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Afrique du Sud

Afrique du Sud : les travailleurs doivent imposer la rupture des organisations ouvrières avec l’ANC

Environ 80.000 mineurs se sont mis en grève depuis le 23 janvier à l'appel du syndicat indépendant AMCU (l’Association of Mineworkers and Construction Union), pour arracher 12.500 rands de salaire mensuel de base (830 euros, soit une augmentation de 150%), déjà réclamés en 2012 lors de la grève sauvage qui avait tourné au bain de sang à Marikana. Les trois principales compagnies minières (Lonmin, Impala et Anglo American) qui détiennent 70% de la production mondiale de platine refusent cette augmentation. Le gouvernement de Jacob Zuma joue les médiateurs. Il s’agit là de la grève la plus importante dans le secteur minier depuis la grève de Marikana en 2012.

Dans un contexte où le chômage reste élevé et la pauvreté touche les classes laborieuses, après la grève et les massacres de Marikana de 2012, des changements interviennent au sein du mouvement ouvrier. En effet, alors que le gouvernement de Front populaire, d’alliance entre l’ANC, le SACP (parti communiste) et la centrale syndicale COSATU, est au pouvoir depuis 1994, confirmé lors des dernières élections de 2009, des fissures interviennent dans ce front. Ainsi, un des principaux syndicats de la COSATU, le National Union of Metalworkers (NUMSA) vient de rompre avec le parti au gouvernement, avec l’ANC.

Lors d’un Congrès national spécial qui s’est tenu du 17 au 20 décembre 2013, réunissant 1200 délégués à Boksburg dans la banlieue de Johannesburg, le NUMSA (Syndicat National des Travailleurs de la Métallurgie d'Afrique du Sud) a décidé d'engager le combat pour la tenue d'un congrès national extraordinaire pour que la COSATU rompe l'alliance avec l'ANC, parti au pouvoir et regagne sa tradition et la pratique de centrale combative et indépendante. Le congrès a voté la demande de démission du président Zuma à cause de sa politique néo-libérale et anti-ouvrière et des pratiques de corruption et de népotisme largement exposées dans la presse. Il a décidé de ne plus soutenir les candidats de l'ANC aux prochaines élections générales, prévue le 7 mai 2014. Enfin le congrès du NUMSA a affirmé « le besoin d'établir un parti socialiste des travailleurs non seulement pour gagner des améliorations sociales mais aussi pour en finir avec le capitalisme ». Le NUMSA se positionne comme "le bouclier et le javelot des salariés". Il fait échos aux mouvements des grévistes comme celui des mineurs de Marikana qui ont subi en août 2012 le massacre de 34 grévistes perpétré par la police de l'ANC pour le compte des propriétaires miniers, notamment le trust Lonmin dont le siège est à Londres. La délégation des mineurs de Marikana à ce congrès a reçu une digne ovation et les délégués du congrès ont versé chacun 100 Rand à la caisse de soutien aux mineurs de Marikana.

A l’approche des élections générales au mois de mai et sur fond de mobilisation des mineurs, la question de la rupture des organisations d’origine ouvrière (SACP et COSATU) avec l’ANC -organisation bourgeoise - pour la défense des revendications ouvrières, est posée au sein des syndicats ouvriers. La grève des mineurs du platine montre que les dirigeants des mines refusent d’augmenter les salaires. La seule façon d’augmenter les salaires des mineurs c’est que l’Etat prenne le contrôle des mines, exproprie les capitalistes anglais et américains. Pour cela, les travailleurs doivent porter un véritable gouvernement ouvrier qui développerait ce programme. La réorganisation du mouvement ouvrier sud-africain doit être axée sur un programme socialiste.

Congrès du NUMSA

Le Congrès du NUMSA a résolu:

1° d’explorer la possibilité de construire un parti socialiste des travailleurs;

2° de mobiliser à la fois pour un Front unifié d’action et pour un mouvement en faveur du socialisme;

3° de reconquérir la COSATU [Congress of South Trade Unions] à partir d’en bas;

4° d’unifier activement les luttes des travailleurs et les luttes de quartier, sur le logement, l’éducation, la santé, etc. au travers d’une mobilisation de masse autour de revendications sociales et économiques;

5° de consolider le NUMSA en tant que syndicat contrôlé par les travailleurs qui organise autour d’un ensemble de valeurs et principes et qui fournit les meilleurs services à ses membres.

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Nelson Mandela

Nelson Mandela est mort le 5 décembre 2013. Retour sur son rôle politique.

L’union sacrée planétaire s’est réalisée autour de son cercueil, réunissant les principaux chefs d’États impérialistes, du tandem Obama-Bush à Hollande-Sarkozy !

Ce que ces dirigeants impérialistes ont salué c’est le sens de la « sagesse » de Mandela qui a conduit au « rassemblement et à la réconciliation » de l’État sud-africain. Traduisez : Mandela, en abandonnant la lutte contre la domination blanche menée dans les années 60-70, a permis à la bourgeoisie blanche sud-africaine de maintenir sa domination, le contrôle des moyens de production en exploitant la classe ouvrière noire.

C’est pour tenter de faire refluer les mobilisations de la classe ouvrière sud-africaine, qui a engagé de nombreux combats dans les années 70 et 80, que l’impérialisme a joué la carte Mandela en le faisant libérer en 1990. Celui-ci a ainsi œuvré à la « transition démocratique » en devenant le premier président noir, issu de l’ANC, en 1994. Il a ainsi permis à la bourgeoisie blanche de rester aux manettes de l’économie en favorisant l’émergence d’une petite-bourgeoise noire.

Le Mandela de 1990 n’est plus le même Mandela des années 60 qui appelait à renverser le régime de l’apartheid par les armes. C’est un peu le même parcours qu’Arafat en Palestine, au sein de l’OLP.

L’ANC, tout comme l’OLP, ont ceci de commun qu’elles sont toutes deux des organisations petite-bourgeoises, dont le programme n’a jamais été de combattre pour l’avènement du socialisme. Elles se sont cantonnées à combattre un envahisseur, les colons juifs en Palestine et les colons blancs en Afrique du Sud.

Elles ont pourtant joué un rôle de ciment politique autour de la libération nationale pour les masses. Mais dans le cadre du système capitaliste, la question nationale ne peut être une fin en soi. Le combat pour l’indépendance nationale, contre la domination impérialiste, contre les régimes ségrégatifs doit inévitablement se combiner avec la révolution socialiste, pour le contrôle par les travailleurs des moyens de production.

C’est tout le sens du combat actuel des mineurs.

Il est d’ailleurs étonnant de voi, qu’à l’heure où les puissances impérialistes saluent la mémoire de Mandela sur le ton du pacifisme petit-bourgeois, les mineurs en grève subissent une répression violente d’un gouvernement sensé les représentés mais gouvernant pour le compte des trusts impérialistes !

Mandela n’est plus. L’ANC a cessé également de représenter les masses noires. Place désormais à la constitution d’organisations ouvrières authentiquement révolutionnaires qui auront pour tâche d’exproprier les capitalistes, blancs ou noirs !

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