Benoît Hamon représente « l’aile gauche » du Parti socialiste. Il a dirigé les MJS pendant de nombreuses années. Sa désignation à la Primaire socialiste témoigne de la recherche d’une partie de militants socialistes mais aussi de salariés de se doter d’un outil pour empêcher les dirigeants du PS de continuer de mener une politique pro patronale à l’image de ce qu’a produit le quinquennat de Hollande.
Il exprime aussi leur volonté d’empêcher le retour des partis bourgeois au pouvoir, LR ou FN. De ce fait ce vote n’est pas un vote d’adhésion au programme de Hamon.
La survie du PS en tant que parti d’origine ouvrière que les masses ont utilisé régulièrement sous la Vème République contre les partis bourgeois, était un des enjeux de la période. L’option Valls aurait signifié la liquidation du parti sur la « droite ». Cela dit, le vote Hamon ne signifie pas que le PS soit de ce point de vue définitivement sorti d’affaire.
Pourtant ce vote est également emprunt d’illusions notamment quant à la possibilité que le PS défende un programme satisfaisant les intérêts des travailleurs par un simple bulletin de vote.
Les éléments de programme connus ne remettent pas en cause le système capitaliste mais font croire que les salariés vont gagner en pouvoir d’achat sans trop prendre aux capitalistes. Il encourage également clairement la collaboration de classe.
C’est pourquoi, les travailleurs doivent lui opposer un programme de défense de la classe ouvrière et non de compromis de classe avec le patronat.
- le revenu universel est un leurre pour les travailleurs (cf article) car il ouvre la porte à la remise en cause du financement de la Sécurité sociale par le salaire différé (la différence entre le salaire brut et le salaire net constitue le salaire socialisé assurant la solidarité)
- l’augmentation des minimas sociaux ne doit pas seulement être de 10 % comme l’annonce Hamon mais les minimas sociaux comme les salaires doivent être annexés sur l’inflation
- l’abrogation de la loi Travail et la réduction du temps de travail annoncées par Hamon doivent non seulement être effectives mais doivent remettre en cause également l’annualisation et la flexibilité du temps de travail des lois Aubry
- les « nouveaux droits » pour les salariés avancés par Hamon ne doivent pas signifier l’accentuation de la cogestion (meilleure représentation dans les instances de direction, "droit de veto" aux représentants des salariés sur les décisions stratégiques dans les comités d'entreprise des grandes sociétés de plus de 2 000 salariés, représentation des représentants des salariés dans les conseils d’administration …) qui ne servent qu’à renforcer la bureaucratie syndicale et in fine à maintenir l’exploitation capitaliste
- la "taxe sur les robots" pour financer la protection sociale occulte le fait que c’est le travail qui produit de la valeur et qui est extorquée par le patron. Taxer les robots c’est indirectement taxer les travailleurs. La protection sociale doit donc être financée par les cotisations patronales qui doivent être augmentées si besoin
- la modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction "de la part de bénéfices réinvestis" masque le fait que les bénéfices sont réinvestis quand le profit espéré par la capitaliste est plus grand. L’IS ne peut donc être modulé en fonction de ce critère mais doit être augmenté.
- le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) qui est un cadeau éhonté fait au patronat doit être supprimé et non "conditionné à la réalisation d’objectifs de création de postes, de progrès écologiques, et d’une réduction du temps de travail"
- la promesse faite aux artisans pour avoir la même couverture que les salariés amenuise le financement de la Sécurité sociale, conquête des travailleurs arrachée au patronat car c’est le régime général des travailleurs qui couvrira les besoins de la caisse des artisans et professions libérales alors même que leurs revenus sont également tirés de leur capital
- la fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG, loin de supprimer la CSG injuste pour les travailleurs, l’entérine. Il faut renforcer la progressivité de l’impôt sur les revenus (et abroger le prélèvement à la source qui mène à la fusion IR / CSG). Il faut supprimer la CSG, augmenter les cotisations patronales pour financer la Sécu et augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu en augmentant le nombre de tranches d’imposition, dont les taux doivent être plus proportionnels aux revenus
- la fusion de la taxe foncière avec l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) tend à dissoudre l’ISF dont le seuil et le taux doivent être augmentés
- ce n’est pas un moratoire sur le Pacte de stabilité ni l’annulation de la dette accumulée depuis 2008 par les pays européens les plus endettés qu’il faut imposer mais l’annulation de toutes les dettes des États