Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
22 Février 2015
En Grèce, en France, dans toute l’Europe, les travailleurs doivent imposer l’annulation totale des dettes sans condition !
Les travailleurs ont porté SYRIZA au pouvoir pour en finir avec les politiques d’austérité
Le 25 janvier dernier, le parti SYRIZA, largement issu d’une scission du Parti Communiste Grec remontant aux années 60, remportait les élections législatives. Avec un peu plus de 36 % des voix, il obtient 149 députés, à deux sièges de la majorité absolue au Parlement.
Les travailleurs ont voté massivement pour Syriza (2,2 millions de voix sur 10 millions d’inscrits, plusieurs millions – 36% - s’étant abstenus), pour en finir avec la politique d’austérité menée par le parti socialiste grec, le PASOK et le parti bourgeois de la « Nouvelle démocratie ».
Le défaut de paiement de la dette grecque, suite à la crise économique et financière et aux dissimulations de l’ancien gouvernement bourgeois de Nouvelle Démocratie, révélées fin 2009, mettait en péril tout le système financier international.
Le mal nommé « plan de sauvetage de la Grèce » de 2012, conduisait en fait non à sauver le pays, mais à sauver les banques grecques, mais surtout françaises et allemandes, qui ont pu se faire racheter à bon prix leurs titres de dette, après avoir prêté inconsidérément, puis asphyxié le pays en pratiquant des taux usuraires qui ont parfois dépassé 10% . Ainsi, les seules banques françaises et allemandes possédaient ensemble près de 30 milliards d’euros en 2010, et à peine quelques centaines millions d’euros en 2012. Mais la dette totale du pays est restée quasiment la même, et a ensuite continué à gonfler en 2013 et 2014 pour atteindre aujourd’hui 320 milliards d’euros.
Suite au « plan de sauvetage », la dette a été ainsi massivement transférée des banques privées aux Etats européens, directement ou indirectement via la BCE (70% du total, dont 40 milliards d’euros environ pour la France). A cela s’est ajoutée une aide du FMI. Dès lors, le pays est passé sous le contrôle de la « Troïka », véritable état-major capitaliste représentant les créanciers, composé des l’Union européenne, de la BCE et du FMI, qui a ordonné de saigner les acquis sociaux (baisse des salaires, report de l’âge de la retraite, augmentation des prix, vague de privatisations, coupes dans les budgets publics et sociaux …) – à travers le fameux « mémorandum ». Et c’est logiquement la Troïka et le mémorandum que le prolétariat grec a combattu lors des nombreuses et puissantes mobilisations
Pour un gouvernement du Front unique SYRIZA - KKE
Le lendemain des élections, SYRIZA annonçait former un gouvernement avec le parti des « Grecs indépendants », ANEL. Mais ce parti bourgeois est issu d’une scission du parti du capital, la « Nouvelle démocratie ». Il défend l’Église, l’Armée et le capitalisme grec. Il est lié en France au parti de Dupont-Aignan, souverainiste, représentant les couches de la bourgeoisie française les plus hostiles à l’Union Européenne. Cette alliance est contre-nature, et contraire au vote ouvrier pour SYRIZA. Aucune alliance avec un parti bourgeois. Pas de gouvernement avec le parti des Grecs indépendants ! Telle est la signification du vote des travailleurs en Grèce. SYRIZA tente d’effacer cette réalité pour s’affranchir du vote ouvrier qui les a portés au pouvoir et mettre en place une politique sociale-démocrate c’est à dire une gestion « à visage humain » du capitalisme. Les travailleurs doivent imposer un gouvernement d’alliance des partis d’origine ouvrière SYRIZA et KKE. Une majorité absolue est possible avec ces deux seuls partis. De ceux-ci les travailleurs pourraient exiger une politique anticapitaliste.
Le programme de SYRIZA : un programme d’inspiration social-démocrate
Mais telle n’est pas et n’a jamais été l’orientation de SYRIZA qui porte un programme social-réformiste, qui voudrait concilier mesures sociales et économiques en faveur des masses et remise sur pied d’un état bourgeois efficace, dans la perspective d’un rétablissement d’un capitalisme grec.
Les mesures sociales annoncées sont nombreuses et visent à soulager les masses asphyxiées:
-Hausse du salaire minimum de 580 à 751 euros et rétablissement du 13ème mois pour les retraites inférieures à 700 euros ;
-Création de 300.000 emplois pour 5 milliards d’euros ;
-Arrêt de certaines privatisations ;
-Octroi d’aides alimentaires et sociales aux plus pauvres à hauteur de 2 milliards d’euros (prise en charge des dépenses d’électricité pour 300 000 familles en dessous du seuil de pauvreté, allègements fiscaux pour le fuel domestique, subvention pour l’alimentation de familles pauvres, aides aux retraités, baisse du prix des titres de transport pour les chômeurs de longue durée, etc.).
Mais tout aussi importantes sont les mesures qui visent à redresser le capitalisme grec, avec notamment :
-Le soutien de la croissance économique, pour un montant de 6,5 milliards d’euros, et comprend, notamment, la suppression des taxes foncières pour les petits propriétaires et le relèvement du seuil de revenus imposables pour les particuliers ;
-Une nouvelle banque d’investissement serait créée ainsi que des banques spéciales pour couvrir des besoins de financement spécifique.
Ce programme tente de concilier l’inconciliable : des mesures ouvrières tant décriées par la presse bourgeoise européenne et en même temps des mesures en faveur de l’État capitaliste grec.
Mais une partie de ce programme entre en complète contradiction avec le programme de la Troïka qui n’a cessé d’exiger la vitrification de tous les acquis sociaux, des salaires, de la protection sociale du prolétariat grec, et l’engagement de la privatisation totale de tous les biens publics grecs. En tant que représentant des créanciers, la Troïka est en mesure de suspendre du jour au lendemain son aide financière, et d’envoyer au tapis l’Etat et l’économie grecque du jour au lendemain.
La politique de SYRIZA peut-elle mettre fin à l’austérité ?
Quelles sont alors les options qui s’ouvrent pour SYRIZA, et au-delà, pour le prolétariat grec ?
La politique annoncée de SYRIZA, pour l’essentiel, consiste à trouver un compromis avec les impérialismes européens – et d’abord l’impérialisme allemand. Il s’agit de desserrer – sans l’annuler – l’étau de l’austérité, afin de permettre la reconstruction et le redémarrage du capitalisme grec, d’une véritable réforme de l’Etat pour mettre en place un Etat bourgeois enfin efficace (impôts, corruption..) ; c’est-à-dire payer la dette moins aujourd’hui mais davantage demain grâce à un hypothétique retour de la croissance – mais toujours continuer à la payer tôt ou tard.
Dans cette perspective, SYRIZA réclame la diminution de l’excédent primaire (excédent du budget de l’Etat avant paiement des intérêts de la dette) de 1,5% du PIB au lieu de 4,5% du PIB, et de mettre en place des obligations indexées sur la croissance grecque.
Il s’agit donc pour SYRIZA de trouver l’espace politique suffisant, mais très étroit, combinant mesures minimales de soutien aux masses, redémarrage de l’économie et diminution de la dette, afin d’éviter l’implosion sociale et politique du pays - qui menace à très court terme.
Mais cette perspective apparaît totalement contradictoire et inatteignable. Le redémarrage du capitalisme grec ne peut s’opérer que sur la base du retour de sa « profitabilité », et donc de l’exploitation des travailleurs grecs – ce qui est d’ailleurs la base des exigences de la Troïka, qui exclue toute mesure « sociale » et tout arrêt des privatisations. Quant à la suspension d’une partie du paiement des intérêts de la dette, elle ne pourrait que servir de modèle en Espagne, en Italie, et en Portugal, ce qui générerait des conséquences alors incontrôlables pour le système financier international.
Ce qui est à craindre à court terme, c’est la capitulation de SYRIZA devant les exigences de la Troïka, et la déroute politique du prolétariat grec qui l’a porté au pouvoir, ouvrant la voie à une période de tension extrême.
Contre l’austérité, l’annulation de la dette.
Dans cette situation, la seule solution, que ne défend pas aujourd’hui SYRIZA, est l’annulation pure et simple de la dette. Les travailleurs ont voté Syriza pour en finir avec le diktat de la Troïka. Cette volonté ne peut se traduire que par l'annulation de toutes les dettes de l’État grec.
Cette mesure aurait pour conséquence le « GREXIT » : la sortie de la Grèce de l’euro mais aussi de l'Union européenne. Parce que de telles mesures ruineraient immédiatement le capitalisme grec sur le plan international, seules la mobilisation des masses peut annuler les dettes et mettre en œuvre simultanément un véritable programme ouvrier s’attaquant à la propriété capitaliste en Grèce et investissant pour les masses :
-Arrêt des privatisations (des infrastructures notamment) ;
-Echelle mobile des salaires, indexés sur l'inflation ;
-Echelle mobile des heures de travail pour en finir avec le chômage de masse ;
-Nationalisation des banques ;
-Expropriation des armateurs, confiscation des biens de l’Église orthodoxe ;
-Etc…
Mais la Grèce étant un petit Etat et dépourvu d’industries et de technologies solides, un tel programme ne peut aboutir sans le soutien complet des classes ouvrières des autres pays européens, et en premier lieu des prolétariats français et allemands.
En France, la majorité PS-Front de gauche doit décider d’annuler la dette de la Grèce
En France, toutes les organisations d'origine ouvrières, du PS au Front de gauche ont salué la victoire de Syriza. Mais pour Mélenchon, Syriza doit respecter les traités européens et « l’Allemagne doit payer ». Mélenchon trompe les masses : les intérêts des ouvriers en France sont les mêmes qu'en Allemagne, qu'en Grèce contre leur propre bourgeoisie. Ce n'est pas à l'Allemagne, aux ouvriers allemands de payer la dette grecque, c'est aux capitalistes allemands, français, grecs, etc. de payer, ce n'est pas la même chose !
En France, il faut imposer à la majorité PS-PCF d'annuler la part de la dette grecque détenue par l’État français. Certains diront qu'il y aura un manque à gagner pour l’État de 40 milliards. Cela correspond à peine aux 50 milliards de cadeaux faits par le gouvernement Hollande au patronat, dans le cadre du pacte de responsabilité. Une telle mesure soulagerait immédiatement les masses grecques et ouvrirait une brèche majeure dans les traités européens.
L’Union Européenne n’est qu’une alliance conflictuelle entre Etats capitalistes rivaux, pour créer les meilleures conditions de commerce et d'exploitation des travailleurs. Les traités européens sont le produit d'affrontements entre puissances capitalistes qui dépècent les prolétariats européens.
A bas les traités de l’Union européenne, pour les États-Unis socialistes d’Europe !
Seule l’organisation des travailleurs au sein d’un parti ouvrier révolutionnaire serait en mesure de défendre ce programme qui vient en contradiction avec le capitalisme. C’est ce que visent les travailleurs réunis au sein du Groupe Révoltes.