Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
6 Décembre 2017
Le 10 octobre s’est déroulée la troisième journée de mobilisation depuis la rentrée contre la politique de Macron et de son gouvernement. A la différence des deux premières, cette journée faisait l’objet d’un appel unitaire de l’ensemble des organisations syndicales, mais ne concernait que la fonction publique. Même si la mobilisation a su se maintenir à un niveau comparable aux deux premiers, et que le nombre de grévistes (entre 15 et 25%) n’est pas négligeable, on ne peut que constater :
Si on en est là, c’est notamment en raison de la désunion syndicale, instrumentalisée par Macron, qui désoriente les travailleurs et affaiblit l’ensemble du mouvement. La responsabilité est bien sûr d’abord celles des confédérations qui sont favorables aux ordonnances (CFDT, FO…). Mais la responsabilité de la CGT, dans l’intérêt de la lutte contre les ordonnances est soit de faire changer d’avis la position des autres confédérations (et on voit que la position de Mailly est loin d’être partagée par la majorité des syndiqués de FO), soit de les démasquer pour mieux les combattre.
Un des principaux arguments de FO et de la CFDT en faveur des ordonnances est d’accréditer l’idée que la négociation avec Macron et Pénicaud est susceptible d’améliorer les projets d’ordonnances (et ses futurs décrets d’application) et pourra bénéficier à l’ensemble des salariés.
De nombreux articles de presse ont pourtant depuis torpillé cette idée. Un des plus récents et les mieux documentés, paru dans le journal en ligne « Les Jours » le matin du 10 octobre, a raconté par le détail comment Macron, Pénicaud et ses conseillers ont menés en bateau l’ensemble des organisations syndicales, y compris FO et la CFDT, en jouant les divisions syndicales (certaines étaient reçues par Macron, d’autres seulement par Pénicaud), en les recevant séparément afin de distiller des informations différentes aux uns et aux autres, en leur faisant miroiter de possibles concessions sur tel ou tel aspect (qui ne se sont jamais concrétisées), sur la base d’un projet tenu secret jusqu’au 31 août. Tout ça pour s’apercevoir à ce moment-là, très tardivement, que le projet a quasiment tout repris des revendications patronales et que rien ou presque n’a été concédé aux organisations syndicales.
Le négociateur de la CGT, Fabrice Angéi, résume ainsi la méthode dans l’article : « Certaines mesures n’ont jamais été évoquées avec nous. Sur d’autres, on nous avait laissé entendre des arbitrages moins défavorables. On ne peut pas dire qu’on est déçus, ni que l’on se sent dupés, parce qu’on l’avait vu venir. Mais on n’a jamais vécu de tels procédés pour une réforme. C’est une première. »
En d’autres termes, il n’y avait rien à attendre des négociations et on n’a pas été déçu : ces négociations n’ont même pas été honnêtes.
Macron et son gouvernement sont eux parfaitement satisfaits de cette méthode qui leur ont permis de surfer sur la division syndicale, et s’apprêtent à la renouveler afin d’engager de nouvelles « réformes » qui ne peuvent que terrifier ceux qui en ont entendu parler durant la campagne électorale : la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle. La réforme des retraites sera la suivante. Dans cet objectif, il convoque le 12 et le 13 octobre les organisations syndicales, toujours de façon séparée.
On ne sait pas aujourd’hui la teneur exacte de ces réformes. Mais pour l’assurance-chômage par exemple, Macron l’a suffisamment évoqué durant sa campagne électorale (même si de façon floue) pour que l’on en ait une image suffisamment précise. Par exemple, un article du 24 avril 2017 de la Tribune en décrivait la philosophie générale, qui forme un ensemble parfaitement cohérent :
Il n’est pas besoin de détailler les ravages que serait susceptible d’occasionner une telle réforme chez les travailleurs. Un tel projet peut-il faire l’objet d’une « concertation », être négociable ou amendable ? Ou doit-il être combattu ?
Pour les fonctionnaires territoriaux, ce questionnement sera rapidement tout sauf théorique. Le lancement du programme « Action Publique 2022 » prévoit de « proposer des transferts entre les différents niveaux de collectivités publiques, des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions » avec dans le viseur une baisse des dépenses publiques de 3% du PIB, soit la bagatelle de 60 milliards d’euros. Les premiers membres du « Comité Action Publique 2022 » ont déjà été nommés de façon intentionnellement provocatrice le 10 octobre, au moment même où les fonctionnaires manifestaient, et comprenaient deux personnalités étrangères originaires du Canada et de Suède, deux pays qui sont bien connus parmi les pays développés pour avoir contractualisé et privatisé de façon spectaculaire la totalité de leur fonction publique. Comment peut-il y avoir le moindre doute sur les intentions de Macron ? Mais surtout, comment les fonctionnaires pourront lutter contre cette liquidation en règle de tout ce qui fonde leur action et leur statut si le combat contre les ordonnances, contre la réforme de l’assurance-chômage et de l’assurance-retraite ne pousse pas le gouvernement dans ses retranchements ?
Pour mettre en échec Macron, il est indispensable de commencer par faire échec à sa méthode et de refuser de jouer au simulacre de la concertation, dont on a vu avec les ordonnances qu’elle était à la fois inutile et malhonnête. A l’inverse, il est nécessaire :
Seule la rupture le plus large possible avec Macron donnera les conditions pour combattre efficacement ses projets qui remettent en cause l’ensemble des acquis sociaux..