Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
6 Décembre 2017
Sources : Révolution Permanente et Le MONDE DIPLOMATIQUE
Quelques rappels historiques :
De 1958 à 1993, le Venezuelal a été gouverné par une alliance sociale-démocrate et sociale-chrétienne scellée par le Pacte de Punto Fijo = union nationale soutenue par les entreprises, l’Etat et les organisations syndicales de l’industrie pétrolière avec l’objectif de redistribuer la rente pétrolière (le Venezuela détient les plus importantes ressources pétrolières connues à ce jour) ; mais ouvriers, paysans et Indiens sont exclus. Règnent une grande corruption et pauvreté.
De 1989 à 93, une politique d’ajustement structurel imposée par FMI/BM contre la dette est mise en œuvre par Caldéra du Nouveau Parti social-démocrate. Cette politique entraîne les émeutes de 1993 (la Carazo) : une féroce répression provoque des centaines de morts.
C’est dans ce contexte d’une société profondément divisée, dont le système politique était totalement délégitimé et les conditions de vie de la population se dégradant de plus en plus, que Chavez – ancien militaire - organise un coup d’Etat manqué en 1992 Il fonde en 1997 le Movimiento Quinta Republica (MVR). L’année suivante il est élu président en mettant en avant un projet qui exprimait la volonté populaire d’en finir avec la misère.
Le chavisme va inverser plusieurs des réformes néolibérales en appliquant une redistribution radicale de la rente pétrolière. Cela permettra le développement de nouvelles clientèles à un Etat qui soutient un projet national et populaire mais qui ne cesse pas pour autant d’être capitaliste.
Le projet initial de Chavez n’est pas très éloigné des orientations du populisme latino-américain : un discours anti-impérialiste, la récupération de la souveraineté nationale, la centralité de l’Etat, un chef de file militaire, des styles de pouvoir politique autoritaires et d’importants programmes de redistribution de la richesse.
Lors de son premier mandat, le gouvernement de Chavez a mis la priorité sur la convocation d’une Assemblée constituante pour la création de la Cinquième République. Avec une large majorité chaviste, la nouvelle Constitution réaffirme le caractère capitaliste de l’économie vénézuélienne avec un Etat fort, qui se réserve l’activité pétrolière et les autres industries d’intérêt publique ou stratégique (métallurgie, énergie). Sur le plan politique, il instaure diverses structures participatives, principalement à l’échelle municipale.
Deux lois votées à cette époque par le gouvernement chaviste ont particulièrement suscité l’opposition du patronat : d’abord, celle relative à la terre et au développement agraire et, ensuite, celle concernant les hydrocarbures.
La première de ces lois a été une tentative tardive de réforme agraire pour limiter le pouvoir des latifundistes et donner une certaine sécurité agroalimentaire aux paysans. Mais sans appui technique, l’agriculture est restée peu productive.
L’expropriation des latifundia s’est limitée aux espaces de plus de
La deuxième permettait de récupérer le contrôle politique et économique sur la PDVSA [Petróleos de Venezuela SA], compagnie pétrolière dont le capital appartient pour l’essentiel à l’Etat] à une époque où le prix du baril était supérieur à 100 $.
Les deux lois ont été cataloguées par le patronat et par l’opposition politique comme étant une atteinte à la propriété privée.
Pendant son deuxième mandat (2001-2007), Chavez a dû affronter une opposition bourgeoise prête à utiliser tous les moyens pour renverser le gouvernement. Cette opposition regroupait des secteurs militaires, des patrons, des partis puntofijistes, la « méritocratie » de la PDVSA et presque tous les médias, sans compter le soutien du gouvernement états-unien. En avril 2002, elle a déclenché un coup d’Etat, mais une mobilisation populaire, appuyée par le secteur clé des militaires, oblige finalement les putschistes à restituer la présidence à Chavez. C’est à la fin de cette même année qu’une grève pétrolière patronale (lock out) a été lancée.
Peut-on parler de socialisme ?
Au lieu de s’orienter vers une diversification productive afin de rendre le pays moins dépendant de la rente pétrolière (le pétrole constitue 95% des exportations) et des cycles économiques internationaux, il s’est employé à augmenter la distribution de la rente [avec des dimensions clientélistes renforcées] et la formation d’un patronat chaviste de caractère commercial et financier [la dite bolibourgeoisie]. C’est ainsi que la « malédiction des ressources naturelles » a fini par enterrer sur le long terme les efforts d’amélioration des conditions de vie en matière de santé, d’éducation, de logement et d’alimentation.
Ensuite, Chavez a fini par réduire son projet de socialisme à un étatisme et à un verticalisme [pouvoir concentré autour de Chavez et d’un secteur militaire]. Au lieu d’accorder davantage de pouvoir politique aux classes populaires, il finit par le diminuer en faveur d’un clientélisme étatique plus important et d’un contrôle bureaucratique du processus.
L’accession de l’ancien syndicaliste Maduro au pouvoir en
Outre la corruption, vieux problème vénézuélien antérieur à l’expérience chaviste, la crise met en évidence les effets négatifs liés au régime rentier pétrolier. Dans le secteur énergétique, le manque d’investissements a provoqué des coupes et des restrictions dans la fourniture d’électricité et a fait sombrer le pays dans une pénurie de gaz naturel et de ses dérivés, alors même que celui-ci possède une des plus importantes réserves reconnues de gaz conventionnel à l’échelle mondiale.
Consciente de la faiblesse de Maduro, la même opposition qui avait affronté Chavez s’est renforcée et a repris vigueur. Rassemblée au sein de la Mesa (table) de Unidad Democratica (MUD), elle réunit une quinzaine d’organisations qui vont de la gauche modérée à l’extrême droite putschiste, chacun ayant son programme propre, son chef charismatique issu de la bourgeoisie.
L’opposition violente, raciste, revancharde et néolibérale était majoritaire à l’Assemblée nationale élue en décembre 2015 avec la volonté de privatiser tous les secteurs nationalisés par Chavez. Les organisations composant la MUD appellent à la mobilisation de rue, avec un degré élevé de violence, n’hésitant pas à lancer dans les rues des escadrons de la mort (les sicarios), organisent des grèves comme celles de juillet qui ont mobilisé des millions de personnes et font campagne pour une intervention étrangère contre le Venezuela de Maduro. Ils ont obtenu le soutien des Etats Unis, de l’UE et de la plupart des Etats latino-américains.
En s’insurgeant contre le régime qui les exclut de la politique distributive étatique ou qui limite sa participation à la distribution de la rente pétrolière, cette opposition cherche à déstabiliser l’Etat par la force. Elle a organisé un référendum contre le gouvernement, obtenant 98% des suffrages mais sur 35% de l’électorat.
Maduro a dissout l’assemblée nationale pour faire élire une assemblée constituante au printemps 2017 : l’opposition ayant appelé au boycott, elle n’a eu aucun élu ! Les dernières élections régionales d’octobre ont donné la victoire aux chavistes avec 54% des voix, résultat contesté par l’opposition qui semble néanmoins déboussolée et très divisée.
En même temps les classes populaires, qui se réfèrent en majorité au chavisme d’origine, se mobilisent contre les autorités, poussées par la faim, par la pénurie de médicaments et de produits de base, et par l’explosion de la violence et de l’insécurité généralisées liée à la paupérisation et à la crise des institutions et du régime. Cette situation a entraîné de violentes manifestations et une croissance du marché noir.
Outre ces graves problèmes de pénurie, les dernières données économiques diffusées par l’Institut national de statistique (INE) vénézuélien et par la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) indiquent pour décembre 2015 une inflation générale de 180,9% et une inflation du prix des aliments de 218%. Dans ce contexte, la dénutrition augmente.
Mais Maduro semble conserver le soutien de l’armée (1/3 des ministres sont des militaires), des syndicats du pétrole et du PSUV mais est progressivement lâché par des fonctionnaires liés du pouvoir. Il a tenté de se concilier le patronat en mettant en place un « Conseil national de l’économie productive », en vain.
Après avoir acquis le soutien des secteurs populaires au début des années 2000, les politiques sociales chavistes ont entraîné une diminution pratiquement ininterrompue de la pauvreté et de l’indigence. Celles-ci atteignaient leur niveau le plus bas en 2012 (soit environ 1/3 de la population). Mais, entre 2014 et 2016, le pourcentage de foyers pauvres monte en flèche, touchant 80% de la population.
Cela démontre l’importance qu’a eue la redistribution sociale de la rente pétrolière, tout en étant en même temps le talon d’Achille du système.
De son côté, la dissidence de gauche du chavisme – dont le noyau est Marea Socialista, un collectif de politiciens et d’intellectuels chavistes critiques dont l’existence précède la crise actuelle – gagne de nouveaux appuis, y compris des ex-ministres de Chavez et de Maduro, des dirigeants politiques, sociaux et universitaires qui critiquent la « rupture des lignes de force constitutionnelles » et l’état de violence qui affecte le pays.
Il existe aussi un groupe lié à Révolution Permanente : La Izquierda Diaro Venezuel qui dénonce la dérive autoritaire de Maduro, la bourgeoisie putschiste et l’impérialisme US mais ne semble pas dégager de perspective politique.
Le Venezuela : un enjeu des relations internationales
Chasse gardée de l’impérialisme américain jusqu’à l’arrivée de Chavez au pouvoir après l’effondrement de l’URSS, le nouveau régime a joué la carte du nationalisme tout en maintenant au pouvoir une bourgeoisie comprador, incapable de développer les forces productives du pays.
Aujourd’hui acculé, le régime est l’enjeu des rivalités impérialistes : depuis les années 2000, la Chine a fortement développé les échanges et les investissements dans tous les secteurs et est devenu le premier partenaire commercial du Venezuela.
La Russie investit également – par l’intermédiaire de Rosneft – dans les hydrocarbures et fournit des armes au régime.
Conclusion
Le « socialisme bolivarien » n’a de socialisme que le nom car le secteur privé n’a pas significativement reculé, les multinationales n’ont pas été spoliées. S’il y a eu redistribution des richesses, il n’y a pas eu expropriation des moyens de production, laissant à la bourgeoisie tous les moyens de prendre sa revanche.
La faible industrialisation n’a pas permis l’émergence d’un prolétariat organisé et indépendant du pouvoir. Le chavisme a réussi à cadenasser les masses dans le cadre d’une « démocratie participative » limitée au niveau communal, sans possibilité de centralisation.
Le régime a su contenir la révolte des masses. Il s’est appuyé sur l’armée et l’armée des pauvres plus que sur la classe ouvrière organisée.
Ce régime est attaqué par toute la presse bourgeoise qui fait semblant d’associer la « révolution » à l’échec économique et à la répression (sans rappeler que la Grèce ou l’Argentine par exemple ont connu ce type de crise) pour mieux convaincre et se convaincre que la révolution est forcément vouée à l’échec.
Mélenchon et la France Insoumise répandent des illusions quant à cette « révolution bolivarienne », présentée comme une transition graduelle du capitalisme vers une société plus humaine et solidaire. JLM a préféré se solidariser avec les gouvernements vénézuéliens plutôt qu’avec les classes populaires. Il a repris l’idée de « partager les richesses autrement » sans remettre en cause la propriété privée des moyens de production, l’idée d’une assemblée constituante pour fonder une VI° république, le referendum révocatoire et le charisme du chef !
Un peu gêné aujourd’hui pour soutenir Maduro, il n’ouvre aucune perspective fondée sur l’auto organisation des masses pour s’emparer des moyens de production et instaurer un pouvoir ouvrier.
Les slogans anti-impérialistes contre les Etats-Unis servent d’écran à une critique du régime, tournant le dos à notre position : « l’ennemi est dans notre propre pays ».
Le chavisme a instauré un capitalisme d’Etat et un nationalisme bourgeois qui n’a rien à voir avec un Etat ouvrier.
La guerre civile fait rage et prépare sans doute le retour des partis traditionnels de la bourgeoisie au pouvoir, accompagné d’une féroce répression contre le personnel politique chaviste mais aussi contre tous les militants ouvriers et la paysannerie opposée aux latifundiaires.