Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
12 Octobre 2017
Les violences policières perpétrées par le gouvernement Rajoy pour empêcher la tenue du référendum en Catalogne le 1er octobre ont choqué profondément les travailleurs espagnols, mais aussi en Europe et dans le monde. Le gouvernement bourgeois Rajoy démontre ainsi que l’Etat monarchique espagnol, hérité du franquisme, s’inscrit dans la lignée de la dictature. La bourgeoisie espagnole ne tolèrera pas les revendications indépendantistes catalanes, parce qu’il ne tolérera aucune remise en cause de la Constitution de 1978 qui a jeté les bases de l’actuel Etat espagnol.
Depuis 2011 les travailleurs espagnols subissent de plein fouet les mesures d'austérité. Les mobilisations comme le mouvement d'occupation des places dit du « 15 – M » n'ont pas permis de résoudre la question centrale de la constitution de 1978 qui laisse pourtant une place prépondérante, sur le plan politique et économique, à la monarchie et à l'église catholique. L'Eglise, le roi et les "grands" d'Espagne demeurent les principaux propriétaires terriens du pays.
En soutenant la perspective d’une République catalane indépendante, nombre de travailleurs catalans espère en finir avec la monarchie espagnole et l’Etat bourgeois central, imprégné de la dictature de Franco.
Dans cet objectif, plusieurs organisations ouvrières catalanes, en particulier la CUP (Candidatura d'Unitat Popular, sorte de Front de Gauche indépendantiste) ont soutenu la création de l’alliance Junts Pel Si (Ensemble pour le Oui), avec deux partis indépendantistes bourgeois : l’ancien CDC (ConvergènciaDemocràtica de Catalunya) rebaptisé parti démocrate européen catalan (Pdecat) et l'ERC. C’est de cette alliance qui a remporté d’une courte tête (48%) les élections régionales de 2016, qu’est issu l’actuel gouvernement de Carles Puigdemont, qui - comme annoncé – a organisé le référendum indépendantiste.
Pour autant, le gouvernement catalan dirigé par Carles Puigdemont n’affrontera pas de manière décisive le gouvernement Rajoy. Seule la classe ouvrière en Catalogne, alliée à tous les travailleurs d’Espagne, est à même de combiner les revendications politiques, démocratiques, indépendantistes et les revendications économiques et sociales.
Plusieurs conceptions s’affrontent dans le projet indépendantiste.
Parmi les travailleurs, l’indépendance serait à même de permettre une rupture avec les institutions réactionnaires de la bourgeoisie et de l’Etat espagnol, issues du franquisme.
De son côté, la petite bourgeoisie catalane, symbolisée par le PDeCat, rêve de s’affranchir du capital financier et surtout de l’Etat central, qui ponctionne une part très importante de son PIB (8%).
Le projet s’est accéléré par la crise de 2007-2008, qui a mis à jour toutes les failles de l’économie espagnole, et lessivé tant la classe ouvrière que la petite bourgeoisie catalane à travers l’explosion du chômage, l’effondrement des salaires et la fin du boom immobilier qui avait alimenté une croissance économique artificielle durant les années 2000.
Le projet indépendantiste était pourtant encore minoritaire il y a quelques années. Mais en 2010, le Tribunal Constitutionnel a annulé le statut d’autonomie de la Catalogne négocié en 2006 avec le gouvernement Zapatero (PSOE), témoignant de la guérilla judiciaire mené constamment par le Parti Populaire (PP).
Lors des élections générales de 2015 et 2016, la Catalogne avait porté en tête la liste de Podem, déclinaison catalane de Podemos, non indépendantiste mais favorable à une solution négociée. La victoire du PP aux élections de 2016, le blocage institutionnel et les coupes demandées au budget catalan pour satisfaire la politique d’austérité de Rajoy ont achevé de fermer toute perspective dans le cadre de l’Etat espagnol, pour une bonne partie de la classe ouvrière catalane.
Pour autant, la classe ouvrière peut-elle s’allier avec la bourgeoisie catalane pour mener son projet politique ?
Cette ambition n’est pas nouvelle, puisque le parti indépendantiste catalan ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) qui dirige le parlement catalan avait déjà mené le même combat dans les années 30.
Pendant la guerre civile espagnole, le débat fit rage au sein du mouvement ouvrier entre les tenants d’une révolution par étape d’abord bourgeoise puis socialiste, et les bolchéviques, dirigés par Trotsky. Les premiers emprunts de stalinisme berçaient ainsi d’illusion les masses pour les faire adhérer au Front populaire, alliance avec la bourgeoisie.
Mais la bourgeoisie, quelle qu’elle soit, parce qu’elle est intrinsèquement liée à la propriété privée des moyens de production et de ce fait au maintien de l’ordre bourgeois, ne peut anéantir définitivement les institutions réactionnaires. La politique de Front populaire de conciliation de classes, ne peut mener qu’au fascisme quand la bourgeoisie est acculée par la crise économique et par les masses révolutionnaires.
Depuis le 1er octobre, les événements ont démontré l’impasse qui attend les indépendantistes bourgeois catalans, privés de tout soutien des autres bourgeoisies (à l’exception de la bourgeoisie flamande). La reconnaissance par les puissances impérialistes, en premier rang desquelles l’Allemagne et la France, est en effet indispensable. Seule une intégration au sein de l’UE lui permettra de s’assurer un accès aux marchés européens et à fournir des débouchés pour ses biens industriels.
Or si les puissances impérialistes n’ont eu aucune hésitation à appuyer les indépendances qui ont permis le dépeçage de puissances rivales, telles que l’URSS et la Yougoslavie (de la Slovénie à la Croatie et au Kosovo), elles ne peuvent se payer le luxe d’une crise majeure en Espagne, tant d’un point de vue financier (par crainte de l’effondrement de l’Etat Espagnol et sa montagne de dettes libellées en Euro) que politique, par la crainte d’une possible irruption des revendications de la classe ouvrière dans les ruptures induites par l’indépendance.
Comme au Québec en 1995, comme en Ecosse en 2015, le processus d’indépendance ne peut qu’échouer s’il est dirigé par la bourgeoisie ; et il peut mener, dans le cadre d’une situation économique et politique dégradée, à une sévère répression.
Pour les travailleurs catalans, ce n’est pas ce gouvernement dirigé par la bourgeoisie qui pourra satisfaire leurs revendications économiques et sociales. L’indépendance ne peut être qu’une indépendance de classe, vis-à-vis de la bourgeoisie, qu’elle soit d’origine catalane ou espagnole.
Aujourd’hui, la seule issue est de pouvoir se rallier l’appui des travailleurs espagnols, dans leur combat contre la Constitution de 1978. La propagande anti-catalane déversée par la bourgeoisie espagnole est en effet reprise par nombre d’organisations ouvrières, qu’il s’agisse du PSOE, soutien indéfectible de Rajoy, mais aussi les syndicats (CCOO, UGT), qui dans une déclaration commune, s’inscrivent dans la défense de l’Etat Espagnol, condamnent les indépendantistes plutôt que la répression d’Etat afin d’éviter « toute confrontation sociale », et en appellent à Rajoy pour mettre en place un processus négocié.
Pour affronter le gouvernement Rajoy, il faut que se réalise le Front unique ouvrier des partis et syndicats ouvriers, espagnols et catalans, entre les organisations qui se proclament aux côtés des travailleurs et des précaires, entre partis et syndicats.
Ces organisations doivent appeler à la mobilisation des masses espagnoles pour en finir avec le gouvernement Rajoy, la constitution de 1978 et la monarchie.