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Pourquoi l’expropriation des groupes pharmaceutiques est une mesure de salut public

L’industrie pharmaceutique emploie 79 000 salariés en France en 2014, dont 16 000 visiteurs médicaux chargés de convaincre les médecins de prescrire les médicaments, soit environ 1 visiteur pour 10 praticiens ! Cette activité est orchestrée par les services commerciaux des laboratoires. Le groupe SANOFI - 4° et seul groupe français parmi les 20 premiers groupes mondiaux avec un chiffre d’affaires de 33 milliards d’euros, mais seulement 7° pour le montant des investissements – emploie plus de 100 000 personnes dans le monde dont 27 000 en France. L’Oréal reste le premier actionnaire depuis le départ de Total du groupe.

L’industrie pharmaceutique a vu croître son activité depuis un demi siècle en raison du vieillissement de la population, de l’accroissement des maladies de longue durée (MLD), d’un plus large accès aux soins dans les pays industrialisés ou en développement, des progrès thérapeutiques mais aussi de nouvelles maladies comme le SIDA.

Certes, les besoins en matière de santé sont illimités mais les ressources à leur consacrer ne le sont pas !

La concurrence entre les grands groupes mondiaux est donc rude pour maintenir et augmenter leurs parts de marché et accroitre leurs profits quand on sait que la recherche et la mise au point d’un nouveau médicament, c’est environ 1 milliard d’euros d’investissement.

Alors, faute de réelle innovation, les grands groupes n’hésitent pas à modifier les indications thérapeutiques de leurs médicaments pour en accroître la vente. Et tant que les médicaments seront source de profit, l’antagonisme entre valeur d’usage pour la santé des patients et valeur d’échange pour la recherche du profit maximum demeurera.


L’exemple le plus médiatisé est sans doute le Médiator, médicament des laboratoires Servier mis sur le marché en 1973, et dont les effets nocifs sur le plan cardiovasculaire et pulmonaire étaient connus depuis au moins 1995. Initialement prescrit contre le cholestérol, il fut ensuite préconisé contre le diabète et enfin utilisé comme coupe faim grâce aux propriétés du benfluorex, sa molécule. Il a fallu attendre 2009 pour qu’il soit interdit de vente en France, plusieurs centaines de décès lui étant imputables, et peut-être 1 000 à 2 000 à venir.

Il en est de même pour la surconsommation des antibiotiques qui – non contente de renforcer la résistance bactérienne – enrichit ses fabricants. Les essais cliniques sur les antibiotiques se déroulent dans des conditions obscures, par rétention et manipulation des données. Le problème posé est que ceux qui réalisent les tests d’efficacité des médicaments sont les mêmes que ceux qui les produisent !

On comprend mieux la volonté des groupes pharmaceutiques d’échapper au contrôle des médecins et des malades, et de rechercher le bon vouloir des politiques, ministres de la santé, députés et sénateurs notamment, dont nombre sont des médecins, pour obtenir le sésame, c’est à dire l’autorisation de mise sur le marché. Celle-ci est décidée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) créée en 2010. C’est un établissement public qui a remplacé l’Agence du médicament créée en 1993 à la suite de l’affaire du sang contaminé, puis de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) créée en 1999, celle qui a laissé perdurer le scandale du Médiator.

Mais la composition de ces organismes a donné lieu à de nombreuses critiques puisque les experts qui y travaillent ont des liens étroits avec les groupes pharmaceutiques et ne sont donc pas exempts de conflits d’intérêt et de trafics d’influence.

On attend toujours la réforme du régime de propriété commerciale du médicament. Malgré des campagnes orchestrées par les pouvoirs publics, telle que « les antibiotiques, c’est pas automatique » qui s’adresse aux patients, aucune mesure sérieuse n’est prise contre les groupes pharmaceutiques tant la connivence entre eux et le pouvoir politique est forte. [La prime d’entrée de deux fois 2 millions d’euros royalement attribuée au nouveau dirigeant du groupe Sanofi en est une preuve supplémentaire. Le plafonnement des hauts salaires n’est pas à l’ordre du jour dans le privé !]


Or, cette activité phare de l’industrie capitaliste n’investit que dans la recherche rentable, c’est à dire s’adressant à un marché solvable. Ce n’est pas le cas d’Ebola, née en Afrique en 1976, et qui s’y développe épisodiquement. Aucun vaccin n’a pourtant été développé à temps pour empêcher que l’épidémie en cours fasse des milliers de morts. Tout le monde a dit que les investissements conjugués des groupes pharmaceutiques et des États auraient permis d’éviter cette catastrophe sanitaire. Mais aucune volonté politique n’a été à la hauteur des enjeux. La politique de santé est d’abord pilotée par le profit – quitte à « inventer » de nouvelles maladies pour accroître la consommation de médicaments – et non par les besoins de la population.

On peut en mesurer les résultats cet hiver en France avec une épidémie de grippe aigue qui a engorgé les hôpitaux frappés par les économies drastiques imposées par les Agences Régionales de Santé : fermeture de lits et suppression de postes ne permettent plus d’assurer les soins vitaux aux malades.

Les groupes pharmaceutiques ont construit leur fortune sur le dos des malades et grâce à la Sécurité sociale qui assure – de moins en moins – le risque maladie, le coût exorbitant des médicaments étant un facteur non négligeable de son déficit.

Dans ce domaine – comme dans d’autres – l’expropriation des groupes pharmaceutiques est une mesure de salut public et doit être un point essentiel d’un programme ouvrier.

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