération « no estoy ni ahi » (« je m’en fous »)
La fin de la dictature et le rôle de la jeunesse
Pendant deux décennies, les gouvernements d’alliance entre la social-démocratie et la bourgeoisie libérale de la « concertacion » parvinrent à administrer l’héritage de la dictature en accentuant les inégalités. Peu à peu, les espoirs de transformation liés à la chute de la dictature ont été douchés, cependant que s’accumulaient les dettes des étudiants. La jeunesse prit alors ses distances vis à vis de ces organisations politiques. Par ailleurs, l’option de lutte armée choisie par certains lycéens et étudiants fut rapidement stigmatisée par les autorités et les médias.
Après la « révolte des pingouins » en 1986, sous le gouvernement de M Bachelet, la jeunesse disparut de la scène politique chilienne.
Mais aujourd’hui la jeunesse ressurgit : elle n’a pas perdu sa science politique. Organisant des grèves massives et bloquant les lycées, les manifestants dénoncent « la marchandisation de l’éducation » et exigent « un enseignement gratuit et de qualité », une revendication qui remet en cause l’héritage de Pinochet. Dans les rues, les étudiants ne s’y trompent pas quand ils scandent : « elle va tomber, elle va tomber l’éducation de Pinochet ! ! », en référence aux slogans entendus lors des manifestations contre la dictature (« elle va tomber, elle va tomber la dictature de Pinochet ») ou « le peuple éduqué jamais ne sera exploité ».
Dénoncer les partis politiques ne signifie pas nécessairement promouvoir une forme d’apolitisme béat. Les étudiants ont occupé les sièges de la chaîne de télévision (Chilevision), de l’Union Démocrate Indépendante (UDI), le parti issu du pinochisme, ainsi que celui du Parti Socialiste, identifiés comme les trois symboles du pouvoir.
Cette clarté politique leur a apporté le soutien des universitaires, des enseignants du secondaire, des associations de parents d’élèves et de syndicats importants.
Front unique contre le gouvernement bourgeois de Pinera
Au-delà de ces mobilisations, la classe ouvrière et la jeunesse auront à imposer aux partis d’origine ouvrière et aux centrales syndicales ouvrières la rupture avec le gouvernement bourgeois de Pinera en vue de le vaincre et de la chasser du pouvoir.