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Quelques repères historiques pour différencier les révolutions arabes

Quelques repères historiques pour différencier les révolutions arabes

 

L’Égypte est l’État le plus peuplé de l’Afrique du nord avec 80 millions d’habitants concentrés sur 10 % du territoire.

Intégrée à l’empire Ottoman, elle est passée sous contrôle britannique à la fin du XIX s : le canal de Suez, percé par une compagnie française sous le Second Empire, est un axe vital pour l’empire britannique sur la voie de l’Empire des Indes. Le roi fantoche Farouk à la solde des Anglais, est renversé par un coup d’Etat militaire en 1952 : en 1956, le colonel Gamal Abdel NASSER nationalise la Compagnie franco-britannique du canal de Suez avec le soutien militaire de l’URSS. Français et Anglais organisent en octobre/novembre 1956 une expédition militaire : la France contre Nasser qui soutient les rebelles algériens, la Grande Bretagne pour garder son influence sur la monde arabe.

Mais cette expédition tourne court car les Etats-Unis et l’URSS entendent éliminer l’influence des vieux impérialismes sur le Proche et Moyen-Orient. Un cessez-le-feu est ordonné par l’ONU !

 

Disposant de faibles ressources pour une population croissante, l’Egypte dépend entièrement des capitaux étrangers. Après la mort de Nasser en 1970, l’Egypte se rapproche des Etats-Unis qui financent son armée en échange d’une reconnaissance de l’Etat israélien par SADATE en 1977. Le gouvernement emprunte également des sommes colossales pour assurer un minimum de paix sociale. Mais en 1977, l’ouverture à l’économie de marché et l’impossibilité de rembourser la dette conduit le gouvernement égyptien – aux ordres du FMI – à supprimer les subventions des biens de première nécessité et à libérer les prix : la flambée de 10 à 30 % provoque deux journées d’émeutes dans toute l’Egypte en janvier 1978. Comme en 2011, les masses travailleuses s’en prennent aux bâtiments publics, symboles de l’oppression, menaçant même la résidence présidentielle de Sadate. Celui-ci réprime vivement mais suspend la libération des prix. La vague d’insurrections spontanées ne s’est pas dénouée en crise révolutionnaire ouverte, empêchée par l’appareil stalinien de l’État ouvrier dégénéré de l’URSS. Mais pour la bourgeoisie égyptienne, l’alerte a été très chaude.

 

Depuis ces événements, l’économie égyptienne s’est diversifiée (tourisme, revenus du canal de Suez, culture du coton, pétrole) et ses principaux partenaires sont les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon. Mais elle dépend beaucoup de « l’aide internationale ».

Cette économie a développé une masse des travailleurs salariés et a nécessité une frange non négligeable de jeunes formés. Mais des millions d’Egyptiens, surtout ruraux, vivent encore dans la misère. Ce sont toutes ces populations qui se sont trouvées en première ligne de la révolution égyptienne contre le pouvoir autoritaire et corrompu, incapable de satisfaire leurs revendications économiques et démocratiques.

 

La situation des trois Etats du Maghreb n’est comparable que par une histoire commune, celle de la colonisation. Conquis et dominés par la France, ils ont néanmoins subi un statut différent.

 

Le ministre des colonies Jules FERRY déclare en 1884 : « La forme politique du protectorat est très supérieure à la conquête : il n’impose pas au conquérant les mêmes responsabilités ; il est beaucoup plus économique pour la métropole ; il n’exige pas cette nuée de fonctionnaires et d’employés qui, quoi qu’ils fassent et quelque connaissance qu’ils puissent avoir de la langue et des mœurs, restent toujours des Français d’origine, peu capables de manier dans le détail la population indigène. »

Cette citation faite par Benjamin Stora dans La Vérité - n° 593 d’octobre 1980, montre très clairement les buts de la colonisation : exploiter à moindre coût les populations indigènes !

 

Tunisie et Maroc furent donc des protectorats français (respectivement en 1881 et en 1912) : de grandes sociétés capitalistes financèrent l’accaparement des terres par les colons, terres mises en valeur par les indigènes spoliés.

Mais des troubles se développèrent dès l’entre-deux guerres avec la création du Destour (parti libéral constitutionnel) en Tunisie et de l’Istiqlal au Maroc.

Habib BOURGUIBA, issu de la petite bourgeoisie rurale tunisienne à demi ruinée par la colonisation, fonde le Néo-Destour pour l’indépendance en 1934 (ce qui lui vaut d’être emprisonné). Embourbé dans la guerre d’Algérie, le gouvernement français de Pierre-Mendès France engage des négociations avec Bourguiba en 1954 qui aboutissent à l’indépendance en 1956.

Mohammed V est imposé par la France comme sultan en 1927. Mais après la guerre, il se rapproche des nationalistes du parti pour l’indépendance, l’Istiqlal. Il est déporté en Corse puis à Madagascar en 1953, ce qui provoque de violentes émeutes populaires. Il est ramené au Maroc en 1955 et négocie l’indépendance de son pays en 1956.

Ces deux Etats ont fondé leur développement sur l’agriculture d’exportation, l’exploitation minière et le tourisme, dans une étroite dépendance avec l’ancienne métropole qui a toujours soutenu leurs chefs d’Etat autoritaires et corrompus. Depuis les années 1990, Tunisie et Maroc ont été la cible de délocalisations d’entreprises principalement européennes à la recherche de main d’œuvre bon marché (textile, électronique, téléphonie...), ce qui a permis de développer une masse de travailleurs salariés qui ont pu s’organiser en syndicats – grâce aussi à l’expérience acquise par les travailleurs émigrés de retour au pays.

 

La situation de l’Algérie est très différente. Conquise à partir de 1830, soumise après 1870, elle fut une colonie de peuplement où fut mise en œuvre une politique coloniale, à savoir : concentration des terres entre les mains d’une couche étroite de colons, développement du machinisme dans l’agriculture entrainant l’endettement des petits colons envers les banques, ruine de l’artisanat, chômage massif pour les Algériens, contraints à s’exiler en France par centaines de milliers dès l’entre-deux guerres pour travailler dans l’industrie ou le bâtiment. Quand ils retournent en Algérie, ces travailleurs ont acquis « une conscience de classe ». Ils ont donné d’ailleurs les cadres des partis indépendantistes. On peut dire que s’est créé en l’Algérie un véritable prolétariat industriel lié au capitalisme mondial.

D’autant que, depuis l’indépendance en 1962 après huit ans de guerre, l’Algérie a choisi « l’industrialisation intégrée ». A partir des secteurs énergétiques, métallurgiques et chimiques sur le modèle soviétique de la fin des années 1920, l’Algérie « socialiste » s’engage dans cette voie en comptant sur ses ventes de gaz naturel pour se procurer les capitaux nécessaires. Les bénéfices tirés des hydrocarbures n’ont cependant pas suffi à couvrir les besoins, notamment pour financer les investissements nécessaires à l’exploitation des gisements ; de plus, l’industrie lourde s’est développée au détriment des autres activités. La baisse des prix des hydrocarbures dans les années 1980 a réduit les ressources, provoquant des émeutes de la faim et une guerre civile qui a fait 200 000 morts. Depuis lors, le régime militaire a davantage restreint les libertés démocratiques sans satisfaire les besoins élémentaires de la population particulièrement touchée par un chômage de masse et par une pénurie de logements.

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