Le blog du groupe Révoltes

Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire

Les questions politiques posées par la mobilisation contre la loi Travail

Mouvement à la base contre conciliation bureaucratique

C’est bien la mobilisation spontanée, à la base, y compris dans les syndicats, dans les lycées et les facs qui a imposé le mot d’ordre de RETRAIT TOTAL du projet de loi travail.

C’est cette même mobilisation spontanée qui, via les réseaux sociaux, pétition et appel Facebook à la Grève générale pour le 9 mars, a lancé le mouvement, alors que les directions syndicales se contentaient fin février de critiquer le projet de loi et de demander poliment au gouvernement d’en retirer quelques aspects.

Les coordinations étudiantes et les syndiqués ont déclaré que ce projet de loi n’était NI NEGOCIABLE, NI AMENDABLE. Mais cette exigence n’a pas été entendue par les responsables syndicaux salariés et étudiants qui ont continué à rencontrer le gouvernement et les parlementaires, se situant de fait sur le terrain des amendements.

Après la manifestation du 9 mars, qui a rassemblé 500 000 manifestants, du jamais vu depuis les élections de 2012, après celle du 31 mars avec plus de 1 million de manifestants, la perspective de la grève générale était ouverte.

Mais les directions syndicales ont multiplié les journées d’action : le samedi 9 avril puis le 28 et le 12 mai, le 17, le 19.

De ce fait la mobilisation a commencé à faiblir alors que les députés commençaient l’examen du projet de loi.

La CGT réunie en congrès à Marseille, sous l’impulsion gauchiste (notamment du POI), lançait un appel à la reconduction de la grève boîte par boîte alors que le projet de loi arrivant à l’Assemble nationale, c’était à l’Assemblée qu’il fallait manifester en masse.

L’appel des Goodyear a bien ciblé l’enjeu de la mobilisation : aller manifester en masse, à plus d’un million à Paris. C’est bien pour cela, que l’appareil confédéral les a empêchés de s’exprimer au 51ème congrès. L’art des contretemps est l’art des contre-révolutionnaires.

Un autre gouvernement était possible, un gouvernement issu de la majorité PS-Front de gauche

Le mouvement spontané encore une fois, a réagi à l’annonce de Valls de faire passer son projet de loi Travail, faute de majorité parlementaire, par le 49-3, arme ultime des institutions de la Vème République bonapartiste.

La pétition Facebook appelait à interpeller les députés ; la direction de la CGT a également organisé en avril l’interpellation de tous les députés, y compris des partis totalement bourgeois ; le 3 mai, un rassemblement sous forme de pique-nique était organisé aux Invalides, non loi du Palais Bourbon. Un petit groupe a tenté d’aller manifester à l’Assemblée nationale.

Ce qui a manqué dès le commencement de l’examen du projet de loi en commission puis en séance plénière, c’est que la mobilisation soit organisée centralement par toutes les directions syndicales, en direction de l’Assemblée Nationale, pour interdire aux députés, à la majorité du PS de voter la loi.

Rappelons en Grèce il y a quelques années, quand les masses manifestaient sur la place Syntagma, devant le parlement contre les mesures d’austérité : les députés étaient obligés de s’y rendre en hélico !

Sur le terrain parlementaire, c’est le 49-3 qui a été imposé par Valls et ses valets à l’Assemblée. Les frondeurs du PS n’ont pas été capables de présenter une motion de censure de « gauche ». Menacés d’être exclus du PS par Valls, certains ont refusé de la soutenir et elle n’est pas passée à deux voix près. Il n’était pas concevable, comme l’ont fait les députés PC de voter une motion de censure des Républicains, qui fustigent le gouvernement de n’être pas assez ferme avec la « chienlit », utilisant les termes des gaullistes contre Mai 68.

La jonction entre la mobilisation dans la rue et l’opposition des frondeurs à l’Assemblée était possible et nécessaire. Un autre gouvernement était immédiatement possible : un gouvernement débarrassé de Hollande et Valls, un gouvernement issu de l’opposition au sein du PS alliée au Front de gauche (PCF-PG).

En l’absence d’un parti ouvrier révolutionnaire en France, les travailleurs ont besoin de l’unité de toutes les organisations qui ont encore un lien avec la classe ouvrière, ils ont besoin d’un Front unique pour défendre un programme ouvrier.

La majorité de députés du PS, y compris les parlementaires du PCF et du PG, n’a pas été élue pour mettre en place cette politique mais pour rompre avec la politique de Sarkozy, avec la politique en défense du capital et du patronat.

Nous, militants du Groupe Révoltes nous n’avons aucune illusion, ni en ces députés PS, PCF ou PG, ni dans les institutions de la Vème République qui permettent au gouvernement de museler l’opposition  à l’Assemblée Nationale.

Mais en l’absence d’un parti ouvrier révolutionnaire indispensable pour conquérir le pouvoir et en finir avec le capitalisme, nous n’avons d’autre choix que d’utiliser les organisations dont nous disposons : au plan syndical (CGT, FO, Solidaires, SUD) et au plan politique (NPA, PCF, PG et frondeurs du PS).  Nous n’avons pas plus confiance dans les bureaucraties syndicales que dans les partis qui jusque là, face à l’histoire, ont toujours conduit les masses à l’impasse.

Mais il y a une contradiction majeure entre le vote de 2012 qui a porté les candidats du PS et dans une moindre mesure du Front de gauche au pouvoir, à l’Élysée et à l’Assemblée Nationale et la politique d’un gouvernement non élu.

Les institutions de la Vème République sont anti-démocratiques et bonapartistes. Le Président gouverne au-dessus des partis et est garant de ces mêmes institutions bourgeoises. Le simple vote, même s’il est nécessaire au moment des élections pour chasser les partis bourgeois du pouvoir ne peut être une fin en soi permettant la défense des intérêts de la classe ouvrière.

La mobilisation contre la loi travail s’est de fait centrée contre toute la politique du gouvernement Hollande-Valls. Il ne pouvait reculer sur cette loi qu’en étant menacé de sauter. C’est bien ce qu’ont cherché à éviter à tout prix les dirigeants syndicaux inféodés à l’État bourgeois en refusant d’appeler à la grève générale, grève politique contre le gouvernement.

Au-delà, on ne peut se débarrasser du PS qu’en construisant un véritable Parti Ouvrier Révolutionnaire en France et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire dans le monde.

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