Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
5 Novembre 2014
La responsabilité des dirigeants syndicaux est de combattre la politique du gouvernement Hollande-Valls ce qui implique de rompre tout dialogue social. Les acquis ouvriers ne sont pas marchandables !
Une offensive contre les travailleurs …
Depuis sa nouvelle investiture du 16 septembre, Valls et son gouvernement accentuent les coups portés aux travailleurs. Le pacte de responsabilité est la pierre angulaire du dispositif. Il a fait l’objet d’une large concertation avec les directions syndicales. Le gouvernement Hollande-Valls se met entièrement au service de la bourgeoisie française et du MEDEF: dans une interview au Nouvel Obs du 23/10/14, Valls explique sans ambages que le changement promis par Hollande en 2012 c’était de « redresser la France » en faisant en sorte que les entreprises françaises redeviennent compétitives. Pour cela, elles doivent dégager des profits substantiels, lesquels ne tombant pas du ciel, ne peuvent être prélevés que sur la force de travail. Valls explicitant les principales mesures pour 2015 : « baisse du coût du travail et de la fiscalité pour les entreprises, la grande réforme des allocations familiales, la réforme territoriale, la loi croissance et activités, la renégociation de la convention assurance chômage, … ». Le gouvernement Valls-Hollande, en bon valet de la bourgeoisie, lance donc une offensive sans précédent contre les acquis ouvriers :
En clair, le droit à la santé est encore plus mis à mal (cf article Projet de loi santé à venir sur notre site).
Le gouvernement prévoit également d’autres économies sur les dépenses sociales à hauteur de 10 Md€, dont plus de 6 Md€ dès 2015 : 4 Md€, résultent de mesures décidées par le Gouvernement avec « les partenaires sociaux », qu’il s’agisse de la réforme des retraites et notamment du décalage de la date de revalorisation des pensions au 1er octobre, de la convention d’assurance chômage du 1er semestre 2014, des mesures décidées par les partenaires sociaux gestionnaires des régimes complémentaires de retraites ou encore de la réforme de la politique familiale décidée en 2013.
Ce budget d’austérité est censé répondre aux exigences de réduction des déficits qu’impose l’Union européenne aux États, pour que l’Euro soit une monnaie de référence pour les échanges commerciaux. Mais la monnaie unique ne dispose pas des atouts du dollar, seule véritable monnaie internationale. C’est d’ailleurs pour cela que les États-Unis, impérialisme dominant, peuvent continuer à vivre à crédit car le dollar reste une valeur refuge pour les capitaux.
Cet « effort » sera poursuivi et accru en 2015, notamment par la réduction des coûts de gestion des caisses de sécurité sociale, les mesures de maîtrise des dépenses des organismes gérés paritairement et la poursuite de la réforme de la politique familiale. Ainsi, une majorité de députés socialistes a proposé de baisser le montant des allocations familiales de moitié pour les parents de deux enfants à partir de 6.000 euros de revenus mensuels, et divisées par quatre à compter de 8.000 euros. Chaque enfant supplémentaire rehausserait ce plafond de revenus de 500 euros. Cette attaque sans précédent contre le principe d’universalité des allocations familiales sans condition de ressources est donc actée pour économiser ainsi 800 millions d’€. Valls parle de la « grande réforme des allocations familiales » jamais encore mise en œuvre. Il s’agit d’une attaque contre le salaire différé puisque le principe de financement de la Sécurité sociale repose sur les cotisations prélevées sur le revenu salarié qui donne droit en cas d’enfants, de maladie, de chômage et de retraite à une allocation. Le gouvernement fait passer cette mesure comme équitable car pénalisant les familles à revenus aisés mais demain le plafond de ressources pourra être revu à la baisse et même s’appliquer aux autres branches de la Sécu, maladie, chômage ou retraite. C’est du vol organisé par l’Etat et le patronat. La seule mesure équitable serait de ne réserver le salaire différé qu’aux seuls salariés, en excluant les patrons et professions libérales du bénéfice de la Sécurité sociale puisque il s’agit d’une partie des salaires qui est socialisée pour répondre aux besoins familiaux, de santé, de chômage et de vieillesse des salariés.
Dans le PLFSS, le gouvernement entend également économiser 0,7 Md€ dès 2015, dont 0,4 Md€ sur la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) et 0,3 Md€ sur d’autres allocations, en accentuant leur ciblage sur les familles modestes. Le pacte de solidarité du gouvernement, c’est la charité ! Au sein de la PAJE, les mesures d’économies consisteront à baisser le montant de la prime de naissance à partir du 2e enfant. Par ailleurs, la prestation d’éducation de l’enfant sera partagée entre les deux parents en restreignant le congé parental des mères de 3 à 2 ans. Vive l’égalité hommes-femmes ! Enfin, le versement de l’allocation de base de la PAJE sera reporté au mois suivant la naissance de l’enfant. S’agissant des allocations familiales, la majoration pour âge sera repoussée de 14 ans à 16 ans.
… appuyée sur le dialogue social
Valls explique très clairement que la clé de la réussite de cette offensive « c’est la qualité des rapports sociaux et c’est la marque du quinquennat. » On constate aujourd’hui que le résultat du dialogue social est globalement satisfaisant pour le gouvernement. Les conférences sociales qui se sont tenues successivement depuis juillet 2012 ont permis au gouvernement de s’attaquer au code du travail avec l’ANI, aux retraites et de faire des cadeaux au patronat avec le pacte de responsabilité.
Dans l’appareil de la CGT, ce dialogue social qui amène à des reculs importants pour la classe ouvrière, suscite des interrogations voire une opposition. C’est pourquoi, les dirigeants confédéraux ont été obligés de boycotter la 2ème journée de la conférence sociale de cette année. Mais depuis la rentrée, les bureaucrates syndicaux ont repris largement leur place dans les fauteuils des ministères aux côtés du patronat pour discuter de la réforme des seuils sociaux, du projet de loi santé, ou bien encore de la refonte du statut de fonctionnaire. Des négociations sont en cours avec la participation de toutes les fédérations de fonctionnaires sur « la mise en œuvre du dialogue social, l’amélioration des conditions de vie au travail et les parcours professionnels, carrières et rémunérations » où se joue « l’avenir de la fonction publique », rien que çà ! Que font les bureaucrates syndicaux à ces négociations si ce n’est cautionner les futurs mauvais coups qui seront portés au statut des fonctionnaires, sur fond d’agression du patronat contre les statuts protecteurs des salariés ?
A bas le dialogue social ! Il faut imposer aux dirigeants syndicaux de quitter immédiatement toute instance de dialogue avec le gouvernement le Medef !
La responsabilité des directions syndicales est de défendre les véritables revendications et d’engager le combat contre les plans du gouvernement
Les dirigeants des fédérations de fonctionnaires doivent quitter immédiatement ces négociations et organiser le combat sur la base des revendications ouvrières : A bas les projets de lois de finances ! A bas la réforme territoriale !
Les travailleurs ont besoin que leurs organisations syndicales centrent leur combat pour la défense de leurs revendications afin de rassembler la classe ouvrière et la dresser contre le gouvernement bourgeois Hollande-Valls.
La CGT a soutenu du bout des lèvres la grève des pilotes d’Air France contre la mise en cause d’un statut unique entre Air France et sa filiale Low Cost Transavia, quand la CFDT organisait une contre manif contre la grève. Ceci est inamissible !
Alors que les travailleurs sont excédés par la politique bourgeoise du gouvernement Hollande-Valls, alors qu’il était impératif que les directions confédérales de la CGT, de FO, de la FSU et de Sud organisent un combat central contre le pacte de responsabilité, contre les projets de loi de finances de l’État et de la Sécurité sociale, en appelant par milliers et millions les travailleurs à manifester devant l’Assemblée nationale contre ces budgets, la CGT toute seule a organisé une journée d'action contre-feu le 16 octobre non pas pour s’adresser à la majorité de députés PS pour qu’ils ne votent pas ces projets de lois de finances, mais pour « la reconquête de la Sécu » ! Quand on regarde de plus près, les campagnes revendicatives de la CGT ne sont pas très éloignées ni de la politique du gouvernement, ni du Medef puisqu’elles entendent également conditionner des aides octroyées au patronat à sa bonne politique salariale et sociale dans l’entreprise. Il s’agit en fait de leurrer les travailleurs en leur faisant croire qu’une bonne politique industrielle est possible. Or, le patronat est très pragmatique : s’il a investi en Chine, dans l’Est de l’Europe ou au Maghreb c’est en raison des bas coûts salariaux. Il ne réinvestira en France ou en Europe qu’à cette condition. C’est tout le sens de l’offensive de Gattaz. Le rôle du syndicat n’est pas d’assurer des profits au patronat français mais de défendre les salariés contre l’exploitation capitaliste.
S’adresser à la majorité de députés du PS pour interdire le vote des lois de finances
Les travailleurs sont désabusés par la politique totalement bourgeoise que mène le gouvernement Hollande-Valls et ne savent plus à quel saint se vouer. Certains sont tentés par le vote FN (cf FN bulletin.doc) ; la plupart par l’abstention aux élections (comme aux dernières municipales) ; très peu se reportent sur le Front de gauche qui n’appelle pas au rassemblement de toute la classe ouvrière contre la politique bourgeoise du gouvernement. D’autres encore sont tentés par les mouvements « ZADistes » contre de grands projets capitalistes (barrage de Sivens aéroport de Notre-Dame-des-Landes, OL-Land à Lyon, TGV Lyon-Turin, …) même s’ils n’en critiquent que les aspects environnementaux. Ils s’engagent dans un rapport de force avec l’État et la police qui les traquent pour les réprimer ou même parfois les tuer, et dans beaucoup de cas les inculper.
Cependant, la contradiction entre le vote de classe de 2012 contre la bourgeoisie au pouvoir, contre l’UMP et la formation d’un gouvernement à la solde de la bourgeoisie, ne manque pas de traverser les organisations d’origine ouvrière, en particulier le Parti Socialiste. Au sein de la majorité socialiste, les « frondeurs » critiquent ouvertement la politique du gouvernement. Ils étaient 31 à s’abstenir sur la partie recettes du projet de loi de finances et 41 à s’abstenir lors du vote de confiance du 16 septembre au gouvernement. Les frondeurs ne sont pas des révolutionnaires et sont hétérogènes. On retrouve des « aubrystes » comme des députés de la gauche socialiste. Ils réfractent cependant l’opposition à la politique du gouvernement au sein de la classe ouvrière à l'intérieur su PS.
Le Parti socialiste est au bord de l’explosion. Martine Aubry, de retour sur la scène politique nationale, tente de calmer le jeu. Elle joue ainsi les médiateurs entre le gouvernement et les « frondeurs » et ce dans la perspective des États –généraux du PS qui se tiennent jusqu’au 6 décembre. On lit sur le site : « Lancés à l’Université de la Rochelle et se concluant le 6 décembre à Paris, les États généraux des socialistes sont un large processus de consultation militante visant à reformuler l’identité du Parti socialiste face aux grands bouleversements qui traversent le monde et la société. Ces États généraux doivent permettre le renouveau de notre identité en affirmant ce qu’est le socialisme dans le monde contemporain. »
S’affrontent à cette occasion plusieurs lignes dont celle de Valls : « le projet de cette gauche moderne, c’est de combattre tout ce qui aliène et enferme l’individu », « la gauche réinvente le monde dans l’opposition, puis elle gouverne de façon programmatique, mais comme elle ne l’assume pas, elle perd les élections. » « Le verticalisme des partis ne fonctionne plus. » « Il faut bâtir une maison commune dans laquelle chacun se retrouve. » « En 2012, nous avons commis l’erreur de ne pas tendre la main à François Bayrou. Peut-être l’aurait-il refusée, mais nous aurions dû le faire ». La ligne de Valls s'est celle de Blair et de Schröeder c'est-à-dire la liquidation des partis socialistes comme possibilité d'être utilisés par la classe ouvrière contre la bourgeoisie. La preuve encore avec "l'affaire Filoche" qui a osé faire un twitt sur la mort de De Marjorie, PDG de Total : "De Margerie est mort. Famille Taittinger en deuil. Les grands féodaux sont touches. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera-t-il moins ?" Valls a tout de suite répondu en bon valet du patronat que Filoche devait quitter le PS.
Ce à quoi Filoche a répondu : "Depuis quand un Premier ministre décide de qui est membre d'un parti politique ? Je suis très à l'aise au PS et je n'ai pas l'intention d'en partir, surtout avec ce qui se passe. Que veulent-ils ? Saucissonner le PS ? Valls représente 5 % au PS et il veut mettre la main sur le parti, c'est une plaisanterie."
Filoche a raison mais sa responsabilité et celle de tous les frondeurs est d’organiser les 95 autres % de militants du PS contre la politique du gouvernement. Mais les frondeurs de "Vive la gauche" se situent en amendement de la politique du gouvernement et non en rupture. Ils proposent ainsi dans le cadre du projet de loi de finances :
"Réorienter les aides aux entreprises pour cibler celles qui en ont le plus besoin : ciblage de l’utilisation du CICE vers les dépenses d’investissement, de recherche et de formation ; remboursement du CICE en cas de mauvaise utilisation; modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de l’utilisation des bénéfices…"
La crise est si profonde dans le PS que son éclatement est à l'ordre du jour mais au profit de quoi ?
"Vive la gauche" effectue des rassemblements avec EEVL, une partie du Front de Gauche (PC, Ensemble mais sans le Parti de Gauche de Mélenchon qui est anti front unique) pour tenter de capter l'opposition à la politique du gouvernement.
Le collectif "Vive la gauche" demande la tenue d'un congrès et entend replâtrer les institutions de la Vème République en supprimant les mesures autoritaires sur le Parlement comme le 49.3.
Mais cette majorité est prisonnière du Président Bonaparte et des institutions de la VÈME République : Hollande et Valls ont à ce titre menacé de dissolution la majorité socialiste si elle ne votait pas la confiance au gouvernement le 16 septembre.
Il est de la responsabilité de cette majorité socialiste à l'Assemblée d’engager le combat contre le pacte de responsabilité et sa mise en œuvre dans les projets de lois de finances. La classe ouvrière, à l'aide des organisations syndicales, doit s'adresser à la majorité de députés PS et FdG pour qu'elle empêche par tous les moyens l'adoption de ces attaques. Toute mobilisation syndicale doit s'orienter sur cet axe y compris par l'organisation d'une manifestation centrale à Paris devant l'Assemblée nationale pour interdire le vote des projets de lois de finances.
Nécessité de construire un parti ouvrier révolutionnaire
Une telle mobilisation se centrerait de fait contre la politique bourgeoise du gouvernement Hollande-Valls et permettrait ainsi de rassembler les travailleurs avec leurs organisations. Tel doit être également l'objectif des nouveaux regroupements à "gauche". Ce combat n'est cependant pas spontanément avancé par ceux qui se disent à "gauche" car ils sont bien trop respectueux de l'ordre bourgeois. Les travailleurs n'ont que faire de l'ordre capitaliste qui les broie et les condamne au chômage, à la précarité, aux économies de tout ordre ... A la SNCM par exemple, les directions syndicales ont fait le dos rond en attendant de nouveaux navires mais aujourd'hui, l'actionnaire majoritaire met la clé sous la porte et réclame son dû. Alors quelle solution ? Attendre une nouvel actionnaire capitaliste qui n'investira que si les salariés sont moins nombreux et moins chers ? Non : il y a une autre voie, celle d'exproprier les actionnaires (Transdev). Mais qui peut le faire ? Un gouvernement ouvrier anticapitaliste dont le programme serait l’expropriation des groupes capitalistes (notamment et en premier lieu dans les secteurs de l’énergie, transports, pharmacie et laboratoires, agro-alimentaire, …). Pour cela il faut construire un véritable parti ouvrier révolutionnaire. Le groupe Révoltes appelle toutes les organisations qui se disent à "gauche", « anti-capitalistes », « communistes » ou « trotskystes » à discuter de cette perspective.
5/11/2014