Le blog du groupe Révoltes

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Le « Redressement productif » des capitaux de la bourgeoisie ?

Le « redressement productif » : un impératif pour le capital financier français

C’est devenue un des plaies les plus brûlantes du capitalisme français. Depuis la mise en place de l’euro, le déficit commercial de la France n’a cessé de se dégrader pour atteindre un niveau très élevé. Le seul déficit commercial en biens (marchandises) atteint un niveau record en 2011 : 73 milliards d’euros, soit plus de 3% du PIB.

Alors certes, la balance des paiements, qui prend en compte non seulement les biens et services, mais également les mouvements de capitaux, est moins dramatique, car les trusts français ayant massivement investi à l’étranger, ils rapatrient des bénéficies qui représentent pas moins de 47 milliards d’euros en 2011. Mais globalement, le déficit reste patent.

L’enjeu est crucial : le déficit de la balance des paiements oblige chaque année le système financier du pays à importer massivement des capitaux étrangers. C’est une fragilité considérable, notamment dans le cadre de l’euro, où le pouvoir monétaire est soumis au bon vouloir de la BCE, et in fine de l’impérialisme allemand, dominant au sein de l’Union Européenne (maîtrise de la fixation des taux d’intérêt, dont la hausse permet d’attirer davantage les capitaux, car ils sont alors mieux rémunérés). Cela introduit une dépendance considérable - les revenus issus de l’étranger étant politiquement toujours beaucoup plus fragiles – et le déficit de capitaux peut conduire jusqu’à la perte de contrôle de pans entiers du capitalisme français, mis à la merci des intérêts étrangers. Le rachat de certaines firmes il y a quelques années (Péchiney ou Arcelor il y a quelques années) ou la mise sous coupe réglée des infrastructures portuaires grecques par les capitaux chinois constituent à ce titre un épouvantail bien réel.

Pour la bourgeoisie, il y a donc une nécessité absolue de rétablir l’équilibre de la balance des paiements. Dans le cadre de l’euro, c’est un impératif pour contrer l’influence déterminante de l’impérialisme allemand ce qui passe inévitablement par le rétablissement de la balance des biens – c'est-à-dire par l’industrie.

 

Le redressement industriel est dépendant du redressement de la profitabilité !

Les organisations syndicales et les partis ouvriers n’ont eu de cesse de promouvoir le développement industriel en l’opposant à l’intérêt des financiers. Ainsi en 2010, bien qu’ayant participé aux Etats généraux de l’Industrie organisés par Sarkozy, la CGT appuyait « le rôle essentiel de l’industrie dans l’économie » tout en dénonçant ainsi les « exigences disproportionnées de rentabilité financière ».

Pourtant dans le système capitaliste, indépendamment de toute morale, le niveau d’investissement dépend d’abord de leur capacité à générer du profit. Le développement de l’investissement dans la production industrielle ne peut passer que par le rétablissement d’une profitabilité suffisante.

Si la « désindustrialisation » est depuis plusieurs années massive et bien réelle, avec la multiplication des fermetures d’usines, c’est bien parce que de nombreuses activités industrielles sont incapables de générer une rentabilité suffisante en comparaison d’autres investissements. L’industrie génère des besoins de capitaux considérables (usines, machines…) qui doivent être immobilisés et ne sont rentables qu’en cas de pleine utilisation sur des durées importantes.

Le cas de PSA est à ce titre emblématique : en 2011, faute de débouché, les usines françaises du groupe ne tournent environ qu’à 60% de leur capacité réelle. C’est dire combien la rentabilité des capitaux investis – en bâtiments, en chaînes de montage - est inférieure à ce qu’elle pourrait, à ce qu’elle devrait être! Pour autant, si spéculer sur des barils de pétrole ou sur l’immobilier est certes plus facile à court terme, les profits industriels sont cependant moins volatils et moins risqués une fois placés dans la sphère de production.

 

Afin d’augmenter la rentabilité du capital, en système capitaliste, il n’y a pas le choix : il faut soit réduire le coût du capital constant, soit réduire le coût de la force de travail. Dans le cadre de l’euro, où l’inflation est strictement sous contrôle de la BCE, et où toute dévaluation est impossible, il n’y a pas de marges de manœuvre pour diminuer le coût du capital constant.

Il faut donc dévaloriser le coût de la force de travail, c’est-à-dire, diminuer le salaire d’une façon ou d’une autre, soit directement, soit de façon détournée.

 

Le poids écrasant du « coût du travail » dans la « compétitivité »

Depuis quelques mois se développe un débat opposant compétitivité « coût » et « hors coût » de la France sur le marché mondial. La première repose directement sur les coûts directs et d’abord sur le coût du travail ; l’autre mettant l’accent sur ce qui n’est pas directement chiffrable (intensité de la recherche, performance de l’organisation, qualification des travailleurs, performance des infrastructures, adaptation des produits….) mais qui participe du coût final du bien produit.

Les organisations d’origine ouvrières, PS, PG et organisations syndicales font croire aux travailleurs que les acquis ouvriers, en terme de conditions de travail et de salaire, peuvent être maintenus en même temps que leurs usines peuvent rester compétitives sur le plan mondial. Ainsi Mailly explique le 5 novembre : « Le problème de la compétitivité française n’est pas liée au coût du travail », et il attend du rapport Gallois « qu’il mette l’accent sur la compétitivité hors coût ». Pourtant, tous ces éléments – recherche, formation… - ne sont pas gratuits et dépendent d’abord de la capacité à les financer, de la margé générée par les entreprises et donc du niveau de plus-value extraite sur les travailleurs…

Ils prennent pour exemple l’Allemagne où le coût du travail dans l’industrie ne serait pas plus élevé. Ainsi, Mélenchon indique sur son blog que selon l’INSEE, « une heure de travail industriel coûtait 33,16€ en France contre 33,37€ en Allemagne ». Prenant l’exemple de PSA, le problème résiderait dans le fait que ses dirigeants seraient « des incapables », qui « suppriment 2000 postes dans la recherche-développement », ce qui « ampute gravement la capacité d’innovation » : il faudrait donc « définanciariser » pour « arrêter de faire passer l’intérêt des actionnaires avant tout ».

Bref, tout ne serait lié qu’à la nullité et à la voracité du patronat…. Mélenchon n’explique cependant pas pourquoi le patron et l’actionnaire allemand ne seraient ni nuls ni voraces, et encore moins où résiderait l’intérêt des actionnaires de PSA : l’action de PSA a été divisée par 10 depuis 2007 ! Quant à la finance, tous les groupes y font justement appel pour financer leurs investissements : ainsi le rival bénéficiaire Volkswagen vient d’émettre un emprunt obligataire de 2,5 milliards d’euros, acquis par des rentiers qu’il devra bien rémunérer lui aussi !

 

L’exemple allemand… de la diminution de la valeur de la force de travail

Car ce que n’expliquent pas les dirigeants ouvriers, c’est que, notamment depuis l’entrée en vigueur des lois Hartz IV en 2004, de nombreux autres éléments différencient les travailleurs français des allemands. Le coût du travail dans les services est notamment bien moins élevé (en l’absence de tout SMIC ou presque), et si le coût des transports, de la construction ou du commerce est plus faible, c’est autant de bénéfices aussi pour l’industrie. Ainsi dans les services, le coût de l’heure de travail n’est plus que de 26,81€ en Allemagne contre 32€ en France ; et certains types de contrats (minijobs notamment) sont totalement exonérés de cotisations sociales.

Dans leur ensemble, les travailleurs allemands ont connu une baisse massive des cotisations sociales… qui s’est traduite par une baisse massive du salaire différé. La réforme des retraites s’avère ainsi dramatique : à l’entrée en vigueur complète de la réforme partir de 2030, un travailleur ayant cotisé en continu 40 annuités ne touchera qu’une retraite plafonnée à 43% du salaire brut moyen, soit 688 € pour un salaire brut de 2.200 € !

 

Et les travailleurs allemands ne disposent que d’un droit de grève extrêmement encadré (il est totalement illégal en dehors des cycles de négociations programmées avec le patronat et sévèrement limité pendant), connaissent certains contrats avec une forte flexibilité et de faibles protections contre les licenciements, ne disposent que de prestations familiales extrêmement réduites…. Bref, tous éléments qui fondent une « compétitivité coût » et « hors-coût » bien plus intéressante que la française, où le CDI, les charges sociales et la contestation des plans sociaux devant les tribunaux restent malgré tout dominants.

En 2004, le gouvernement Schröder parvint à mettre en œuvre les lois Hartz ; les salaires bruts sont plus bas en 2008 qu’en 2002. En France, en 2006, Chirac échoue par la mobilisation de la jeunesse et du prolétariat à imposer le CPE ; les salaires bruts sont supérieurs de 15% en 2008 par rapport à 2002, et le déficit commercial français vis-à-vis de l’Allemagne explose…Et le coût de la valeur de la force de travail n’aurait rien à y voir ?

 

« Pourquoi l’iPhone™  ne sera jamais construit aux États-Unis ?»

Ce qui est vrai pour l’Allemagne l’est encore davantage en Asie. Mais au-delà de l’exploitation sauvage du prolétariat asiatique, c’est aussi toute l’organisation mondialisée de l’industrie capitaliste qui rend impossible le retour à une « bonne » industrie respectant les salaires et les droits sociaux des ouvriers.

Dans une enquête publiée le 09 février 2012 (et publiée dans Courrier International), le New York Times revient ainsi sur le mode de fabrication de l’iPhone™ :

“Il est difficile d’estimer combien cela coûterait de fabriquer l’iPhone aux États-Unis. Dans la mesure où la main-d’œuvre représente une toute petite fraction du coût dans les technologies de pointe, des salaires américains renchériraient tout au plus l’iPhone de 65 dollars [50 euros], estiment des universitaires et des analystes. Or Apple gagne généralement plusieurs centaines de dollars par appareil. En théorie, si l’entreprise les assemblait aux États-Unis, il lui resterait donc encore une marge confortable. Mais ces calculs ne signifient pas grand-chose, car il ne suffirait pas de recruter des Américains pour fabriquer l’iPhone aux États-Unis – il faudrait aussi transformer l’économie nationale et mondiale.” (…)

“Toute la chaîne d’approvisionnement est maintenant en Chine”, confie un ancien dirigeant d’Apple. “Il vous faut un millier de joints de caoutchouc ? Vous les trouverez dans l’usine d’à côté. Un million de vis ? C’est dans l’usine au coin de la rue. Vous voulez que cette vis soit façonnée un peu différemment ? Ce sera prêt dans trois heures.” Huit heures de route séparent l’usine de découpe de verre du complexe industriel où est assemblé l’iPhone [le Parc scientifique et technologique de Longhua, à Shenzhen, dans la province du Guangdong]. Ce complexe, surnommé Foxconn City, a achevé de convaincre les dirigeants d’Apple que la Chine pouvait fournir des ouvriers – et une réactivité – avec lesquels leurs homologues américains ne pouvaient pas rivaliser.

Car rien de comparable à Foxconn City n’existe aux États-Unis.  Ce parc industriel emploie 230 000 personnes, dont beaucoup travaillent six jours par semaine et passent jusqu’à douze heures d’affilée à leur poste. Plus d’un quart d’entre elles sont logées dans les dortoirs de l’entreprise et beaucoup gagnent moins de 17 dollars [13 euros] par jour.  (…)

“Un ancien cadre raconte comment une usine chinoise a sauvé la mise à la société quand il a fallu revoir au pied levé le process de fabrication de l’iPhone, quelques semaines à peine avant sa mise sur le marché. Apple avait modifié l’écran à la dernière minute, ce qui obligeait à réorganiser de fond en comble la chaîne de montage. Les nouveaux écrans ont été livrés à l’usine sur le coup de minuit. Un contremaître alla aussitôt réveiller 8 000 ouvriers dans les dortoirs de l’usine. Chacun eut droit à un biscuit et à une tasse de thé avant d’être aiguillé vers son poste. A minuit et demie, l’équipe de nuit était prête à monter pendant douze heures les écrans de verre sur des boîtiers biseautés. Au bout de quatre-vingt-seize heures, l’usine sortait plus de 10 000 iPhones par jour. “Cette rapidité et cette flexibilité sont époustouflantes, commente l’ancien collaborateur d’Apple. Aucune usine américaine n’est capable de telles performances.” 

Que cherche Montebourg et le gouvernement Hollande-Ayrault  ?

 

Ancien candidat au primaire pour la « gauche » du PS, alors avocat de la démondialisation, Montebourg est devenu ministre au Redressement Productif et en a profité pour éclaircir ses positions.

La « démondialisation » ayant été rangé au placard – elle serait dévastatrice pour la bourgeoisie française qui retire une partie importante de ses profits de l’étranger, c’est-à-dire de l’exploitation de la main d’œuvre dans les autres pays, en Asie notamment – il n’a plus d’autre choix. Le redressement productif ne peut passer que par l’insertion dans le marché mondial, et la rentabilité des capitaux investis doit s’aligner sur celle en vigueur ailleurs.

Le prolétariat est victime de la désindustrialisation : la fermeture d’usines s’accompagne d’un chômage massif. Cependant, dans la situation actuelle, alors que l’appareil de production est entièrement contrôlé (ou presque) par les capitaux privés et que ceux-ci sont libres de s’investir où ils veulent, seule la baisse massive de la valeur de la force de travail sera de nature à rétablir l’investissement de la bourgeoisie dans l’industrie – et la création des emplois correspondants.

Fidèle à cette logique, Montebourg, le 02 novembre, n’hésite pas à lister ses propres revendications en matière de « compétitivité », et notamment le transfert de 19 milliards d’euros de « charges sociales », prônant des hausses d’impôts pour certaines franges de la bourgeoisie, mais aussi la baisse des dotations aux collectivités locales et la fiscalisation des allocations familiales…!  Le 06 novembre, il est le premier à faire l’apologie du rapport Gallois qui mérite selon lui d’être « lu, analysé et respecté », bien qu’il préconise principalement de transférer des charges des entreprises vers les ménages !

 

A cela, il faut opposer l’expropriation des trusts et la planification de la production en fonction des besoins, sous contrôle ouvrier, qui seuls peuvent sortir les masses de la fausse alternative entre exploitation et chômage.

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