Le blog du groupe Révoltes

Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire

Le Front National est-il aujourd’hui une solution à la crise de la bourgeoisie française ?

Les succès électoraux du FN sont un bon indicateur de la crise économique et politique de la bourgeoisie française. Ils sont à la fois le résultat de l’échec de l’UMP et de Sarkozy à affronter la classe ouvrière pour faire baisser drastiquement le coût de la force de travail, mais aussi du refus des organisations ouvrières de centraliser le combat contre la politique anti ouvrière de la sociale démocratie au pouvoir depuis 2012.

Mais un pouvoir autoritaire, populiste, voire fascisant, ne peut triompher que sur la base d’une incapacité de la classe ouvrière à défendre ses acquis et ses organisations qui la fondent comme classe. Cette défaite serait le produit d’une attaque frontale de la bourgeoisie s’appuyant sur des milices paramilitaires pour terroriser les travailleurs et détruire leurs organisations. Mais cette voie politique n’est pas sans risque pour la bourgeoisie elle-même, qui est loin d’être homogène.

Après un rappel sur les conditions qui ont amené le fascisme au pouvoir en Allemagne et ses rapports avec le capitalisme allemand, on reviendra sur les origines et la nature du FN : peut-on le caractériser comme parti fasciste ? Quelles sont les grandes lignes de son programme et quelles sont les conditions politiques qui l’ont amené à conquérir des positions locales ?

Ces succès peuvent-ils lui permettre d’accéder au sommet du pouvoir dans le cadre des institutions de la V° république ?

Œ Comment les nazis ont-ils accédé au pouvoir en Allemagne en 1933 ?

Après la défaite militaire de 1918, après l’écrasement de la révolution spartakiste par le gouvernement social-démocrate de Ebert en 1919 puis la terrible crise monétaire de 1923, l’impérialisme allemand vaincu et privé de ses colonies par ses rivaux, a bénéficié de la reprise économique mondiale des années 1920 (période dite de « prospérité »), avant de sombrer dans la crise de 1929 du fait des liens financiers, industriels et commerciaux étroits avec l’impérialisme dominant, les Etats-Unis.

Certes, la victoire électorale des nazis est le produit de cette crise qui a jeté en Allemagne des millions de chômeurs dans la misère et paupérisé la petite bourgeoisie.

Trotsky écrit en mai 1933 : « Les classes condamnées, semblables à des malades incurables, ne se lassent pas de moduler leurs plaintes, ni d’écouter des consolations. Tous les discours d’Hitler étaient accordés sur ce diapason. Une sentimentalité informe, une absence totale de rigueur dans le raisonnement, une ignorance doublée d’une érudition désordonnée : tous ces moins se transformaient en plus. Cela lui donnait la possibilité de rassembler toutes les formes de mécontentement dans la besace du mendiant du national-socialisme, et de mener la masse là où elle le poussait. De ses premières improvisations, l’agitateur ne conservait dans sa mémoire que ce qui rencontrait l’approbation. […] C’est ainsi qu’il choisissait ses mots d’ordre. […] L’habileté politique consistait à souder l’unité de la petite bourgeoisie au moyen de la haine pour le prolétariat. […] La petite bourgeoisie impuissante face au grand capital, espère désormais reconquérir sa dignité sociale en écrasant les ouvriers. »

Mais ce succès est d’abord le produit de la politique des sociaux-démocrates – « ces affairistes habiles, ces vieux routiers de l’intrigue et du carriérisme, ces hommes expérimentés dans les combines parlementaires et ministérielles […] s’avèrent de parfaits imbéciles. […] La nouvelles politique de la social-démocratie consiste à sauver la société bourgeoise en renonçant aux réformes […] et à ramener les ouvriers allemands au niveau de vie de leurs pères, de leurs grands-pères et même de leurs arrières grands-pères ». […] La social-démocratie a préparé toutes les conditions pour la victoire du fascisme. Mais, par là-même, elle a préparé les conditions de sa propre liquidation politique » écrit Trotsky en janvier 1932.

Il précise : « Les chefs sociaux-démocrates utilisent leurs alliés bourgeois pour brider les organisations ouvrières. » Et plus loin : « Parasite de la bourgeoisie, la social-démocratie est condamnée à un misérable parasitisme idéologique. […] En prolongeant l’agonie du système capitaliste, la social-démocratie conduit seulement à la décadence ultérieure de l’économie, à la désintégration du prolétariat, à la gangrène sociale. […] Déjà, les dirigeants de la social-démocratie n’osent plus regarder l’avenir en face. Ils possèdent toutes les tares d’une classe dirigeante condamnée à disparaître : insouciance, paralysie de la volonté, tendance à se détourner des événements et à espérer de miracles ».

Après ce constat accablant de la politique réformiste d’un parti socialiste qui fut le plus puissant d’Europe avant 1914, il faut rappeler le refus de la bureaucratie stalinienne d’appeler au front unique des organisations ouvrières pour ouvrir une perspective ouvrière à la crise du capitalisme. Staline a choisi la division – au nom du « social-fascisme » (Staline rejette sur la social-démocratie la responsabilité de la passivité des masses) et de « l’hitlero-troskisme » alors qu’il vient d’éliminer l’opposition de gauche en URSS et que la bureaucratie met en œuvre l’élimination de millions d’Ukrainiens pour asseoir son pouvoir par la terreur.

C’est cette division orchestrée en Allemagne par Staline et sa clique qui a conduit Trotski à proclamer la IV° Internationale en 1938.

Les résultats des élections législatives sont éloquents (pour les 5 principaux partis) :

 

mai-28 Nbre de votants Suffrages exprimés : Nbre de sièges
36 766 000 inscrits en milliers 30 400 000 Total : 423
    en %  
SPD 9 153 29,8 153
Social-démocrate
KPD 3 265 10,6 54
communiste
NSDAP 810 2,6 12
national-socialiste
Zentrum 3 712 12,1 62
ancêtre de la CDU
DNVP 4 382 14,3 95
P. national du peuple allemand

 

Les 30 autres % des suffrages étant recueillis par divers petits partis de droite.

« La social-démocratie et le Parti communiste ont à eux deux environ 40% des voix, sans tenir compte du fait que les trahisons de la social-démocratie et les erreurs du Parti communiste rejettent des millions d’ouvriers dans le camp de l’indifférence ou même dans celui du national-socialisme. Le seul fait pour ces deux partis de mener des actions communes accroîtrait considérablement la force politique du prolétariat, tout en ouvrant de nouvelles perspectives aux masses », analyse Trotsky en janvier 1932.

Septembre 1930

sept-30 Suffrages exprimés en % - évolution Nbre de sièges / 577
évolution
SPD 24,5 / -5,3 143 / -10
KPD 13,1 / +2,5 77 / +23
NSDAP 18,3 / +15,7 107 / +95
Zentrum 11,8 / -0,3 68 / +7
DNVP 7 / -7,3 41 / -32

 

Juillet 1932

juil-32 Suffrages exprimés en % Nbre de sièges / 608
évolution évolution
SPD 21,6 / -2,9 133 / -10
KPD 14,3 / +1,2 89 / +12
NSDAP 37,3 / +19 230 / +123
Zentrum 12,4 / +0,6 75 / +7
DNVP 5,9 / -1,1 37 / -4

 

Novembre 1932

nov-32 Suffrages exprimés en % Nbre de sièges / 584
évolution évolution
SPD 20,4 / -1,2 121 / -12
KPD 16,9 / +2,6 100 / +11
NSDAP 33,1 / -4,2 196 / -34
Zentrum 11,9 / -0,5 70 / -5
DNVP 8,5 / +2,6 52 / +15

 

Ces chiffres montrent que lors de toutes ces élections – sauf en juillet 1932 – SPD et KPD ont la majorité de sièges au Reichstag. La percée spectaculaire du NSDAP à partir de 1930 est liée à la crise économique. On notera son net recul en novembre 1932 qui aurait permis de le mettre hors d’état de nuire, les autres partis de droite n’étant pas prêts à une alliance, qu’Hitler ne recherchait d’ailleurs pas. C’est l’absence d’une majorité absolue en mars 1933 (alors que le KPD est déjà interdit et que nombre de députés socialistes ont été arrêtés) qui amène Hitler à négocier un accord avec le Zentrum.

La politique de division menée par les deux partis ouvriers a conduit à ce désastre. Le SPD a assumé le pouvoir après la guerre en écrasant la révolution spartakiste et en faisant exécuter ses dirigeants.

Il dirigea le gouvernement de 1928 à 1930 et s’est discrédité par sa politique réactionnaire. Il perd des voix à chaque élection. «Si la social-démocratie sauva la bourgeoisie de la révolution prolétarienne, le tour est venu pour le fascisme de libérer la bourgeoisie de la social-démocratie » écrit Trotsky en mai 1933.

Par contre, le KPD en gagne régulièrement sans pouvoir espérer devenir majoritaire.

D’où la nécessité du front unique défini par les thèses des III° et IV° congrès de l’Internationale communiste, thèses élaborées par Trotsky et adoptées par le Bureau politique du Parti communiste russe et par le Comité exécutif de l’Internationale :

« Le problème du front unique naît de la nécessité d’assurer à la classe ouvrière la possibilité d’un front unique dans la lutte contre le capital, malgré la scission inévitable à notre époque des organisations politiques qui s’appuient sur la classe ouvrière. Celui qui ne comprend pas cette tâche considère le parti comme une association propagandiste, et non comme une organisation d’actions de masse. […] Si nous pouvions rassembler simplement les masses ouvrières autour de notre drapeau, sans passer par les organisations réformistes, partis ou syndicats, ce serait mieux, évidemment. Mais alors, la question même du front unique ne se poserait pas…Le Parti communiste dans cette lutte tient compte, à chaque moment, de l’état d’esprit réel de la classe ; il s’adresse non seulement aux masses, mais aussi aux organisations dont la direction est reconnue par les masses ; devant les masses, il oblige les organisations réformistes à prendre publiquement position sur les tâches réelles de la lutte des classes. La politique de front unique accélère la prise de conscience révolutionnaire, en découvrant dans les faits que ce n’est pas la volonté de scission du Parti communiste, mais le sabotage conscient des chefs de la social-démocratie qui sape la lutte commune. »

Cette politique de front unique a été rejetée par la bureaucratie stalinienne soucieuse de renforcer son pouvoir : toute victoire de la révolution en Europe risquait de l’en chasser.

 Quelles relations se sont établies entre les nazis et le patronat allemand ?

On peut parler de convergence d’intérêts entre l’Etat nazi et la grande industrie. La guerre a renforcé l’interdépendance des deux sphères, même si leurs objectifs n’étaient pas initialement les mêmes. Le besoin crucial de main d’œuvre, notamment qualifiée, était – par exemple - en contradiction avec l’élimination des juifs allemands, polonais, ukrainiens …, facteur de pénurie de main d’œuvre, contraire à la rationalité économique qui exige une main d’œuvre bon marché!

Mais le réarmement massif à partir de 1935/36 pour résoudre la crise a renforcé les liens entre les trusts métallurgiques et le régime. Le symbole de cette osmose est Hjalmar Schacht qui fut président de la Reichsbank puis ministre de l’Economie à partir de 1934.

Cependant, le secteur économique qu’il représentait avait besoin d’une ouverture sur le marché mondial (importation de matières premières / exportation de machines). La politique expansionniste et l’autarcie qui en a découlé ont fait pencher la balance en faveur de l’IG-Farben de Karl Krauch qui en fut le premier bénéficiaire.

Malgré ces divergences sur les moyens, les trusts allemands tirèrent d’énormes bénéfices de la politique de réarmement, accompagnée d’une politique de bas salaire et de répression de toute revendication et organisation ouvrière.

Mais il n’y avait pas identité totale d’intérêts entre un régime articulé entre trois blocs (SS/renseignement/police) qui contrôlaient l’économie à leur profit, et le patronat allemand (qui fut cependant absent des divers mouvements de résistance) : la fuite en avant du régime devint incompatible avec les principes rationnels de l’économie capitaliste et conduisit à sa propre perte et à la destruction massives des forces productives en Allemagne. Néanmoins, les trusts allemands, loin d’être démantelés après la guerre, se sont reconstitués et ont prospéré jusqu’à nos jours !

Ž Les origines du front National

Ce parti fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen est l’héritier de divers courants d’extrême droite, restés toujours minoritaires en France depuis la fin du XIX°s. Le Pen a participé – sans succès – à des événements politiques marquants d’après guerre :

  • la révolte des petits commerçants, artisans et paysans contre la « modernisation » de l’économie imposée par la grande industrie a débouché sur la création en 1953 d’une organisation dirigée par Pierre Poujade : elle a obtenu 56 députés en 1956 (dont Le Pen) mais n’a pas survécu à l’arrivée de De Gaulle au pouvoir et aux institutions de la V° république chargées de défendre les intérêts majeurs de la bourgeoisie française.
  • Le Pen – engagé dans l’armée pendant la guerre d’Indochine – récidive en 1956 en rejoignant son bataillon étranger de parachutistes en Algérie dont on connaît les exactions contre les combattants algériens. Il est opposé au règlement de la guerre négocié par De Gaulle, sans pour autant adhérer à l’OAS. Cependant, on le retrouve directeur de campagne de Tixier Vignancourt qui se présente contre De Gaulle aux élections présidentielles de 1965, pour capter les voix des rapatriés d’Afrique du nord et de la petite bourgeoisie marginalisée. C’est un échec puisque Tixier Vignancourt n’obtient que 5% des voix.

L’extrême droite française est présente dans les combats de 1968 avec, notamment, le groupe Occident qui s’attaque aux étudiants en grève. Interdit par le régime gaulliste (comme l’OCI, la LCR, etc…), il renaît sous le nom d’Ordre Nouveau qui fonde la Front National en 1972 pour fédérer tous les courants d’extrême droite : nationalistes, monarchistes, pétainistes, catholiques intégristes opposés aux réformes de Vatican II, etc…Le nouveau parti fait appel à Jean-Marie Le Pen comme président. C’est à ce titre qu’il se présente aux élections présidentielles de 1974, (pas en 1981 faute d’avoir collecté suffisamment de signatures), 1988, 1995, 2002 (avec le succès que l’on sait !) et 2007, avant de passer la main – mais non la caisse – à sa fille cadette en 2011.

Les thèmes récurrents de ses campagnes sont à géométrie variable selon le contexte politique et économique, et l’influence de divers clubs de réflexion aux thèses d’ailleurs très opposées (sauf sur leur haine de la classe ouvrière et de ses organisations) : entre le GRECE (Groupement de Recherche pour la Civilisation Européenne) fondé en 1968 par Alain Benoist - païen, eugéniste, anti-américain, antilibéral et même anticapitaliste ! – et le Club de l’Horloge fondé par Jean Yves Le Galou et Yvan Blot en 1974 – ultra libéral, pro-américain et chrétien intégriste – Le Pen fait son marché selon l’air du temps. Ces discordances sur les meilleures façons d’exister politiquement ont d’ailleurs amené à de multiples scissions dont la plus célèbre est celle du Bruno Mégret en 1998/99.

Le FN a été jusque dans les années 2000 un clan familial plus qu’un parti : femmes, filles, gendres, compagnons, amis ont exercé ou exercent encore un rôle dans le parti à l’unique condition de ne pas critiquer le père et aujourd’hui de se soumettre à la volonté réputée intransigeante de la fille préférée du père. D’où les nombreuses exclusions au sein même du clan, et au-delà : ce fonctionnement clanique explique aussi pourquoi le père garde encore l’essentiel du trésor de guerre après avoir usé et éliminé plusieurs trésoriers.

C’est le père qui a imposé sa fille (à l’origine, avocate du FN, faute d’avoir pu constituer une clientèle pour avoir subi – dit-elle – l’ostracisme de ses confrères) comme vice-présidente du parti dès 2003 après l’échec au 2° tour de la présidentielle de 2002. Et c’est la valse des exclusions : l’intégriste chrétien, Bernard Antony en 2003, le cadre historique et maire d’Orange, Jacques Bompard en 2005, les têtes pensantes Martin le Hideux et Carl Lang en 2008 ainsi que bon nombre de conseillers régionaux ainsi que le grand argentier Fernand le Rachinel, sans oublier l’ancien para Roger Holeindre – fidèle d’entre les fidèles du père – ami personnel de Bokassa, ancien de l’OAS, qui accuse la fille de ne pas respecter le vrai programme nationaliste et chrétien du FN. Bruno Gollnisch se maintient sur un strapontin depuis que le congrès de Tour ( !) de 2011 a choisi Marine contre lui, en s’écrasant mollement. Depuis, elle contrôle totalement l’appareil du parti.

 le programme du Front National

Si l’on compare les programmes aux élections présidentielles de 2007 et de 2012, 20 questions sur 25 n’ont pas été modifiées. Les fondamentaux sont maintenus :

-renforcement de l’armée (hommes et armement) - défense de la mémoire coloniale de la France qui doit retrouver son influence dans le monde, contre son déclin et pour qu’elle soit un facteur de paix. Pour le FN, «

Soutien à la formation d’un Etat palestinien, mais Israël doit être assuré d’une existence indiscutable et d’une sécurité garantie.

Soutien fort par l’Etat français des investissements privés français en Afrique en échange d’une inversion des flux migratoires.

Il s’agit bien de défendre les intérêts de l’impérialisme français.

  • défense du caractère sacré de la vie (contre l’avortement pour lequel Marine Le Pen veut du moins supprimer le remboursement).

-contrôles aux frontières - suppression du regroupement familial et des aides sociales aux immigrés - suppression de la double nationalité et du droit du sol au profit du droit du sang. Mais les agriculteurs sympathisants du FN utilisent à leur plus grand profit la main d’œuvre - de préférence sans papier – venue de Pologne ou du Maroc.

-préférence nationale, c'est-à-dire la division du prolétariat, en opposant travailleurs français et étrangers qui ont toujours combattu ensemble contre l’exploitation capitaliste.

-augmentation des places en prison et rétablissement de la peine de mort – présomption de légitime défense pour policiers et gendarmes – suppression de la d’Ecole nationale de la magistrature …

-promesses fiscales faites aux médecins, agriculteurs, petits commerçants, PME … non chiffrées

-rétablissement de l’autorité à l’école – autorisation des fouilles d’élèves – interdiction des portables – tenues strictes exigées…

Des différences apparaissent, notamment sur le rôle de l’Etat et l’économie : la crise industrielle et financière est passée par là. L’objectif de Marine Le Pen est d’arriver au pouvoir pour défendre les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie menacés par la mondialisation, l’Europe, l’euro – alors que les discours suffisaient à son père pour exister.

D’où un programme démagogique et populiste à l’adresse de toutes les couches de la société, en dehors des immigrés, des sans papiers, des chômeurs profiteurs …et des grands groupes capitalistes - dont elle n’envisage cependant pas l’expropriation ! - pour capter un maximum de voix.

Elle promet la justice fiscale (?) là où son père promettait un taux maximum d’imposition de 20% sur les revenus les plus élevés, la retraite à taux plein après 40 ans de versement pour tous, l’arrêt de la suppression des postes dans l’Education nationale et même la hausse des salaires des enseignants….Mais aussi, la nationalisation des « grands groupes stratégiques », l’enterrement du pacte de responsabilité, la sortie progressive (?) de l’euro, une dévaluation compétitive de 20 à 25 %, c'est-à-dire une baisse équivalente du coût du travail ! Conjuguée à une inflation aussi forte qu’inévitable, on voit que les salariés seraient les premières victimes de ces réformes !

On comprend pourquoi les tentatives pour créer des syndicats FN ont avorté, le parti se contentant pour l’instant - après avoir échoué à pratiquer l’entrisme dans les syndicats – d’un « Cercle national de défense des travailleurs syndiqués » qui a pour fonction d’intenter un procès contre toute exclusion de ses militants et élus des organisations syndicales existantes. Lesquelles passent plus de temps à engager un combat judiciaire et moral qu’à utiliser les armes de la lutte de classe.

Le FN n’existe que parce que les organisations ouvrières ne lui opposent pas un véritable programme ouvrier anticapitaliste.

Mais, là où il y a mobilisation de classe comme à Forbach, le FN échoue à conquérir un bastion ouvrier. Florian Philippot en a fait l’expérience en s’affrontant à chaque pas au combat des militants de diverses organisations qui l’ont finalement empêché de s’emparer de la mairie.

 Rappel des résultats des élections présidentielles

En milliers inscrits votants 1°tour exprimés LE PEN LE PEN
en voix en %
1974 30 602 25 775 25 538 190 0,75
1988 38 128 31 025 30 436 4 376 14,38
1995 39 992 31 345 30 462 4 571 15
2002 41 194 29 495 28 498 4 804 16,86
1° tour
2002 41 191 32 832 31 062 5 525 17,79
2° tour
2007 44 472 37 254 36 719 3 844 10,44

 

Le succès politique de Le Pen en 1988 et en 1995 est le résultat de la politique des gouvernements de type front populaire au compte de la bourgeoisie française confrontée à la crise économique, contre les intérêts de la classe ouvrière. Les cohabitations Mitterrand/Chirac puis Balladur ont fermé toute perspective politique favorable à la classe ouvrière, alors qu’une mobilisation majeure s’est organisée en 1995 contre la réforme du régime des retraites.

Jospin – dont l’élection est le produit de cette mobilisation ouvrière - a payé en 2002 sa politique bourgeoise en permettant à Le Pen d’accéder au 2° tour, avec une forte abstention ouvrière. Néanmoins, la bourgeoisie s’est regroupée derrière le candidat Chirac, avec le soutien des organisations ouvrières qui ont appelé à voter pour lui. Le Pen n’a pas fait de percée significative au 2° tour.

En 2007, le candidat de la bourgeoisie, Nicolas Sarkozy, a rassemblé son camp en le chargeant de porter des coups significatifs aux acquis ouvriers. Mais le rapport de force entre les classes ne lui a pas permis de porter à terme les réformes nécessaires pour faire baisser le coût du travail et rendre compétitive l’économie française. La mobilisation ouvrière – notamment contre la nouvelle réforme des retraites – a permis de faire chuter Sarkozy et a porté au pouvoir le candidat du Parti socialiste.

2012 1° tour inscrits votants exprimés  
en milliers 46 028 36 584 35 883  
F HOLLANDE 10 272 voix
JL. MELENCHON  3 984 000
N. SARKOZY 9 753 000
F. BAYROU 3 275 000
M. LE PEN 6 421 000

 

Le Pen obtient donc 1/6 ° des suffrages exprimés, PS et Front de Gauche obtenant nettement la majorité des suffrages, ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas admis, tournant le dos à toute politique de Front unique !

Les élections municipales de 2014 sont un nouveau succès pour le FN qui remporte une quinzaine de villes et revendique 1 200 à 1 300 élus. Mais ses chefs essuient des revers de taille : Florian Philippot échoue à Forbach et Louis Aliot à Perpignan. Avignon, convoité, passe à gauche. Il s’agit néanmoins d’un ancrage local…qui ne garantit pas un tremplin pour l’avenir, tant la gestion municipale est pavée de chausse-trappe en tout genre : affaires financières, refus de se conformer aux injonctions de la direction du parti, voire aux lois de la république…(cf l’exemple de Hayange, ville lorraine de 16 000 H. conquise par Fabien Engelmann, ancien militant de LO, du NPA et de la CGT !).

Et puis, gérer une municipalité n’est pas gérer l’Etat.

‘ quelles conditions permettraient au FN d’apparaître comme un recours pour le capital ?

On le voit, à cette étape, on ne peut pas parler de menace fasciste en France, même si le logo – la flamme tricolore – est la copie de celui du Mouvement Social Italien, qui se revendique du fascisme. C’est certes un parti nationaliste et xénophobe qui pleure sur le sort des pauvres, des déclassés pour capter leurs voix mais ce n’est pas (encore) le bras armé du capital. « Quand le peuple ne trouve pas de solutions dans l’espoir révolutionnaire, il peut les chercher dans le désespoir contre-révolutionnaire » écrivait Trotsky dans Où va la France - octobre 1934.

Si Marine Le Pen rejette vigoureusement toutes références au passé fascisant du FN et se réfère à Jaurès pour mieux en masquer les origines, c’est pour se frayer un chemin vers le pouvoir central. Mais quelles sont aujourd’hui les conditions politiques qui pourraient lui permettre d’y parvenir, elle qui rêve d’occuper Matignon si Hollande dissout l’assemblée nationale et si les deux chambres réunies en congrès instaurent un scrutin proportionnel ? ! Ce qui fait beaucoup de conditions improbables, même si le régime de la V° république est en crise !

L’UMP a implosé suite à la défaite de Sarkozy qui avait pourtant utilisé le transfuge FN Buisson pour tenter de capter une partie des voix de l’électorat lepéniste, mais qui n’a pu convaincre de son efficacité toutes les fractions de la bourgeoisie. Cette défaite est le produit de la mobilisation de l’électorat ouvrier et plus largement salarié, pour la défense de ses conditions d’existence contre la réforme des retraites, la précarisation des emplois, les suppressions de dizaines de milliers de postes dans la fonction publique et dans les entreprises privées.

Le vote Hollande – s’il a été porté par un certain nombre d’illusions – n’en fut pas moins une réponse de classe aux attaques de la bourgeoisie.

Détenteur de tous les pouvoirs locaux et nationaux – une première sous la V° République dont les institutions ont été conçues pour établir un pouvoir bonapartiste au profit de la classe dominante – le Parti socialiste s’est mis au service des intérêts de la bourgeoisie française comme l’ont fait avant lui les dirigeants de la SFIO depuis 1914. Le gouvernement Hollande/Valls II, applaudi par le MEDEF, poursuit une politique anti-ouvrière qui ne peut le mener qu’à sa perte. Les élections municipales du printemps 2014, les sénatoriales de l’automne, préparent un retour des partis de la bourgeoisie au pouvoir localement puis nationalement si la droite n’aligne pas plusieurs candidats issus de l’UMP implosée. Auquel cas, Marine Le Pen est assurée de se retrouver au 2° tour face à un candidat (unique ?) du parti socialiste si celui-ci ne s’est pas effondré d’ici 2017.

C’est la politique « social-libérale » du gouvernement Hollande/Valls qui favorise l’avancée du FN vers le pouvoir. En trahissant sa classe, le PS est condamné à disparaître de la scène politique s’il ne parvient pas à assurer aux entreprises des profits substantiels.

On ne pourrait que s’en féliciter si un parti ouvrier suffisamment fort ouvrait une autre perspective. Ce n’est pas le cas aujourd’hui : le Front de Gauche et ses composantes n’offrent aucune alternative anticapitaliste et tournent le dos au front unique.

Ce ne sont pas les invectives et les condamnations morales qui empêcheront Marine Le Pen ou ses acolytes de parvenir à leurs fins. Marine Le Pen n’arrivera au pouvoir que sur la base d’une défaite politique du PS et de l’UMP. Le FEN sera la roue de secours du capital si l’UMP s’effondre et si la classe ouvrière est vaincue.

Dans ce rapport incertain entre les classes, rien n’est joué car la classe ouvrière n’est pas défaite et ses capacités de mobilisation sont fortes : reste à savoir si les obstacles que constituent les directions capitulardes des organisations ouvrières pourront être submergées, ce qui pourrait favoriser l’émergence de nouvelles formes d’organisation révolutionnaires.

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