Pour la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d’une Internationale Ouvrière Révolutionnaire
20 Mars 2010
Faut-il accepter que les chômeurs paient deux fois la crise ?
La presse multiplie les articles sur le million de chômeurs qui arrivent en fin de droit en 2010, et témoigne de l’inquiétude de la bourgeoisie face à ce « péril social ». Pour sa part, la CGT – dans son bimensuel « La Nouvelle Vie Ouvrière » est particulièrement silencieuse sur le sujet depuis décembre 2009. Et pour cause : la situation actuelle des chômeurs s’explique par la combinaison de deux facteurs.
la convention assurance-chômage signée en février 2009 (et applicable jusqu’en décembre 2010), entre les syndicats et le patronat – qui gèrent « paritairement » l’UNEDIC - fixe une durée d’indemnisation égale à la durée d’affiliation qui doit être de 4 mois minimum, avec un maximum de 24 mois de prise en charge (36 mois pour les plus de 50 ans).
or, la politique « d’assouplissement du marché du travail » mise en œuvre par les gouvernements successifs, a permis de multiplier les emplois précaires : les CDD ne représentaient que 11% des emplois mais les ¾ des emplois créés en 2008.
La crise bancaire et industrielle a abouti à la suppression de centaines de milliers d’emplois pour tenter de maintenir les profits. Les premiers touchés ont été les salariés en intérim et en CDD et donc les premiers à épuiser leurs droits à allocation. Et aujourd’hui, avec 10% de chômeurs dans la population active – dont 40% de longue durée, c'est-à-dire au chômage depuis plus d’un an – le nombre de chômeurs en fin de droit a augmenté de 35% en un an. Sur ce million de chômeurs, 600 000 devront vivre de la « solidarité familiale » ! Les 400 000 autres auront « droit » pour moitié à l’ASS (allocation spécifique de solidarité) s’ils ont cotisé 5 ans dans les 10 dernières années, les autres au RSA, soit 460 € par mois, bien en dessous du seuil de pauvreté ! Prolonger de 3 mois l’indemnisation des chômeurs en fin de droit représente 1,3 milliards d’€ pour l’UNEDIC qui cumule déjà un déficit de 5,6 milliards en 2009. Ce déficit est en partie dû aux allègements de charges qui privent toutes les caisses (chômage, sécu, retraites…) des fonds nécessaires à la protection sociale. Outre les dizaines de milliards offerts par l’État aux banques, aux entreprises industrielles, aux commerçants (TVA à 5,5%), les entreprises ont bénéficié d’une exonération de 5 milliards sur les bas salaires et de 4 milliards pour les heures supplémentaires. Mais l’État refuse de mettre la main à la poche pour indemniser les chômeurs alors qu’aucune reprise de l’emploi n’est prévue cette année ! C’est une situation explosive que craignent le gouvernement, les patrons et les syndicats qui n’exercent qu’un faible contrôle sur les chômeurs.
La seule « mesure » mise en œuvre à ce jour est la privatisation partielle des services d’accompagnement de chômeurs. Après la catastrophique fusion ASSEDIC/ANPE dans Pôle-Emploi, la gestion du chômage est en partie confiée à des OPP (opérateurs privés de placement), dont Manpower … qui recrute pour s’occuper des chômeurs « les plus rentables », c'est-à-dire les plus faciles à placer, puisque leurs employés sont en partie payés au nombre de chômeurs placés, quelque soit le contrat, ce qui accroître encore la précarité et la flexibilité.