Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
18 Janvier 2016
Les élections de 2012 (Présidentielles et Législatives) donnaient un message clair : le rejet profond par la classe ouvrière de la politique au compte du patronat menée par l'UMP et Sarkozy. Cette mobilisation de classe, sur le terrain électoral, était une répercussion dans les urnes des puissantes mobilisations de 2010, contre la réforme des retraites de Sarkozy et qui n'avaient pas pu aboutir. Les appareils de la bureaucratie syndicale n'ont eu de cesse de manœuvrer, en refusant d'appeler à la grève générale et à une manifestation centrale à l'Assemblée Nationale pour empêcher l'adoption de la réforme, et ainsi infliger une défaite à Sarkozy. Dans le même temps, les organisations politiques (PS, FdG...) se gardaient soigneusement de demander le départ de Sarkozy, et de se porter immédiatement candidat au pouvoir pour satisfaire les revendications des travailleurs : ils refermaient ainsi toute perspective politique pour les millions de travailleurs mobilisés dans la rue.
Car pour les uns comme pour les autres, l'attachement au système capitaliste, à la défense du capitalisme français imposait de protéger la bourgeoisie française, affaiblie économiquement, dépassée par plusieurs de ses rivaux européens, et de plus en plus divisée sur son soutien à Sarkozy. Il faut se rappeler combien Sarkozy était englué dans l'arrêt de la croissance économique, l'explosion des déficits publics, et de multiples affaires de corruption, incapable de donner le change à Merkel tout en étant de plus en plus haï par les masses.
Sarkozy devenait incapable de réaliser le programme de la bourgeoisie qui, surmontant pour un temps ses contradictions, s'était fortement mobilisée pour son élection en 2007 : mener les "réformes" contre les travailleurs déjà bien engagées dans les autres pays européens, en brisant tout ce qui peut l'être, du contrat de travail à l'assurance-chômage, aux retraites, aux salaires, le tout en supprimant des centaines de milliers de postes dans la Fonction Publique. Cela devait permettre de réduire les déficits, faire remonter le taux de profit des entreprises et de la bourgeoisie, et rétablir un rapport de forces plus équilibré avec l'Allemagne, quitte à s'appuyer si besoin sur l'impérialisme américain.
La mobilisation populaire, qui n'était pas parvenue à chasser Sarkozy en 2010, s'est donc traduite dans les urnes, avec l'élection deux ans plus tard de François Hollande puis d'une majorité PS - Front de Gauche à l'Assemblée Nationale. Cependant, cette élection se déroulait dans le cadre verrouillé des institutions de la Vème République dans lesquels les nouveaux élus allaient immédiatement se couler. Dès lors, Hollande, fidèle à l’orientation de la social-démocratie, formait un gouvernement d'alliance intégrant des formations bourgeoises, et initiait une longue série de mesures favorables au capital : la signature sans condition du Pacte Budgétaire Européen (le TSCG), donnant un nouveau tour de vis institutionnel à la réduction des déficits, et sous l'impulsion de Manuel Valls, de renforcer l'appareil répressif.
Le message était clair : rassurer le patronat, tout mettre en œuvre pour interdire un surgissement des salariés dans la rue, sur leur terrain de classe, qui mettrait en cause la domination du capital. Mais pour aller plus loin dans les "réformes", là où la stratégie de confrontation brutale menée par Sarkozy avait échoué, Hollande a mis en place, à l'instar des gouvernements de type Front Populaire, un dispositif de dialogue social particulièrement bien rodé. Il s'agit d'associer les directions syndicales à travers mille et une réunions (groupes de travail, réunions institutionnelles dans la fonction publique, conférences sociales …), à des discussions sur les réformes du gouvernement, toutes clairement orientées pour la satisfaction des revendications … patronales !
Les appareils syndicaux ont tous accepté de participer à ces réunions, nourrissant ainsi l'illusion d'un changement possible avec un tel gouvernement.
Ainsi, les conférences sociales de 2012, 2013 et 2014 ont permis au gouvernement de mettre en place des réformes anti-ouvrières : instauration de l’ANI, nouveau report de l’âge de départ à la retraite à 62 ans et du Pacte de responsabilité.
Mais au fil de ces années et des attaques contre les acquis ouvriers qui arrivaient à être mises en œuvre grâce au dialogue social, les illusions que les masses avaient pu entretenir un temps sur la capacité de la social- démocratie à stopper les offensives patronales, tombaient. Dans le même temps, l'aggravation de la crise économique et l'explosion du chômage imposait à Hollande de muscler son dispositif : Valls devenait Premier Ministre, et Macron, banquier d'affaire millionnaire - et non membre du PS - était nommé à Bercy.
Le dispositif éventé poussait en avant la menace d'un surgissement. Cela a contraint la CGT et la FSU à quitter la conférence sociale de 2014 après lecture d'une déclaration liminaire. On assistait alors à un processus de maturation politique des salariés et de la jeunesse mettant en avant la nécessaire rupture du dialogue social.
Les attentats de janvier 2015 ont mis un coup d'arrêt à ce processus. Le gouvernement surfant sur l'émotion populaire, orchestrait l'union sacrée, l'unité nationale à travers la manifestation du dimanche 11 janvier, puis en ciblant continuellement les populations d'origine immigrées entretenait la division de la classe
Le gouvernement ajustait ainsi son dispositif pour museler les travailleurs : il mettait de côté pour l'instant le dispositif de dialogue social et lui substituait celui de l'union sacrée.
Pour un temps cela a fonctionné. Les mobilisations sociales se comptaient sur les doigts d'une main et la grève et manifestation du 9 avril 2015 restaient assez peu suivies. Puis, les contradictions entre les partis de la bourgeoisie (UMP en tête) et les partis gouvernementaux, ont repris le dessus. La bourgeoisie réclamant d'aller plus vite et plus loin, sans délai, dans les réformes, poussait très vite l'UMP à reprendre son autonomie politique vis à vis d'Hollande et du gouvernement.
Dans le PS, les positions pro-patronales portées par Valls et Macron ne passaient pas comme une lettre à la poste. Les frondeurs, réfraction de l'état d'esprit des masses, retrouvaient de la voix sans offrir pour autant une alternative préhensible : ils critiquent beaucoup mais quand l'heure de l'action sonne, ils votent globalement le soutien au gouvernement, trop inquiets de perdre leurs sièges et incapables de concevoir et de mettre en œuvre une véritable politique de rupture.
L'union sacrée connaît ses limites car les masses ne veulent pas d’un retour des Républicains au pouvoir.
Dès lors Hollande convoquait une nouvelle conférence sociale pour octobre 2015 avec une fois encore à l'ordre du jour une vieille revendication patronale contre le Code du Travail.
La mobilisation à Air France, à cet instant précis, a joué un rôle important : elle a d'une part montré qu'une partie des travailleurs était prête à engager le combat contre la politique de Valls et Macron et d'autre part les limites du dispositif du gouvernemental. L'association dans le cadre du dialogue social est une chose mais lorsqu'en même temps le gouvernement en appel aux flics et CRS pour criminaliser les grévistes et manifestants, les masques tombent. Le gouvernement criminalise l'action sociale et syndicale. Dans ce contexte la CGT a été contrainte de boycotter la conférence sociale d'octobre.
Le dispositif de front populaire largement appuyé sur le dialogue social menace de se fissurer et ne suffit plus, en tant que tel, pour interdire toute expression de classe, en défense des intérêts ouvriers.
Dans différents secteurs la pression sociale augmente. Des appels à la grève comme aux Finances par exemple voient le jour.
Dans les bureaucraties syndicales cela se traduit par de fortes rivalités au sein des appareils. Dans la CGT, déjà secouée par les affaires Lepaon, la fracture s'exprime de plus en plus ouvertement sur la remise en cause de la ligne de la participation au dialogue social.
Cette crise s'exprime également au sein des appareils politiques : les frondeurs dans le PS sont une réfraction des contradictions entre la base, l'électorat, et la politique du gouvernement. Dans les autres organisations politiques aussi la crise éclate, comme au NPA ou dernièrement au POI.
Mais les attentats du 13 novembre ont, de fait, jouer un rôle d’étouffoir.
Hollande a décidé de mettre en place l’état d’urgence pour 12 jours. Il a ensuite demandé sa prolongation pour 3 mois et entend utiliser ce temps pour inscrire ce dispositif dans la Constitution. Il s'agit de se donner des moyens répressifs supplémentaires contre les droits fondamentaux au nom de la lutte contre le terrorisme. En effet, les notions de sécurité et d’ordre public que l'état d'urgence intègrent sont très larges et peuvent englober des actes de militants syndicaux, politiques ou associatifs. Ainsi, des militants écologistes ont été assignés à résidence, placés en garde vue place de la République lors des manifestations en marge de la COP 21 le 29 novembre.
Certains députés socialistes renâclent et le gouvernement Hollande-Valls doit manœuvrer pour tenter de faire passer la réforme constitutionnelle à l'Assemblée Nationale.
Dans ce contexte, sur fond de forte abstention, le résultat des élections régionales (progression du FN et du vote LR) indique que la politique du gouvernement est très largement rejetée. Mais malgré ce rejet, malgré la dissolution volontaire du PS et de ses acolytes dans le front républicain, une partie des travailleurs continue à utiliser le vote PS pour faire barrage à LR et au FN. Cette situation très contradictoire en apparence montre une certaine maturité politique (résistance et non effondrement du vote PS) mais aussi le risque d'un retour de LR au pouvoir en 2017 si aucune mobilisation de masse ne vient imposer d'ici là une autre politique, un autre gouvernement au service des travailleurs.
Mais les confédérations syndicales ont un double langage : la CGT et FO en tête se prononcent pour la défense du Code du Travail mais acceptent de discuter du projet de contrat de travail agile avec le Medef. Elles ont aussi refusé de signer l'accord PPCR dans la Fonction Publique mais participent à des groupes de travail avec le gouvernement sur la question ! Dans le même temps elles appellent pour le 26 janvier à une mobilisation des fonctionnaires, sans rompre le dispositif de dialogue social et sans appeler à la mobilisation contre l'état d'urgence alors que, comme la CGT, elles signent des appels ou pétitions demandant sa levée immédiate. Sur ces questions de défense des droits fondamentaux, on ne peut se contenter d'appels « de salon ». Il faut organiser la mobilisation massive de la jeunesse et des travailleurs contre ce carcan.
Le dispositif de front populaire, basé sur le dialogue social et doublé de l'union sacrée, fait obstacle aujourd'hui à la mobilisation des masses en défense de ses acquis.
Ce dispositif arrive à se maintenir du fait de l'absence d'alternatives politiques à la politique du gouvernement. Bien sûr, la majorité de députés du PS et du Front de gauche à l’Assemblée Nationale n’a pas été élue pour que soit mise en œuvre une politique au service de la bourgeoisie française en crise, ni pour mettre en place un gouvernement dirigé par Valls et Macron, qui répond aux besoins de, la bourgeoisie française en crise.
Tout changement de politique ne peut que s'affronter à cette situation, en menant une politique franche de rupture avec le capitalisme et ses institutions : à bas la Vème République, à bas l'Union Européenne !Dans le contexte de crise, le capitalisme, ébranlé par la récession de 2007-2008, apparaît plus instable que jamais. L'effondrement des cours du pétrole (qui témoigne de la baisse inattendue de la demande et de la gravité de la crise économique), les incertitudes entourant la Chine, les contradictions sans cesse reportées mais toujours grandissantes au sein de la zone euro sont autant de brèches qui menacent de se transformer en une nouvelle crise majeure du capital. Il ne peut se permettre de relâcher ses offensives contre les travailleurs sous peine d'accélérer ses pertes.
Mais quelles sont les forces politiques capables de conduire cette rupture ?
En l'absence de Parti Ouvrier Révolutionnaire, les travailleurs n'ont d'autre choix que de s'appuyer sur les résistances qui s'expriment aussi bien dans le PS, le Front de Gauche ou dans les organisations syndicales.
L'existence même de la majorité PS - Front de Gauche, l'existence des frondeurs, la résistance dans le PS contre la déchéance de nationalité, les mobilisations à Air France qui ont suffit à empêcher la CGT de participer à la Conférence Sociale en octobre, nous montrent que les tensions restent vives au sein du mouvement ouvrier.
Dès lors, la responsabilité des directions syndicales est de rompre publiquement toute participation au dialogue social dont le seul rôle est de légitimer le gouvernement. Elles doivent dans le même temps utiliser l'existence de la majorité PS - Front de Gauche à l'Assemblée Nationale et appeler sans délai à une manifestation centrale devant l'Assemblée pour exiger de celle-ci de refuser de voter le projet d'inscription de l'état d'urgence dans la Constitution, pour sa levée immédiate, et d'en finir avec la politique pro-patronale du gouvernement.
Une telle mobilisation ouvrirait la voie à la constitution d'un autre gouvernement, sans Valls ni Macron, sans ministre bourgeois, dont les masses exigeraient la défense des revendications ouvrières. La mise en œuvre d’un programme de défense de la classe ouvrière implique de rompre avec les institutions bonapartistes de la Vème république et avec l'Union Européenne capitaliste, ce dont ne veulent pas ni les PS, ni les PCF et PG. Pour cela les travailleurs ont besoin de construire un parti ouvrier révolutionnaire. C’est à cette tâche que le groupe Révoltes entend participer
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