Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
21 Avril 2011
Libye : A bas l’intervention militaire impérialiste, ni ONU, ni OTAN. Retrait immédiat des escadrons impérialistes, en premier lieu des avions et bateaux militaires français !
Certes Kadhafi a liquidé des milliers d’opposants à son régime. Mais il ne faut pas oublier que le régime de Kadhafi a été choyé et flatté par les principaux États et institutions impérialistes, en particulier Américains, Français et le FMI. Le gouvernement provisoire en a appelé à l’intervention des puissances impérialistes contre Kadhafi tentant ainsi de canaliser cette révolution au profit des intérêts impérialistes. Ce gouvernement est composé de 31 membres. 8 d’entre-deux représentant Benghazi, les autres provenant d’autres villes du pays (comme Tripoli ou Syrte). Deux membres résident aux États-Unis en qualité d’ambassadeurs. La moitié des membres de ce nouveau gouvernement, formé après la libération de Benghazi, sont d’anciens prisonniers du régime. Un seul d’entre eux faisait partie du gouvernement, il s’agit du président Mostafa Abdhljalil. Les membres du gouvernement ont d’abord été choisis par les différentes tribus du Cyrénaïque puis présentés aux États-Unis et à l’ONU. Ce gouvernement est en contact permanent avec les États-Unis. Sarkozy a rencontré un des membres de ce gouvernement provisoire, s’assurant ainsi que ce gouvernement respecterait les intérêts des impérialismes, des groupes pétroliers, dont Total. Ainsi, il a pu s’agiter pour tenter de prendre la tête de la coalition impérialiste. Mais la Libye est un pays artificiel, regroupant des régions très différentes et des peuplades différentes. Revenons sur ces principales caractéristiques pour comprendre la situation actuelle.
« Comprendre ce qui se passe en Libye »
Notes prises sur le blog : http://au-bout-de-la-route.blogspot.com
En Égypte et en Tunisie, ce sont certes les aspirations à plus de libertés mais surtout les conditions sociales déplorables qui ont déclenché les révolutions.
En Libye, la corruption du clan au pouvoir, l’accaparement de la rente pétrolière et la répression ont provoqué une révolte mais les conditions sociales y sont parmi les meilleures du monde arabe (IDH correct et PIB/H = 11 000 $)
Historiquement, la Libye était sous contrôle Ottoman jusqu’au XIX° s. Mais la province orientale (Cyrénaïque) passe au début du XIX s. sous le contrôle de la confrérie des Senoussis fondée par un arabe d’origine algérienne. Au début du XX s, l’Italie ayant échoué en Ethiopie, conquiert la Libye par une colonisation brutale, proche du génocide, après une guerre italo-turque (1911) dont elle sort victorieuse. Mais son contrôle s’exerce sur la Tripolitaine alors que s’organise une résistance des Senoussis en Cyrénaïque, résistance brisée par les Fascistes dans les années 30. Berlusconi a d’ailleurs payé des compensations à la Libye pour crimes coloniaux.
L’indépendance libyenne est reconnue par les grandes puissances en 1951 : le roi Idriss (chef Senoussis) est mis en place avec l’aide britannique, alors qu’une fraction de la caste dirigeante libyenne souhaitait un rattachement avec l’Egypte.
La Libye ne compte alors qu’un million d’habitants pour un territoire trois fois grand comme la France. Ce territoire regroupe trois régions très différentes (Cyrénaïque, Fezzan, Tripolitaine), mal reliées entre elles, faute d’infrastructures, très arriérées, où nomadisme et esclavage n’ont pas disparu : le royaume dépend en fait des subsides des Etats-Unis et de la Grande Bretagne qui y possèdent des bases militaires.
Le pétrole n’y est découvert par un Texan qu’en 1954. Mais le développement reste faible car la rente pétrolière est accaparée par le clan Senoussis. En 1969, trois officiers renversent le roi, dont Kadhafi, l’armée étant la seule institution nationale.
Kadhafi est un « nassériste », partisan d’un « panarabisme révolutionnaire » contre la mainmise des impérialismes occidentaux sur le Moyen-Orient. Il nationalise les hydrocarbures, développe les infrastructures routières, sanitaires, scolaires. Mais il fonde un capitalisme d’Etat sans créer d’institutions démocratiques, ni même de parti capable de soutenir sa révolution. Les Senoussis se sont exilés.
Nasser meurt en 1970 et avec lui, l’ambition d’une fusion Egypte-Libye. Les Etats-Unis obtiennent le soutien de Sadate qui reconnaît Israël. Dans les années 80, le prix du baril de pétrole chute (prix divisé par 4 par accord entre Reagan et l’Arabie Saoudite) ; en 89, l’URSS s’effondre sous le coup de la mobilisation des masses, à la suite de la restauration progressive du capitalisme permise par l’appareil stalinien : les pays arabes opposés aux Etats-Unis se retrouvent isolés. Kadhafi choisit alors de financer des mouvements terroristes.
Il avait échoué dans les années 70 à contrôler le nord du Tchad d’Hissène Habré soutenu par la France. Il avait contre lui toutes les puissances occidentales alors qu’à l’intérieur, il ne disposait pas de forces politiques nationales : il s’est voulu le leader charismatique d’un pays divisé, sans autre source de développement que les hydrocarbures. Il a d’ailleurs privatisé des pans entiers de l’économie dans les années 2000 : devenu plus « fréquentable », il apporte même son soutien à la lutte contre les islamistes…
Aujourd’hui, des fractions de la population, notamment dans la jeunesse, se sont dressées contre la dictature. Mais la Cyrénaïque réclame sa part du gâteau et il est significatif que les insurgés de cette province agitent le drapeau royal du temps où elle dominait le pays. On a à faire davantage à une guerre civile entre clans libyens, dans laquelle ne se dégage aucune force démocratique.
Face à la déstabilisation de la Tunisie et de l’Egypte, les puissances impérialistes – en crise – avaient toutes les « bonnes raisons » d’intervenir militairement contre un Kadhafi affaibli et isolé, alors qu’elles ne l’ont pas fait en Tunisie ni en Egypte (où les Américains soutiennent l’armée), pas plus qu’elles n’interviennent en Syrie, au Yémen ou à Bahreïn…où les populations subissent une répression féroce des régimes en place.
Depuis quand d’ailleurs les puissances impérialistes interviennent-elles pour sauver les peuples de massacres ? Qui peut croire que Sarkozy, meilleur ami des Kadhafi, Moubarak, Bachar al Assad, Ben Ali et consort, se soucie du sort des peuples et soutient les révolutions populaires ?
Il s’agit plutôt de briser le mouvement révolutionnaire qui s’étend dans le monde arabe et en Afrique, en tentant de canaliser les mobilisations via l’intervention de l’OTAN. Mais cette intervention risque fort d’avoir un effet boomerang.
L’impérialisme français tente de tirer son épingle du jeu mais des dissensions sont visibles depuis le début au sein de la coalition impérialiste. Après d’âpres négociations, c’est finalement l’OTAN qui a pris la direction des opérations militaires, chargé de la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne militaire et d’un embargo sur les armes. Mais l’impérialisme français veut aller plus loin et contrôler directement le changement de régime, ce que les Américains font en sous-mains.
Quant aux organisations ouvrières en France, elles se sont quasiment toutes prononcées pour l’intervention impérialiste, alors que cette intervention est largement rejetée par les masses du Maghreb. Ainsi, le PS a soutenu les objectifs de la résolution de l’ONU, le PG, avec le député européen Mélenchon a soutenu l’intervention mais sous mandat de l’ONU ; quant au PC, il soutient le Conseil national provisoire inféodé aux puissances impérialistes même s’il appelle prudemment à la vigilance quant à l’intervention militaire impérialiste ce qui revient à soutenir implicitement. Le NPA a déclaré que l’intervention militaire n’était pas la solution mais la responsabilité de l’impérialisme français, de Sarkozy n’est pas pointée. De même, ce parti soutient le Conseil national provisoire. Les organisations syndicales ne sont pas en reste : dans un communiqué commun du 24 février avec la CFDT et la CFTC, la CGT: en appelait aux diplomaties européennes et françaises pour faire cesser par tous les moyens les atrocités. C’est-à-dire que la direction de la CGT attendait du gouvernement Sarkozy qui traque les travailleurs immigrés un geste humaniste !
Au contraire, la responsabilité de tout le mouvement ouvrier, parti et syndicat est de condamner l’intervention impérialiste et de se prononcer contre cette intervention et pour le retrait de toutes les escadres impérialistes.