Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
23 Novembre 2009
Allemagne
Défaite majeure du SPD aux élections fédérales de 2009
A peine 10 millions de voix et 23% des votants : c’est le score de la débâcle sans précédent enregistrée aux élections fédérales de septembre par la parti social-démocrate allemand, le SPD. C’est 6 millions d’électeurs de moins qu’en 2005, et moitié moins qu’en 1998, lorsque le SPD réunissait 20 millions de votants.
Cette débâcle est certes légèrement compensée par le bon score réalisé par die Linke, qui avec 5 millions de voix, gagne 1 millions d’électeurs et atteint 12% des suffrages. Les partis bourgeois, CDU/CSU (chrétiens-démocrates) et FDP (libéraux) ne progressent globalement pas en voix (le FDP reprenant cependant plus de 1,5 millions de voix à la CDU/CSU), mais résistent à la baisse de la participation. Ils obtiennent ainsi une majorité absolue au Parlement, annonçant de nouveaux coups contre le prolétariat.
Comment en est-on arrivé là ? Il faut revenir 11 ans en arrière, lors de l’accession du SPD au gouvernement.
1998 : l’arrivée d’une majorité Rouge/Verts
En 1998, pour la première fois depuis la réunification, les élections fédérales aboutissent à une majorité SPD/Verts au Bundestag, le parlement allemand, et à la désignation de Gerhard Schröder comme Chancelier. Il s’agissait, pour le prolétariat allemand, d’en finir avec 16 ans de règne d’Helmut Kohl et de la CDU, et des attaques que celui-ci avait multiplié au milieu des années 90, afin de faire payer aux masses le coût de la réunification.
Or à l’inverse des aspirations du prolétariat, la majorité rouge/verte a mené une politique de défense des intérêts de la bourgeoisie allemande, sous une forme d’abord relativement modérée (privatisations, baisses d’impôts massive sur les entreprises), lorsque la croissance économique des années 98-2000 le permettait encore. Cependant, sous la conduite du dirigeant des Verts Joshka Fischer, Ministre des Affaires Etrangères, le gouvernement allemand conduit la première intervention militaire allemande à l’extérieur de ses frontières depuis 1945, en jouant un rôle majeur dans le bombardement de la Serbie en 1999, tout en prenant une large place au Kosovo.
En 2002, alors que la crise de l’économie mondiale frappe tout particulièrement l’Allemagne, Schröder est réélu d’extrême justesse, en se prononçant contre toute intervention militaire en Irak, alors déjà largement planifiée par les autorités américaines. Cet engagement fut respecté, mais il n’était pas contraire aux intérêts de l’impérialisme allemand (alors main dans la main avec l’impérialisme français pour l’instauration d’un quasi-protectorat en Irak sous patronage de l’ONU).
En revanche, sous la pression de la crise de l’économie allemande, le gouvernement rouge/vert a radicalisé ses attaques contre le prolétariat allemand, avec des coupes sans précédent dans la Sécurité Sociale – maladie, retraites, et tout particulièrement contre l’assurance-chômage : c’est le fameux paquet « Hartz IV », qui en fusionnant l’aide sociale avec l’assurance-chômage, a conduit à réduire considérablement le montant et la durée de l’indemnisation des chômeurs. Parallèlement, les entreprises ont multiplié, au nom de la sauvegarde de l’emploi, les dérogations aux conventions de branche (qui en Allemagne concentrent l’essentiel des acquis ouvriers), conduisant à des baisses de salaires importantes pour le prolétariat, plus importantes que dans n’importe quel autre grand pays européen.
Le prolétariat allemand, en revanche, s’est massivement mobilisé, en 2004-2005, avec des formes largement inédites depuis 1945 : grèves spontanées (illégales en Allemagne) dans l’industrie automobile (Daimler, Opel), manifestations du « lundi », en particulier à l’Est, contre la réforme de l’assurance-chômage, grèves et occupations étudiantes contre l’instauration de frais de scolarités dans les universités. Le mouvement des masses se répercute dans le SPD : Schröder est contraint de convoquer un congrès exceptionnel, mais aucune alternative n’émerge, pour un autre gouvernement, rompant avec la bourgeoisie. Schröder est alors reconduit dans ses fonctions, et le mouvement des masses, privé de débouché politique, reflue peu à peu. Aux élections régionales, le SPD perd son bastion industriel de Rhénanie-Westphalie. Quelques membres du SPD quittent le parti pour fonder un nouveau parti, WASG, afin de défendre un programme social-démocrate traditionnel, avant de fusionner avec le PDS, le parti réunissant les cadres staliniens d’Allemagne de l’Est, pour fonder Die.Linke, dans la perspective des élections fédérales de septembre 2005.
Cette politique a atteint ses objectifs pour la bourgeoisie allemande : baisse absolue du coût du travail et rétablissement de la croissance et de la « compétitivité » de l’Allemagne, en particulier par rapport à ses concurrents français et italiens, aboutissant à un gonflement sans précédent de son excédent commercial, dopé par le développement croissant de l’endettement mondial, dans les années 2005-2008. L’Allemagne reste durant ces années le premier exportateur mondial de biens, devant la Chine.
2005 : l’instauration de la grande coalition
Les élections fédérales de 2005 enregistrent une défaite du gouvernement rouge-vert, qui en perdant 2,5 millions de voix, perd la majorité absolue au Parlement. Mais la CDU/CSU, dont la fin de campagne a été particulièrement catastrophique (en annonçant clairement un programme de plus en plus ouvertement réactionnaire), ne fait pas un score suffisamment élevé pour obtenir une majorité absolue au Parlement.
C’est alors que se met en place, pour 4 ans, un gouvernement de grande coalition entre la CDU/CSU et le SPD. Angela Merkel devient chancelière, et les principaux bras droit de Schröder au sein du SPD (Steinmeier, Müntefering, Steinbrück, Schmidt) restent ministres. C’est une relative défaite pour la bourgeoisie allemande, dans la mesure où Merkel ne peut mettre en place la totalité de la politique qu’elle avait annoncée, et notamment la remise en cause des conventions de branche mais ce n’est pas pour autant une victoire du prolétariat allemand.
Mais ce gouvernement de grande coalition a un autre objectif : faire refluer les masses. Il engage une réforme institutionnelle majeure (la réforme du Bundesrat, où sont représentés les Länder allemands, afin de pouvoir accélérer la mise en place de réformes), engages de nouvelles attaques contre le prolétariat (augmentation de la TVA de 16 à 19%, recul de l’âge de la retraite à 67 ans, réforme de la santé avec mise en concurrences des caisses entre elles), qui si elles n’atteignent pas l’ampleur de celles souhaitées par le patronat, sont néanmoins bien réelles.
D’autres projets, en particulier la privatisation des chemins de fer, se sont heurtés à la mobilisation des travailleurs. Mais sa vraie réussite, c’est durant 4 ans, d’avoir enfermé le SPD dans le dispositif politique de la bourgeoisie, d’avoir ainsi privé le prolétariat allemand de son traditionnel débouché politique, et freiné la plupart des mobilisations. Au sein d’un gouvernement bourgeois, le SPD n’a eu d’autre choix que de défendre la politique d’austérité au compte de la bourgeoisie, et les ministres du SPD, Peer Steinbrück en tête, Ministre des Finances, n’ont pas été les moins zélés.
2008 : à l’élection régionale de Hesse en 2008, la « gauche » du SPD dans l’impasse
Sanctionnant la politique pourrie menée par le SPD au sein du gouvernement rouge/vert puis au sein de la grande coalition, les élections régionales, étalées chaque année en Allemagne, enregistrent avec régularité la chute du SPD, qui perd progressivement le contrôle de la quasi-totalité des régions. En 2008, le SPD ne contrôlait plus que le Rhénanie-Palatinat, ainsi que Berlin, en coalition avec Die Linke, laissant la CDU/CSU contrôler seule où en coalition les 14 autres régions (certaines en grande coalition CDU/SPD).
L’élection régionale de Hesse (Francfort), en janvier 2008, constitue un tournant majeur. Dans cette région contrôlée depuis 8 ans par un baron de la CDU, la candidate du SPD, Andrea Ypsilanti, issue de l’aile gauche du SPD, réussit, par une campagne avec un vernis gauche, à gagner 200.000 voix - la meilleure progression réalisée récemment par le SPD à une élection régionale. Elle arrive à égalité avec la CDU et les 6 députés de die Linke, qui dépasse légèrement 5%, jouent un rôle majeur entre une coalition SPD/Verts (51 députés) et CDU/FDP (53 députés).
Andrea Ypsilanti, appuyée par le dirigeant d’alors du SPD, Kurt Beck, tente de former un gouvernement rouge/vert « toléré » par die Linke (ceux-ci auraient soutenu le gouvernement de l’extérieur, sans y entrer). Une situation totalement inédite à l’ouest de l’Allemagne. C’est contraire à ses engagements de campagne - « pas de travail en commun avec die Linke », mais c’est aussi un choix refusant le choix d’une grande coalition, désavouant en creux la participation du SPD au gouvernement fédéral. Certains droitiers du SPD, comme l’ex-ministre de Schröder Wolfgang Clement, démolissent publiquement ce projet de gouvernement.
Ce scénario semble néanmoins bien engagé lorsqu’en mars survient la défection d’une des élues du SPD, Dagmar Metzger, originaire de Berlin, déclarant avoir vécu dans sa propre famille la répression de la Stasi, et qui refuse toute alliance avec die Linke. L’élection du nouveau gouvernement régional est repoussé ; en août, un congrès régional du SPD approuve le choix d’un gouvernement rouge-vert « toléré par die Linke » par 335 voix contre 15. Mais en octobre, en entraînant 3 autres députés SPD dans son sillage, Dagmar Metzger empêche toute formation d’un gouvernement. De nouvelles élections ont lieu en janvier 2009 : les votants sont 200.000 de moins, et les électeurs du SPD sont 400.000 de moins. Les Verts gagnent 150.000 voix – provenant essentiellement du SPD ; tout comme les libéraux, issus de la radicalisation d’une partie de la bourgeoisie. Die Linke reste stable, en perdant un millier de voix.
La CDU et les libéraux disposent d’une nouvelle majorité absolue au gouvernement régional. L’échec est total pour le SPD, pour Andrea Ypsilanti, qui a abandonné la direction régionale du SPD, pour Kurt Beck, le dirigeant fédéral du SPD, qui l’avait soutenu et qui est débarqué à l’automne 2008. Il est remplacé par Steinmeier, bras droit de Schröder et ministre fédéral de la grande coalition. Steinmeier, qui ne s’était jamais présenté à une élection, est désigné pour être tête de liste du SPD aux élections fédérales de 2009, et réalisera le pire résultat électoral du SPD depuis la guerre.
Au centre de cet échec, plusieurs questions sans réponse, et en premier lieu : quel programme alternatif à celui de la bourgeoisie, et avec quel gouvernement ? Avec ou sans Die Linke ?
A l’origine de Die Linke : une alliance contre-nature
Die Linke est née en 2005 de la fusion de deux organisations : d’une part le PDS, parti regroupant des membres de l’ancien appareil stalinien d’Allemagne de l’Est, et la WASG, issue du mouvement ouvrier de l’Ouest (anciens membres du SPD, des syndicats), qui a combattu la mise en œuvre de l’Agenda 2010 par le gouvernement Schröder.
Il faut rappeler qu’en 1989, alors que les masses manifestent à Leipzig sous le slogan « Wir sind das Volk » [Nous sommes le peuple], puis « Wir sind EIN Volk » [Nous sommes UN peuple], réclamant la réunification, le SPD se prononce pour le maintien de deux États, craignant le potentiel révolutionnaire du prolétariat réunifié, et inquiet, à l’instar de la bourgeoisie, du coût de la réunification pour le capitalisme allemand. Cette position du SPD – sous la direction d’Oskar Lafontaine - a valu une débâcle électorale aux élections de 1990, en particulier à l’Est, et a permis d’ouvrir une fenêtre politique au PDS, qui bien qu’étant issu de l’ancien appareil d’État stalinien, a pu se reconvertir en pseudo parti ouvrier.
Et c’est aussi le SPD qui est à l’origine de la WASG, lorsque la direction du SPD décide d’exclure des militants qui s’était regroupé au sein du SPD pour contester l’Agenda 2010. Quelques années plus tôt, le ministre des Finances – Oskar Lafontaine – avait lui démissionné sans combattre le gouvernement Schröder, lui laissant toute latitude pour avancer dans ses réformes.
En 2005, c’est toujours sous le patronage d’Oskar Lafontaine que fusionnent ces organisations pour donner naissance à Die Linke. Cette fusion, qui s’est produit dans le cadre de l’élection fédérale anticipée en 2005, était en partie arithmétique : il s’agissait de franchir le seuil des 5% pour obtenir des élus (la loi électorale allemande interdisant les coalitions).
Le sens politique de Die Linke est pourtant bien réel. Pour Lafontaine, il s’agit de légitimer le PDS à l’ouest – il était quasiment inexistant tant en militant qu’au niveau électoral – grâce à l’apport de militants de l’ouest, lui-même n’adhérant que pour emporter la fusion, très contestée au sein de la WASG (de nombreux militants contestant le caractère de gauche, sinon « ouvrier » du PDS).
La création de Die Linke ne correspond donc pas à l’émergence d’un parti à « gauche » du SPD, mais à la mise sous tutelle des oppositions ouvrières à Schröder et des aspirations des masses dans une organisation – le PDS – qui n’a jamais été ouvrière mais qui es tissue de l’ancien SED stalinien ayant dirigé l’État bureaucratique de la RDA.
Lafontaine désavoué
En septembre 2009, les élections régionales sont favorables à Die Linke. En Sarre, région que Lafontaine avait précédemment dirigé, et où il se présentait comme tête de liste, die Linke obtient 21% des suffrages et 120.000 voix, alors que la participation bondit de 100.000 voix. En Thuringe et en Brandebourg, Die Linke a aussi consolidé ses positions. Mais c’est la confusion la plus totale qui règne. Si en Brandebourg, le SPD abandonne un gouvernement régional de grande coalition au profit de Die Linke (rouge/rouge), en Thuringe, le SPD fait le mouvement inverse et préfère une grande coalition avec la CDU, qui vient de perdre plus de 100.000 voix, plutôt qu’avec die Linke. Enfin, la formation du gouvernement régional de la Sarre constitue un véritable camouflet pour Lafontaine, avec la formation d’une coalition inédite CDU/FDP/Verts, excluant le SPD et die Linke.
La ligne de Lafontaine - pas de coalition nationale – type Front Unique - avec le SPD pour éviter de dégager une perspective politique, mais possible au niveau régional pour se partager la soupe – est ainsi clairement désavouée comme ce qu’elle est : une politique de division, opportuniste, qui ne peut dégager aucune perspective pour le prolétariat.
Quel bénéfice d’une collaboration de classe avec la bourgeoisie ?
Après 4 années de gouvernement au sein de la grande coalition, le résultat des élections est clair : le bénéficie de la collaboration de classe a bénéficié exclusivement à la bourgeoisie, qui durant 4 ans a pu imposer sa politique, faire refluer les masses, et ébranler sérieusement le principal parti ouvrier, le SPD, qui perdu un adhérent sur trois en une décennie, même si leur nombre reste important (500.000). Le SPD paye son rôle de secours à la bourgeoisie allemande, divisée, à Merkel et la CDU/CSU, mal élue en 2005, et encore plus mal en 2009 (la CDU/CSU ayant perdue 2 millions de voix au profit des libéraux du FDP). C’est une leçon pour les partis sociaux-démocrates européens qui ne cessent de voler au secours de leur propre bourgeoisie.
Commémoration de la chute du mur du Berlin : la bourgeoisie européenne martèle que le système capitaliste est le seul avenir indépassable
Les commémorations organisées en grande pompe en Europe pour les 20 ans de la chute du mur de Berlin ont un objectif politique : marteler comme le titrait le Figaro : « chute du mur de Berlin : la mort du communisme ». Il s’agit de bien faire comprendre aux classes ouvrières européennes que le communisme est mort et enterrer et qu’il ne faut surtout pas chercher à renouer une autre issue au capitalisme.
Il faut rappeler que ces commémorations ont fait volontairement l’impasse sur le fait qu’au départ la bourgeoisie tant allemande que française, était contre la réunification de l’Allemagne car elle craignait la réunification du prolétariat allemand, devenant ainsi le prolétariat le plus puissant d’Europe. Ce sont les masses qui ont imposé la même valeur entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est.
Si la bourgeoisie ouest allemande a pu faire main basse sur les entreprises nationales de l’Est, cette réunification a tout de même coûté très cher à l’État allemand qui a dû injecter des sommes colossales à l’Est (dans la rénovation urbaine, les transports, les télécommunications). Les travailleurs est-allemands ont revendiqué les mêmes conditions de travail qu’à l’Ouest (éducation, santé) mais il subsiste cependant un écart des les rémunérations et le taux de chômage y est presque deux fois plus élevé.
Petite note discordante dans ces célébrations : 1 habitant de l’ex-RDA sur 5 aurait l’Ostalgie. Une habitante expliquait ainsi : « Tout était plus simple à l'époque pour les femmes avec des enfants. Il y avait des crèches, des activités abordables. Et puis tout le monde avait un travail, une assurance sociale. Il n'y avait pas cette criminalité galopante, ces meurtres terribles. Bien entendu, il y a aussi des gens qui souffraient en RDA, des victimes de la Stasi. Nous manquions de certaines libertés. Tout n'était pas bon, mais tout n'était pas à jeter non plus.»
En effet, la RDA comme les autres pays où le capital avait été exproprié et où la propriété des moyens de production appartenait à l’État concentrait un certain nombre d’acquis sociaux. Mais l’État ouvrier avait dégénéré et avait été accaparé par une bureaucratie aux ordres du Kremlin ; les ouvriers n’étaient pas mettre de cet État socialiste. Ce qui était à l’ordre du jour en 1989 et ce depuis l’après-guerre mondiale c’était une révolution politique pour chasser la bureaucratie du pouvoir mais pas une remise en cause de la propriété étatique.