Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
6 Août 2016
Porté au pouvoir en 2002 par les masses brésiliennes, le Parti des travailleurs brésilien (PT) s’est d’emblée allié aux partis bourgeois, d’abord avec le Parti libéral, puis avec le parti bourgeois dit de « centre droit », le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB). Le PT de Dilma Roussef gouverne avec ce parti bourgeois qui est aujourd’hui à la manœuvre pour le destituer du pouvoir. Si le gouvernement dirigé par le PT a servi les intérêts de la bourgeoisie brésilienne, il est néanmoins l’expression politique du vote ouvrier, ce qui est insupportable pour la bourgeoisie, qui entend mener des réformes décisives contre la classe ouvrière brésilienne. Cette bourgeoisie brésilienne aux abois cherchent à s’attaquer à tous les acquis ouvriers, à privatiser les secteurs clés de l’économie afin de tenter de restaurer ses profits. La politique du gouvernement de type Front populaire dirigé par le PT amène de fait au retour, y compris par un « coup d’état » institutionnel, des partis bourgeois au pouvoir. Les mobilisations des masses brésiliennes contre les politiques d’austérité du gouvernement Dilma Roussef, faute de perspective politique, sont accaparées par la bourgeoisie. Comment sortir de cette impasse ? Entre destitution de Dilma Roussef et défense du gouvernement de type Front populaire, d’alliance entre le PT et des partis bourgeois, quelle autre issue politique ? Le Brésil en récession Le Brésil connait depuis deux années une récession économique sans précédent depuis les années 30, avec un recul du PIB de plus de 3% depuis 2015. Le gouvernement dirigé par le PT a annoncé de nouvelles coupes budgétaires, notamment dans les dépenses sociales. Cette récession est essentiellement due à une baisse de la demande intérieure, alors que les exportations ne bénéficient d’un regain de compétitivité que grâce à la dépréciation du réal brésilien (- 50% en un an). L’économie brésilienne a été fortement touchée par la chute des cours des matières premières, dont ceux du pétrole et par le recul de la demande chinoise. Le chômage continue sa progression (+de 10% de chômeurs) et touche de plus en plus les couches intermédiaires. Le temps des programmes de charité du premier gouvernement Lula est terminé, il n’y a plus de grain à moudre. La politique bourgeoise du gouvernement de Front populaire du PT, soutenue par la CUT Jusqu’à la crise de 2008, la politique du gouvernement Lula a été d’ordonner des mesures de saupoudrage permettant de répondre politiquement à sa base sociale sans scier les fondements de la société capitaliste tout en œuvrant à la constitution d’un marché intérieur. Mais la crise mondiale a obligé le gouvernement dirigé par le PT à accentuer les coups portés au prolétariat pour redonner des marges de manœuvre à la bourgeoisie. Ainsi, le gouvernement de Dilma Roussef a multiplié les mesures en faveur de la bourgeoisie : exonérations fiscales, baisse des cotisations patronales, plan de privatisations pour plus de 100 milliards de dollars. Le second Plan d’Accélération de la Croissance (PAC 2) concocté en 2010 par Lula et Roussef avant l’investiture de cette dernière, est l’incarnation de cette politique : 400 milliards d’euro de gros travaux pour moderniser les infrastructures (routes, voies ferrées, réseaux d’eau et d’électricité) dont 191 milliards consacrés uniquement à la mise en exploitation des ressources pétrolières sous-marines. Il s’agit évidemment avant tout de permettre aux capitalistes de trouver des débouchés à leurs capitaux pour pouvoir faire du profit. Accessoirement, charité oblige (mais surtout pression des masses !), une partie de cette somme a été consacrée à la construction de logements (le programme « ma maison, ma vie ») : loin de solutionner le cruel manque de logements dignes, cela se traduira par une aide aux familles les plus pauvres pour financer leur logement. Le prolétariat brésilien a une place particulière en Amérique latine de par son nombre, sa concentration dans les immenses mégapoles brésiliennes, mais aussi par la combativité exemplaire dont les travailleurs et la jeunesse ont souvent fait preuve. Après avoir constitué, contre la répressive dictature militaire, le Parti des Travailleurs et la Centrale Unique des Travailleurs, les masses ont affronté à plusieurs reprises le gouvernement Lula. Le PT, dont les dirigeants sont massivement corrompus, et sur le plan syndical la CUT, dont la politique de participation est de la collaboration pure et simple avec le PT et ses gouvernements bourgeois, sont tous deux inféodés à la défense des intérêts bourgeois. Loin de baisser les bras contre cette corruption, nombre de salariés, de jeunes, de paysans et de pauvres ont posé ouvertement la question de la construction de nouvelles organisations ouvrières. Ainsi un processus de construction d’une nouvelle centrale syndicale indépendante du pouvoir a émergé ces dernières années. Ainsi, en avril 2012, s’est tenu le congrès de la formation de la Centrale Syndicale et Populaire – CSP – Conlutas qui a affirmé dans ses objectifs « unir tous les secteurs exploités et opprimés de notre classe en une lutte commune, de classe, contre le capital et ses agents. » Mais cette jeune organisation, dont la constitution a été le théâtre d’affrontement entre les deux principaux courants trotskystes-morenistes -le PSOL (Parti du Socialisme et de la Liberté) et le PSTU (Parti socialiste des travailleurs unifié) - a déjà montré ses propres limites. La participation de ses dirigeants aux discussions impulsées par le gouvernement de Roussef la plonge immédiatement dans le bain boueux du compromis social, vers la collaboration de classe. Les mobilisations anti austérité et anti-corruption et leur récupération En juin 2013, les mases brésiliennes protestaient contre l’augmentation des prix dans les transports, le coût de l’éducation et de la santé, mettant à l’index la corruption des élites politiques dont celles du PT. Les jeunes diplômés ne trouvant pas d’emploi se sont massivement investis dans cette mobilisation « antisystème ». Faute de perspective politique, cette puissante mobilisation qui a fait trembler le pouvoir, a été récupérée au compte de la bourgeoisie. Ainsi, plusieurs éditorialistes et politologues brésiliens constataient la récupération politique de la mobilisation de juin 2013. Marco Aurélio Weissheimer, chroniqueur à Carta Maior, décrit ainsi : « Ce qui avait commencé comme une grande mobilisation sociale contre l’augmentation des billets de bus et la défense d’un transport public de qualité est en train de déboucher, sous nos yeux, sur une expérience sociale incontrôlable possédant des caractéristiques fascistes on ne peut plus méprisables (…). Dans la nuit de jeudi à vendredi, tous les traits constitutifs de notre démocratie ont été menacés et attaqués, de diverses manières et dans plusieurs villes du pays. De la violence policière ? Il y en a eu, certes. Mais ce qui s’est passé hier n’est pas moins grave (…) : attaques perpétrées contre des militants de gauche et expulsion de ces derniers des manifestations, attaques contre des sièges de partis politiques et d’institutions publiques (…). Et ce ne sont pas seulement des militants pétistes qui ont été agressés et expulsés (…). Dans plusieurs villes du pays [ces agressions] se sont également multipliées contre des militants du PSOL, du PSTU, du MST (partis d’origine trotskystes, morenistes et mouvement des sans terre, et même contre certaines personnes qui ne représentaient qu’elles-mêmes (….) » (21 juin 2013). A la suite de ces évènements, le MPL (Movimento Passe Livre, qui lutte pour la gratuité des transports), à l’origine du mouvement, annonçait d’ailleurs lui aussi publiquement son désengagement et appela ses militants à cesser l’action, dénonçant la violence envers les partis et militants de gauche, l’instrumentalisation de la protestation par des médias à la botte de l’opposition et son infiltration par des militants néofascistes. Les élections d’octobre 2014 ont marqué un affaiblissement du PT qui s’est néanmoins maintenu au pouvoir grâce au vote des classes populaires du Nord et Nord-Est, qui ont bénéficié du programme de saupoudrage social, leur garantissant un revenu de substitution. La stratégie d’impasse des organisations pseudo-trotskystes Après l’agitation sociale que suscite le gouvernement de type Front populaire dirigé par le PT, comme expression contradictoire entre son origine sociale ouvrière et sa politique de défense de la bourgeoisie brésilienne, la bourgeoisie entend désormais reprendre le pouvoir pleinement en destituant le gouvernement Dilma Roussef à bout de souffle afin d’imposer une défaite majeure à la classe ouvrière, y compris en menaçant sa représentation sous forme de parti et de syndicat. Le Congrès a voté la destitution du gouvernement Dilma Roussef après avoir refusé fin 2015 de voter les comptes publics, maquillés de dette publique. La Présidente protège son ancien mentor Lula, impliqué, comme l’actuel Vice-président du parti bourgeois PMDB, Michel Temer, dans des affaires de corruption de la compagnie pétrolière nationale Petrobras. Lula tente le tout pour le tout pour sauver le gouvernement d’alliance avec la bourgeoisie. Pendant ce temps, quelle est l’orientation des organisations de l’ex Quatrième Internationale ? Il existe deux tendances pseudo-troskystes : le PSTU moreniste et le PSOL pabliste proche du NPA français. Le PSTU dirige également la CSP-Conlutas. Le PSTU et CSP-Conlutas prônent la grève générale pour renverser le gouvernement Dilma pour le remplacer par un gouvernement ouvrier, élu par des conseils ouvriers. Dans l’immédiat, le PSTU appelle à des élections générales sur la base de « tous dehors » mais sans donner de solution au pouvoir avec le risque que ces élections soient remportées par les partis bourgeois. Quant au PSOL, il défend le gouvernement Dilma contre le « coup d’état » institutionnel faisant croire que ce gouvernement est celui des travailleurs. Entre rejet total ouvrant la voie à la reprise en main complète du pouvoir par les partis bourgeois et soutien sans faille au gouvernement Dilma rejeté par les masses, quelle autre perspective politique ? Quelle perspective politique ? Pour un gouvernement du seul PT, sans partis ni ministres bourgeois Le gouvernement dirigé par le PT est de type Front populaire car il associe un parti ouvrier bourgeois, le Parti des travailleurs à des partis totalement bourgeois (parti libéral puis PMDB), ce qui donne des garanties à la bourgeoisie de ne pas toucher à la propriété capitaliste. Les gouvernements Lula et Dilma Roussef ont sur cette base entrepris des réformes contraires aux intérêts de la classe ouvrière brésilienne, même si dans le même temps, ils saupoudraient de quelques revenus sociaux les masses, sans changer leur condition. Le PT au pouvoir a été très logiquement confronté à des mobilisations contre les politiques d’austérité. Faute de perspective politique, ces mobilisations sont désormais récupérées par les partis bourgeois réactionnaires. Une partie des masses brésiliennes est cependant attachée à l’existence de leur parti traditionnel, le PT, au pouvoir. Ils sont descendus par centaines de milliers dans la rue pour le défendre contre le « coup d’état » constitutionnel orchestré par la bourgeoisie. Il faut donc avancer aujourd’hui une perspective politique immédiate pour empêcher le « coup d’état » institutionnel tout en remettant en cause la politique bourgeoise du gouvernement du PT. Les organisations ouvrières, partis et syndicats brésiliens, doivent donc avancer le mot d’ordre : pour un gouvernement du seul PT, sans partis ni ministres bourgeois ! Dehors le PMDB ! Rupture de la CUT avec le gouvernement PT-PMDB ! A bas les politiques d’austérité ! Annulation de la dette ! Expropriation des trusts !