Le blog du groupe Révoltes

Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire

La lutte des classes en Chine

Avec ses 1,4 milliards d’habitants la République Populaire de Chine dirigée d’une main de fer par le Parti Communiste Chinois (PCC) a aujourd’hui une organisation de sa production purement capitaliste. En développant les échanges de marchandises et les mouvements de capitaux (achats de dettes), la Chine s’est placée au cœur du système international. La main d’œuvre massive dont elle dispose a attiré les investissements étrangers et poussé des millions de paysans pauvres à l’exode vers les villes. L’exploitation de ces masses semblait presque sans limite mais la Chine laborieuse gronde, se lève et se met en marche. Dans le même temps, la bourgeoisie chinoise relativement peu nombreuse, toujours sous dominance de capitaux étrangers (220 milliards de dollars en 2011), dépend étroitement pour son développement de la mise en place d’un marché intérieur mais aussi du marché des matières premières que le pays importe aujourd’hui massivement : la consommation de pétrole est passée de 4,8 millions de barils par jour en 2000 à 9,1 millions en 2010. Les importations qui s’élevaient à 1,5 millions de barils jour en 2000 ont atteint 5 millions en 2010. Pour le gaz, là où la Chine exportait 3,3 milliards de mètres cubes en 2000, elle en importe 12,2 milliards en 2010.

 

Ainsi la caste dirigeante chinoise doit, pour son maintien, faire face concomitamment à plusieurs problèmes majeurs parmi lesquels :

-          jouer un rôle impérialiste, néo-colonial, dans le rapport qu’elle est contrainte d’entretenir avec les pays fournisseurs de matières premières, notamment en Afrique (interventionnisme y compris sur le plan militaire si besoin comme au Zimbabwe, prise de capitaux dans les secteurs stratégiques ou financement dans la construction d’infrastructures en Afrique subsaharienne …) et chercher à réduire ses besoins en développant des procès innovants moins énergétivores.

-          résoudre le problème de sa monnaie strictement nationale (le yen ne s’échange pas à l’international)

-          augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs chinois pour faire émerger un marché intérieur capable d’absorber les marchandises chinoises et ainsi développer sa bourgeoisie nationale. Cela implique de concéder des revendications ouvrières d’ordre économique (salaires, sécurité sociale, temps de travail …) et politiques (droit d’organisation, liberté d’expression …) sans se laisser déborder

-          réformer le PCC pour permettre l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants capables de résoudre l’ensemble de ces problèmes.

 

Ainsi, la Chine concentre les contradictions inhérentes au mode de production capitaliste : elle a engendré une classe ouvrière nombreuse et concentrée dans des sites industriels gigantesques, surexploitée, et qui aujourd’hui se dresse pour réclamer des conditions de travail décentes et des augmentations salariales importantes ainsi qu’un accès aux libertés démocratiques élémentaires. Les conflits se sont multipliés ces dernières années. La combativité des travailleurs se heurte au système chinois de domination où la répression policière est féroce et où les seuls syndicats existants sont ceux inféodés aux PCC et au patronat.

 

Ce sont pourtant pas moins de 1,84 millions de syndicats qui existent en Chine, regroupant 226 millions d’adhérents. Mais ce sont des syndicats tous affiliés à la centrale unique la Fédération Nationale des Syndicats Chinois (FNSC). Le professeur Chang Kai, enseignant à l’institut des relations de travail de l’Université du peuple de Chine à Pékin, explique que « les grèves se multiplient parce que les syndicats, qui devraient être les soutiens indéfectibles des ouvriers, ne remplissent pas leur rôle ».

La grève chez Honda en 2010, par exemple a été spontanée et organisée sans le soutien du syndicat. En effet, les syndicats n’ont pas été constitués à l’initiative des travailleurs (en conformité avec les statuts) et les dirigeants ne sont pas élus par leurs membres. En fait de nombreux responsables syndicaux sont actuellement nommées et payés par les entreprises qui emploient les travailleurs qu’ils sont censés protéger.

 

Dans le PCC se font entendre aujourd’hui des voix pour réclamer plus d’indépendance pour les syndicats, des élections directes des responsables syndicaux de base. En fait de telles élections ont déjà été testées dans le District de Xuhui, à Shanghai. Il s’agit d’élargir pas à pas les élections directes. L’objectif du pouvoir est bien compris : il s’agit pour lui de mettre en place une nouvelle bureaucratie syndicale sans céder trop sur les revendications des travailleurs. Le pari n’est pas gagné. Mais face à la montée de la lutte des classes le besoin du pouvoir est de mettre en place des instances, crédibles aux yeux des travailleurs mais contrôlées, capables de jouer un rôle de médiation pour empêcher les conflits de s’envenimer.

 

La question fondamentale pour la classe ouvrière chinoise est donc la construction d’une confédération syndicale indépendante du PCC, du patronat (chinois et étranger), de l’État et de ses provinces.

 

Les intérêts politiques des travailleurs chinois ne sont pas pris en charge par le PCC qui au contraire est un obstacle sur la route de leur émancipation. Ils devront construire également un véritable parti ouvrier, indépendant, dont le programme sera axé sur la satisfaction des revendications économiques, démocratiques et politiques du prolétariat chinois.

 

La multiplication des conflits sociaux, la reprise de la lutte des classes en Chine fera émerger cette nécessité de construire des organisations ouvrières indépendantes.

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