Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
12 Novembre 2017
L’élection de Macron puis d’une majorité de députés LEMR à l’AN constituent une défaite de la classe ouvrière. Ce fait ne peut être pondéré par les abstentions et votes blancs historiquement élevés que dans la mesure où ces résultats signifient pas un écrasement total des forces de notre classe. Ils laissent penser qu’un potentiel de résistance ouvrière est maintenu, qu’une résistance sur le terrain de la lutte de classes est encore possible.
L’accession au pouvoir d’un gouvernement bourgeois est le fruit de la politique de Hollande. Pendant 5 ans il a conduit une politique pro-patronale alors même qu’il était issu d’un rejet profond de la politique de Sarkozy.
La gauche du PS, les frondeurs, Mélenchon et le PCF, dans une certaine mesure le NPA et LO n’étaient pas capables de s’allier avec les centrales syndicales pour mettre en place un Front Unique Ouvrier (FUO) pour infliger une défaite au gouvernement Hollande sur le terrain de la lutte de classe contre la loi EL Khomri.
L’incapacité de la classe ouvrière à surmonter le dispositif de division, d’éparpillement par les journées d’action saute-mouton des appareils syndicaux, n’a pas permis d’influer sur les appareils politiques.
La défaite de la classe ouvrière avec le vote de la loi travail devait peser jusqu’aux élections de mai et juin 2017.
Le PS était rejeté pas les masses, et dès lors, voué à l’explosion sous l’effort des forces droitières en son sein. Valls en a été un des principaux artisans. Cette explosion est en cours. Certains apparatchiks sont aspirés par Macron, moins nombreux, certains rejoignent Hamon, d’autres s’envolent dans la nature. La débandade conduit à vendre le siège de la rue Solférino, symbolisant clairement la dégringolade.
Strauss-Kahn ressort du bois pour déclarer : « Ce parti qui est le mien - et je le dis avec tristesse - mais c'est comme ça, n'a pas su accompagner la mondialisation, se transformer quand le monde se transformait et donc il est temps qu'il disparaisse ».
Le cynisme de ce droitier est total. Derrière les larmes de crocodile on peut traduire : ce parti d’origine ouvrière a pu encore être utilisé sur le terrain électoral contre la bourgeoisie, il faut désormais gommer toute frontière de classe. Notre analyse est toute inverse : c’est la politique pro-patronale menée par le PS, devenu avant tout un parti d’élus, qui explique le rejet des masses.
Les révolutionnaires ne visent pas à défendre le PS en tant que parti qui trahit la classe ouvrière, ils oeuvrent au contraire pour sa destruction au profit de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire. Mais aujourd’hui, en l’absence d’une telle perspective immédiate, la liquidation du PS profite aux forces bourgeoises, les renforce. On le voit clairement, cela ne profite pas aux autres partis « de gauche ». Elle ne se fait pas au profit de la construction d’un parti ouvrier.
Le PCF est quant à lui profondément divisé sur la question de FI.
Et Mélenchon refuse de construire un parti ouvrier. Il a encore expliqué récemment :
« Nous ne voulons pas être un parti. Le parti, c'est l'outil de classe. Le mouvement, c'est la forme organisée du peuple... La FI doit être un organe utile où les copains distribuent de la nourriture ou aident les gens à demander les prestations sociales auxquelles ils ont droit... Et pour le reste, le mouvement ne fait que des campagnes. Donc quand on nous demande où est la direction, ça peut vous paraître étrange, mais il n'y en a pas ».
On ne fait pas plus cynique comme réponse politique de la part d'un ancien militant révolutionnaire transformé en petit bonaparte. Il réinvente le jeu de la tête et des jambes. A eux l'action, à moi les décisions. Rien d'étonnant à ce que certaines composantes aient décidé de ne plus participer.
Pour leur part, LO et le NPA, n’ont pas œuvré politiquement à la construction d’un FUO. Ils sont restés sur leur crédo habituel du mouvement social, invitant leurs militants à courir dans tous les sens, à être de toutes les actions, participant ainsi à l’éparpillement des forces sans construire une force politique réelle, et refusant surtout toute alliance pour un front unique ouvrier.
En conséquence la classe ouvrière reste sans représentation politique de masse. Cela pèse considérablement dans la période.
Macron a clairement conscience de l’ampleur de l’abstention et du rejet qu’il suscite auprès des masses populaires. Il a donc joué la carte du dialogue social.
Ce que le gouvernement met en place pour les salariés du privé au travers des ordonnances sur le code du travail et ce qu'il prépare pour la fonction publique relèvent de la même logique : positionner la négociation et les droits au niveau local pour la Fonction Publique et au niveau de l'entreprise pour le privé pour situer le débat au niveau où les garanties sont les plus faibles.
Les statuts de la fonction publique, le code du travail, les accords de branches et conventions collectives, … représentent tout ce qu’il faut faire disparaître, pour isoler les salariés !
La conséquence pour les populations sera un recul sans précédent du service public sur le territoire. Pour les citoyens moins de services publics c’est encore plus de précarité !
Le gouvernement Macron nous livre son projet de société : il enlève aux « fainéants », aux « cyniques » et « extrémistes » …
… et donne au plus riches, au patronat et aux banquiers :
Il nous faut, dans les syndicats, dans le Front Social, dans toutes nos interventions, tirer les leçons des mobilisations. Celle contre la loi El Khomri : éparpillement des journées d’action, non rupture des négociations. Mais aussi celles plus récentes de ce début de quinquennat :
Après avoir accepté le cadre de discussions autour des ordonnances, la CGT a appelé à des journées d’action saute mouton les 12 puis 21 septembre, sans FO qui avait été séduite par la méthode du gouvernement.
Dans la même période, chaque secteur ou presque a lancé sa propre journée d’action : la psychiatrie le 26 septembre, les retraités le 28, la métallurgie le 13 octobre, sans compter les dockers, les routiers … ou encore la mobilisation organisée par FI le 23 septembre !
C’est dans ce contexte que la journée du 10/10 a été organisée en intersyndicale large mais uniquement dans la fonction publique, sur des mots d’ordre tendant à vouloir peser sur les discussions salariales avec le gouvernement plutôt que sur un axe de rupture et de combat.
Cette concession faite par la CGT aux autres confédérations syndicales favorables aux ordonnances (CFDT, FO) leur a permis de se refaire une virginité, mais sans résultat sur la suite du mouvement contre les ordonnances. L’unité d’un jour a dès le lendemain été mise à mal puisque seuls la CGT et Solidaires ont appellé à une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle le 19 octobre.
Si on en est là, c’est notamment en raison de la désunion syndicale, instrumentalisée par Macron, qui désoriente les travailleurs et affaiblit l’ensemble du mouvement. La responsabilité est d’abord celles des confédérations favorables aux ordonnances (CFDT, FO…). Mais la responsabilité de la CGT, dans l’intérêt de la lutte contre les ordonnances, était soit de faire changer la position des autres confédérations, soit de les démasquer pour mieux les combattre.
Le code du travail et le statut de la fonction publique ne se négocient pas !
Un des principaux arguments de FO et de la CFDT en faveur des ordonnances a été d’accréditer l’idée que la négociation avec Macron et Pénicaud était susceptible d’améliorer les projets d’ordonnances (et ses futurs décrets d’application) et pouvait bénéficier à l’ensemble des salariés.
De nombreux articles de presse ont pourtant depuis torpillé cette idée. Un des mieux documentés, paru dans le journal en ligne « Les Jours » le matin du 10 octobre, a raconté par le détail comment Macron, Pénicaud et ses conseillers ont menés en bateau l’ensemble des organisations syndicales, y compris FO et la CFDT, en jouant les divisions syndicales (certaines étaient reçues par Macron, d’autres seulement par Pénicaud), en les recevant séparément afin de distiller des informations différentes, en leur faisant miroiter des concessions (qui ne se sont jamais concrétisées), sur la base d’un projet tenu secret jusqu’au 31 août. Tout ça pour s’apercevoir à ce moment-là, très tardivement, que le projet a quasiment tout repris des revendications patronales et que rien ou presque n’a été concédé aux organisations syndicales.
Le négociateur de la CGT, Fabrice Angéi, résume ainsi la méthode dans l’article : « Certaines mesures n’ont jamais été évoquées avec nous. Sur d’autres, on nous avait laissé entendre des arbitrages moins défavorables. On ne peut pas dire qu’on est déçus, ni que l’on se sent dupés, parce qu’on l’avait vu venir. Mais on n’a jamais vécu de tels procédés pour une réforme. C’est une première. »
En d’autres termes, il n’y avait rien à attendre des négociations et on n’a pas été déçu : ces négociations n’ont même pas été honnêtes. Cette méthode a permis de diviser les centrales syndicales si bien que Macron et le gouvernement s’apprêtent à la renouveler pour les nouvelles « réformes » : la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle. La réforme des retraites sera la suivante.
Ce qui est immédiatement à l’agenda politique du gouvernement c’est la liquidation de la Sécurité Sociale (PLFSS 2018), et celle du statut de la fonction publique (début de mise en œuvre dans le PLF 2018),
Dans cet objectif, il a convoqué le 12 et le 13 octobre les organisations syndicales, toujours de façon séparée.
On connaît depuis la campagne électorale le contenu, les objectifs des réformes de Macron. Pour l’assurance-chômage par exemple, un article du 24 avril 2017 de la Tribune en décrivait la philosophie générale, qui forme un ensemble parfaitement cohérent :
Il n’est pas besoin de détailler les ravages d’une telle réforme chez les travailleurs. Un tel projet peut-il faire l’objet d’une « concertation », être négociable ou amendable ? Ou doit-il être combattu ?
Dans la fonction publique, contre les statuts des agents, pour toujours moins de services publics, le dialogue social doit permettre de diviser les syndicats et empêcher un combat frontal Les attaques contre les fonctionnaires se font à travers le programme « action publique 2022 » et les « États généraux de l’action publique », qui constituent un plan inédit de liquidation-privatisation des services publics et des garanties statutaires (salaire au mérite, liquidation de la grille unique...).
Le programme intitulé "Action Publique 2022" est clair quant à l'avenir des missions, et plus globalement du service public :
"À cette fin, ce Comité (Comité Action Publique) s'interrogera sur l'opportunité du maintien et le niveau de portage le plus pertinent de chaque politique publique. Cela pourra notamment le conduire à proposer des transferts entre les différents niveaux de collectivités publiques, des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions. Il identifiera également les chevauchements et les doublons de compétences qui sont source de coûts injustifiés." (Circulaire du 1er Ministre du 26.09.2017).
La mise en œuvre de cette politique impose la casse des droits et garanties des agents.
Aussi, pour désamorcer tout conflit majeur, Macron compte sur le dialogue social et fait le pari que la division syndicale ne permettra pas une mobilisation frontale, d’ampleur et dans la durée.
Dès lors, il est de la responsabilité des organisations syndicales de tout faire pour construire une telle mobilisation.
Les réformes du gouvernement Macron forme un programme d’ensemble au service de la bourgeoisie française, contre les acquis ouvriers. On ne pourra le faire reculer qu'en le combattant. Pour cela, il faut refuser de participer à son « dialogue social » par lequel il veut impliquer les organisations syndicales dans la co-élaboration et la co-responsabilité du démantèlement de tous les droits des travailleurs. Il faut au contraire rompre avec ce gouvernement et en finir avec ce « dialogue social » et cette « concertation » qui n'ont d'autre but que de casser nos mobilisations et désarmer ceux qui veulent combattre.
Nous avons besoin que nos représentants adoptent une position de rupture et de combat contre ce gouvernement. Aucune conciliation n'est possible sur la remise en cause de nos conquêtes sociales et de nos droits.
Au lieu de multiplier, dans un repli corporatiste, les journées d’action, c’est vers le tous ensemble, public, privé qu’il faut travailler.
La confédération syndicale est née de la nécessité de combattre uni, rassemblé en tant que classe, contre l’oppresseur commun. Cette nécessité reste vraie aujourd’hui et ce n’est pas branche par branche que nous pourrons gagner. Les Dockers, après les routiers, ont préservé leurs acquis de branche pour un temps. Mais jusqu’à quand ? La stratégie de division de Macron passe aussi par là : pour éviter un blocage du pays, avec des grèves massives dans tous les secteurs, il a laché sur certains secteurs stratégiques pour interdire un mouvement global. Mais quand il aura laminé les gros bataillons, comme la fonction publique, il reviendra sur les routiers, les dockers, qui alors isolés, se feront bouffés aussi.
Aussi, c’est une riposte globale qui est à l’ordre du jour.
La responsabilité immédiate de la CGT, FO, FSU, Solidaires, SUD … est de dénoncer clairement les attaques contre la sécurité sociale, contre les fonctionnaires et la fonction publique, et contre l’ensemble des travailleurs qui se concentrent dans les projets de lois de finances 2018 et de la Sécurité sociale.
Il faut dire clairement à bas le PLFSS 18 ! A bas le PLF 2018 !
Sur cette base, la responsabilité des directions syndicales et des partis (PS, Frondeurs du PS, FI, PCF, NPA et LO) d’organiser une manifestation massive, centrale à Paris, à l’Assemblée Nationale pour interdire aux députés de voter ces lois.
Les 9 organisations syndicales de la fonction publique ont boycotté la réunion du Conseil Commun de la Fonction Publique (CCFP) le 6 novembre avec Darmarin.
C’est à tous les niveaux que les discussions avec le gouvernement doivent cesser. Nos acquis ne se discutent pas !