Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
8 Décembre 2019
L’élection le 20 octobre 2019 de Evo Morales dès le 1er tour des élections présidentielles a été dénoncée par l’opposition de droite. Des troubles ont éclaté immédiatement, orchestrés par la droite, le clergé et l’extrême droite bolivienne. Lâché par la police et l’armée, Morales a choisi de démissionner le 10/11 et de s’exiler au Mexique. Jeanine Áñez s’est autoproclamée Présidente par intérim avec le soutien du clergé et des forces armées et policières. Elle a investi le palais présidentiel en brandissant la bible. Mais la façade institutionnelle est une manière de cacher la nature de cette prise de pouvoir : La Bolivie connaît actuellement un coup d'État réactionnaire. Louis Fernando Camacho, le leader du parti d’extrême-droite, représentant des élites blanches de Santa Cruz, est un patron ultraconservateur catholique. Il est lié à l’Union des jeunes de Cruceñista et au Comité Civique de Santa Cruz, organisations fascisantes.
Le nouveau gouvernement a immédiatement reçu le soutien inconditionnel de l'Organisation des Etats d’Amérique latine ? de Trump, ainsi que de 15 gouvernements dans la région, en premier lieu du brésilien Bolsonaro.
Cependant, si ce coup d’état est soutenu par les classes moyennes urbaines, blanches et - catholiques, parmi les secteurs ouvriers, indigènes et paysans, la rébellion grandit.
Une longue tradition de lutte existe en Bolivie, depuis la révolution de 1952 aux puissantes mobilisations des années 2003, 2004, 2006 et 2010. Ces luttes, quand elles ne furent pas initiées directement par la COB (Confédération ouvrières bolivienne), se sont appuyées sur les comités de ville tel FeJuVe (Fédération des conseils de quartier-El Alto). Créés dans les années 70 ils représentent aujourd’hui un véritable double pouvoir. Les travailleurs pauvres souvent d’origine indigène et ayant subi l’exode rural du fait de l’incapacité des gouvernements - y compris ceux du MAS et de la COB – à réaliser une réforme agraire expropriant les latifunda, se sont ainsi dotés de puissants moyens d’action et d’autodéfense.
La FeJuVe et la CSUTCB (Confédération unique des travailleurs paysans de Bolivie) ont répondu au coup d’Etat en mobilisant leurs bases. Les dirigeants de la COB, malgré leur degré de corruption et leur collusion avec le pouvoir bourgeois, ont été contraints d’appeler également à la mobilisation contre le putsch d’extrême droite.
De même des organisations paysannes telles que les ponchos rouges se sont déclarées disposées à combattre physiquement le coup d'État (le slogan " Maintenant, oui, la guerre civile " est le leur). Une rébellion populaire se développe dans les quatre points cardinaux du pays.
Ce coup d'État, avec la fuite de Morales et de son Vice-président Linera, pourra-t-il déclencher une révolution ?
Pour cela il faut identifier les obstacles, ceux que dressent l’état bourgeois (police, armée, constitution) ou le clergé, comme ceux de ses chiens de garde que sont les bureaucraties des appareils politiques et syndicaux des vieilles organisations ouvrières.
Le départ de Morales et de Linera est une capitulation, dans la continuité de leur politique petite bourgeoise. Leur défection, alors que les masses populaires réagissent héroïquement et descendent dans la rue, est une trahison qui affaiblit la résistance au coup d’Etat.
Morales demande à son peuple « de respecter la paix et de ne pas sombrer dans la violence de groupes qui cherchent à détruire les lois » et lance « un appel urgent à la résolution de toutes les différences par le dialogue et la discussion ».
Pendant tout le processus de putsch il a cherché à dialoguer avec ceux qui voulaient le renverser. Il a exhorté à la patience et à la confiance au sein de l’organisation impérialiste des États Américains. Finalement, il n’a pas cherché ni même encouragé la mobilisation de sa base de soutien indigène, ni même des syndicats dirigés par son propre parti.
A l'inverse, appeler à la résistance, s'appuyer sur les organisations de masses ouvrières et paysannes (La FeJuVe, la COB, la CSUTCB), aurait constitué une étape révolutionnaire. Le caractère contre-révolutionnaire de Moralès (et du MAS) lui a interdit une telle démarche.
Un fait est certain : ni le MAS, ni Morales ne peuvent répondre aux revendications des masses : expropriation de toutes les ressources du pays et une véritable réforme agraire.
Seul un gouvernement ouvrier, issu de la COB et des comités de ville comme la FeJuve, pourrait exproprier les ressources minières : il faut non seulement que l'État reprenne le contrôle des mines mais il faut également exproprier les biens des compagnies étrangères (Total entre autres) pour que les mineurs boliviens puissent les faire fonctionner.
Aujourd'hui, la seule perspective politique pour les travailleurs boliviens, la seule issue à leurs mobilisations c'est de mettre à bas les putschistes et mettre en place un gouvernement de la COB et des comités de ville appuyés par la CSTUCB !
Tout le pouvoir à la COB et aux comités de quartier !
Le gouvernement de Macron explique que Moralès a été élu en trichant, qu’il « était un dictateur soutenu par le seul Maduro ». Ils n’ont bien sûr pas condamné le putsch.
La CGT se déclare « pleinement solidaire des travailleurs et de la population de Bolivie. Elle appelle au retour au calme et à la pacification du pays. Elle appelle la communauté internationale à assurer le respect des droits individuels et collectifs dans cette situation éminemment explosive. ». Les organisations françaises d’origine ouvrière doivent non seulement saluer la formidable mobilisation « à mains nues » des travailleurs boliviens contre le coup d’Etat mais ce soutien doit se concrétiser sur des revendications claires :
C’est en mobilisant sur cet axe, contre notre gouvernement bourgeois et impérialiste, que les travailleurs français apporteront la plus précieuse aide à la mobilisation bolivienne.